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ACTION DU SYSTÈME NERVEUX SUR LA CIRCULATION

Nous avons vu que les artères de petit et de moyen calibre sont munies de fibres musculaires dont la contraction peut faire varier le calibre de ces vaisseaux et par suite diminuer la quantité de sang qui y arrive. Ces fibres sont placées, ainsi que nous l'avons dit également, sous l'influence de filets nerveux nommés nerfs vasomoteurs, branches du grand sympathique. Par leur action sur les fibres musculaires des artères , ils règlent le cours du sang dans ces vaisseaux de même que les écluses règlent le cours de l'eau dans les canaux; et comme les diverses fonctions, depuis les plus humbles manifestations de l'animalité jusqu'aux plus élevées , sont liées à la plus ou moins grande rapidité de la circulation , il s'ensuit que les filets nerveux dont nous parlons ont une influence considérable sur tous les phénomènes de la vie. L'étude approfondie de leur action a conduit à modifier complètement les anciennes théories sur la fièvre, l'inflammation, la congestion etc.

L'influence du système nerveux sur la circulation a été mise en évidence par une belle expérience de Cl. Bernard. En coupant à un lapin les filets du grand sympathique se distribuant aux artères d'un côté de la face, ce physiologiste constata que la peau de cette région rougissait et que sa température s'élevait, ce qui prouve que les artères se trouvent relâchées par la paralysie des filets nerveux qu'elles reçoivent. Si l'on excite par l'électricité les filets nerveux coupés, les fibres musculaires des vaisseaux se contractent de nouveau, et ces derniers reprenant leur calibre normal, les phénomènes précédents disparaissent.

Partant de ces données, complétées par de nombreuses expé-

riences , on a attribué à l'excitation ou à la paralysie des vaso-moteurs une foule de phénomènes, tels que la congestion, l'inflammation, les sécrétions, la fièvre etc.

Lorsque, sous l'influence d'une paralysie locale de ces filets nerveux, les capillaires se relâchent dans une partie du corps, on observe dans cette région un gonflement accompagné de rougeur , par suite de la quantité de sang plus considérable qu'elle reçoit. L'excitation des vaso-moteurs détermine, au contraire, la contraction des artères et produit la pâleur de la partie atteinte, dans laquelle le sang arrive moins abondamment.

Si . au lieu de n'être dilatés que dans un point du corps, les capillaires le sont partout, le cœur, ayant une résistance moindre à vaincre, bat plus fréquemment, sans pour cela dépenser plus de force, le sang circule plus rapidement, et les phénomènes de la lièvre se produisent. La fréquence des pulsations résulte donc alors, non d'un surcroit dans la force d'impulsion du sang, mais uniquement d'une diminution de résistance du coté des capillaires.

La physiologie et la pathologie modernes font jouer, comme on le voit, un rôle considérable aux filets nerveux que reçoivent les fibres musculaires des vaisseaux. La tendance actuelle est même de placer la plupart des phénomènes morbides sous l'influence des nerfs vaso-moteurs, absolument comme on voulait , il y a quelques années à peine, faire dépendre presque tous les états pathologiques de l'irritation ou de l'inflammation des organes. Le physiologiste doit fuir ces entraînements. L'étude de l'influence du système nerveux sur la circulation est encore à ses débuts ; on sait que cette influence est considérable, mais elle est loin d'être complètement élucidée. Pourquoi les nerfs vaso-moteurs sont-ils paralysés ou excités tantôt dans des régions localisées , tantôt dans toutes les parties du corps, et cela sous des influences en apparence identiques'.* nous l'ignorons. Faut-il admettre, avec quelques observateurs, que les artères reçoivent, comme le cœur, deux ordres de filets nerveux, déterminant, les uns leur élargissement, les autres leur contraction? nous l'ignorons également. De l'étude de ces questions surgiront sans doute des enseignements nouveaux, dont la médecine tirera évidemment profit pour expliquer le mécanisme

des maladies et le mode d'action des remèdes ; mais jusqu'à ce moment, peut-être bien éloigné encore , une sage réserve est nécessaire.

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