CIRCULATION DANS LES VAISSEAUX
Le sang circule dans les artères en raison de l'impulsion que lui a communiquée le cœur et en raison aussi de l'élasticité de ces vaisseaux. Dilatées par la pression du sang, les parois des artères reviennent sur elles-mêmes et contribuent à chasser leur contenu vers les capillaires.
Le soulèvement des parois des artères par l'afllux de la colonne sanguine peut se percevoir facilement quand on applique le doigt sur une artère reposant sur un plan résistant , comme l'artère radiale au poignet, par exemple. Le choc produit par chaque augmentation de la tension artérielle a reçu le nom de pouls.
L'examen du pouls fournit des indications fort utiles dans les maladies. Autrefois on se contentait d'explorer les artères avec le doigt ; mais cette méthode d'investigation peu précise a fait place à des moyens, qui, empruntés aux sciences physiques , sont d'une exactitude rigoureuse.
En appliquant sur le trajet des artères un levier mobile terminé par un crayon , on peut obtenir sur un cylindre de papier , auquel un mécanisme d'horlogerie imprime un mouvement uniforme, une courbe dont l'aspect varie suivant la fréquence , la force et la régularité du pouls. Parmi les appareils construits sur ce principe ,
le sp/iijijiitograijhe imaginé par Vierordt et perlectionnë par M. Marey est Je plus usité. Les moindres variations éprouvées par le pouls, variations parfois si fugitives qu'elles échapperaient au doigt le plus exercé, sont tracées par l'instrument. Diverses affections du cœur peuvent être ainsi diagnostiquées avec une précision très-grande.
La tension du sang dans les artères est considérable ; nous avons vu que la pression supportée par les valvules sigmoïdes, chez rhomme, peut être évaluée à 1700 grammes. Les saignées abondantes, les lésions du système nerveux, l'administration du tabac, du chloroforme etc., diminuent cette tension. Le froid l'augmente, au contraire , en produisant la contraction des artères.
Dans les veines, le sang circule en vertu de l'impulsion que conserve la colonne sanguine artérielle après avoir traversé les capillaires; le sang y arrivant avec une vitesse uniforme , le phénomène du pouls ne s'y produit habituellement pas.
Le retour du sang veineux vers les extrémités des membres est empêché par les valvules que contiennent les veines. Sa marche en avant est favorisée par les contractions musculaires et aussi par les mouvements d'inspiration, qui, en faisant le vide dans la poitrine , et par suite dans le péricarde , l'attirent vers le cœur. L' influence du vide ne se fait pas sentir sur le liquide contenu dans les artères, parce que leur ouverture dans le cœur est fermée par les valvules sigmoïdes.
La tension du sang est beaucoup moindre dans les veines que dans les artères; on le reconnaît facilement à la différence de hauteur du jet de liquide qui sort de chacun de ces vaisseaux après leur section. Celui qui jaillit des artères est beaucoup plus élevé que celui qui s'échappe des veines.
A mesure que le sang s'éloigne du cœur, il perd de sa rapidité par suite des résistances qu'il est obligé de vaincre sur sa route. Dans les carotides , sa vitesse est en moyenne d'un ({uart de mètre par seconde, c'est-à-dire de J kilom. environ h l'heure. Dans les régions éloignées du cœur , le mouvement est très-ralenti. Dans les capillaires, qui , réunis, ont un diamètre très-supérieur à celui des artères, les globules sanguins ne parcourent guère qu'un demi-mil-
limètre par seconde , c'est-à-dire moins de 2 mètres par heure *. A partir des capillaires jusqu'au cœur, le sang gagne au contraire en vitesse, car il s'engage dans des conduits qui, comparés à l'ensemble des capillaires réunis, forment des canaux de plus en plus étroits.
Si le sang était forcé de traverser dans son circuit les capillaires, les plus petits , il éprouverait des résistances qui ralentiraient beaucoup sa vitesse. Mais , comme il existe entre les veines et les artères des communications au moyen de gros capillaires ou même d'artérioles et de veinules qui s'abouchent directement, une grande partie du liquide peut passer par la voie plus directe, pendant que le reste du courant suit lentement les petits capillaires.
Pour parcourir le cercle entier de la circulation, c'est-à-dire partir du ventricule gauche pour revenir à l'oreillette droite , le sang met une demi-minute environ. On a trouvé cette vitesse en injectant dans une des jugulaires d'un cheval du cyanoferrure de potassium , composé qui forme avec les sels de fer un précipité bleu caractéristique, et en recevant le sang de la jugulaire du côté opposé dans des verres qu'on changeait toutes les cinq secondes. La coloration donnée par les sels de fer indiquait le moment où arrivait le ferrocyanure , et par suite le temps qu'il avait mis pour parcourir l'appareil circulatoire tout entier.
Les artères, ainsi que nous l'avons dit, communiquent avec les veines au moyen des vaisseaux nommés m/;i//a/Ves , dont les mailles circonscrivent les éléments des tissus. C'est à travers les parois de ces petits canaux que se fait l'échange entre les matériaux usés des organes et les matériaux nouveaux apportés par le sang. La circu-
* La masse du sang qui, dans un temps donné, traverse l'ensemble des capillaires est forcément égale à celle qui traverse l'aorte dans le même temps. Si la vitesse dans chaque capillaire est beaucoup moindre que dans les artères, c'est que le diamètre des capillaires réunis est beaucoup supérieur a celui de ces canaux. La vitesse du sang dans ces deux ordres de vaisseaux doit être, d'après les lois de la mécanique, en raison inverse de la grandeur de l'aire de chacun d'eux. Comme on connaît d'une part le diamètre de l'aorte et la vitesse du sang qui y circule, et d'autre part la vitesse du sang dans les capillaires, on peut trouver par le calcul 1 aire de tous les capillaires réunis. D'après Vierordt, la surface do section de l'ensemble des capillaires est 800 fois plus élevée que l'aire de l'aorte k son origine.
laliun de ce liquide y étant excessivement lente, sa marche peut être exaaiinée au microscope. C'est sur la membrane natatoire de la patte d'une grenouille que l'observation est le plus facile *; on voit les globules se niouvoir dans un liquide incolore comme des poissons rouges qui se presseraient en nombre considérable vers l'embouchure d'un canal. Quelques ^capillaires sont si étroits que les globules sanguins ne peuvent y cheminer qu'un à un * *.
* En endormant préalablement la grenouille avec une ou deux gouttes de chloroforme, on la rend complètement immobile et on peut alors observer la circulation sans luf faire subir aucune mutilatidu.
** Théorie moderne de l'inflammation. — C'est dans les vaisseaux capillaires que les phe'nomènes de ïinfammafion prennent naissance. Ses caractères exte'rieurs principaux sont, comme on le sait, la'rougeur, la chaleur, le gonflement et la douleur de la partie atteinte. On peut facilement étudier son début en examinant au microscope la membrane interdigitale de la patte d'une grenouille sur laquelle on verse une goutte d'un acide concentré. On voit d'abord les capillaires se rétracter par suite de l'excitation des nerfs vaso-moteurs et la circulation s'accélérer dans leur cavité. Mais bientôt, sous l'influence de la paralysie consécutive à l'excitation trop vive de ces mêmes nerfs, les capillaires se dilatent, le courant sanguin se ralentit, les globules s'accumulent dans les vaisseaux distendus, qu'ils peuvent même déchirer en quelques points, et la circulation finit par s'arrêter dans la/ partie enflammée. La stase du sang est bientôt suivie de l'exsudation à travers les parois des vaisseaux d'un liquide ordinairement fibrineux qui se mélange aux éléments du tissu ;lans lequel il est épanché et éprouve des modifications fort diverses. C'est à la production de ce liquide et aux transformations qu'il subit que sont dues les fausses membranes de la péritonite et de la pleurésie, l'hépatisation de la pneumonie, l'induration qui précède la formation du pus dans les phlegmons etc.
Si le produit de l'exsudation, après des transformations successives, telles notamment que sa liquéfaction quand il est solide, vient k être résorbé, tous les phénomènes de l'inflammation disparaissent et on dit que cette dernière s'est terminée par résolution. La terminaison est dite par réfp'ession si le tissu ou l'exsudat n'arrivent qu'à un degi-é d'organisation moins élevé que celui qu'ils possédaient d'abord. La transformation graisseuse est le processus régressif le plus fréquemment observé. Elle se manifeste fréquemment à la suite d'inflammation des reins, du foie et de divers viscères.
Si l'inflammation ne se termine pas par régression ou par résolution, les produits sécrétés s'organisent et subissent des modifications profondes, soit que leurs éléments augmentent de nombre [hyperplasle), soit qu'ils augmentent de volume {hypertrophie), soit qu'ils se transforment en membranes où se développent bientôt des vaisseaux et des nerfs (néomembranes), soit encore — chez les individus prédisposés — qu'ils se transfonnent en éléments cancéreux. Ces formations nouvelles, qu'on désigne sous le nom de néoplasies, ont le plus souvent pour résultat apparent le gonflement et le durcissement de la partie enflammée, d'où le nom de terminaison par induration qu'on a donné à ces modes de terminaison de l'inflammation.
Enfin, les produits de l'exsudation non résor))ée peuvent se transformer en cellules analogues aux globules blancs du sang et qui constituent le pus. La formation du pus, c'est-à-dire la supimration , est le mode de terminaison le plus commun de l'inflammation.
Certaines substances, telles que l'acétate d'ammoniaque, le nitrate de potasse, l'iodure et le bromure de potassium, semblent activer la circulation capillaire en augmentant la fluidité du sérum. D'autres , telles que les acides, le perchlorure de fer, l'alcool, paraissent la ralentir en coagulant quelques-uns des principes que le sang contient.