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CHAPITRE XIV

S l^'. Découvertes qui ont conduit h la connaissance des ^j^iénomènes de la respiration.

' — Expériences de Bayle, Black, Priestley, Lavoisier, etc. — § 2. Théorie de la respiration. Différence existant entre l'air qui entre dans les poumons et celui qui en sort. — Siège réel de la respiration. — Respiration des muscles et des divers tissus. — L'acide carbonique expiré est le produit ultime de l'oxydation des tissus. — Orio-ine de l'eau que l'air expiré contient. — Absorption de l'air et des gaz dans les poumons. — Lois de l'échange des gaz dans'ces oi-ganes. — Rapidité considérable de l'absorption dans les poumons et utilisation de cette propriété pour l'introduction de médicaments dans l'organisme. — Volume d'air nécessaire aux besoins

de la respiration. Spiromètre. — Mesure de la quantité d'air que les poumons

contiennent. — Différence existant entre la quantité d'air qui entre dans les poumons et celle qui en sort. — Quantité d'oxygène absorbé et d'acide carbonique (?xhalé pendant la respiration. — Absorption de l'oxygène pendant le sommeil. — État sous lequel l'oxygène et l'acide carbonique se trouvent dans le sang. — Azote, vapeur d'eau et produits divers exhalés pendant la respiration. — Analyse des produits mélangés à la vapeur d'eau pulmonaire. Danger de les respirer. — Température de l'air expiré. — Respiration par la peau. — Causes modifiant l'intensité des phénomènes respiratoires. — Action du système nerveux sur la respiration. — § 3. Variations que présentent les 'phénomènes respiratoires chez les êtres vivants. Respiration chez les animaux et chez les plantes. — Analogie des phénomènes respiratoires chez le végétal et l'animal.

Les notions exposées dans les deux derniers chapitres nous ont fait connaître les organes au moyen desquels se fait l'introduction (le l'air dans les poumons et la nature du fluide qui y est introduit. Nous allons aborder actuellement l'examen des modifications éprouvées par l'air dans l'appareil respiratoire et des échanges qui s'opèrent entre les gaz du sang et ceux de l'atmosphère , c'est-à-dire l'étude des phénomènes intimes de la respiration.

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DÉCOUVERTES QUI ONT CONDUIT A LA CONNAISSANCE DES PHÉNOMÈNES DE LA RESPIRATION.

Les anciens croyaient que la respiration n'avait d'autre but que de rafraîchu' le sang. A la suite de la découverte de la circulation par Harvey , on supposa qu'elle avait simplement pour objet de déplisser les vaisseaux des poumons , afin que le sang pût passer des cavités droites du cœur dans les cavités gauches de cet organe. Plus tard on soupçonna que l'air, mis en rapport avec le sang par les poumons, lui cédait quelque principe particulier; mais de la nature de ce principe on ne pouvait rien dire. Bayle reconnut que l'air expiré est devenu impropre à la respiration, et qu'un animal plongé dans le vide ou dans un espace dont l'atmosphère, n'étant pas renouvelée, l'oblige à respirer le produit de sa propre respiration, ne tarde pas à périr; mais il ignorait aussi pourquoi.

Ce n'est qu'en 1757 que J. Black constata l'existence de l'acide carbonique dans les produits de la respiration. En soufflant avec un tube dans un flacon contenant de l'eau de chaux bien limpide , — expérience facile à répéter — il vit le liquide se troubler par la combinaison de l'acide carbonique avec la chaux. Il reconnut aussi que le gaz ainsi exhalé était impropre à la respiration et ne difl'érait pas de celui produit par la fermentation du vin et la combustion du charbon.

En 1777, Priestley démontra que l'oxygène, qu'il avait découvert et qu'il appelait air déphlogislique , le considérant comme de l'air privé d'un principe supposé nommé phlogistique , possédait la propriété de donner au sang veineux une coloration rouge , c'està-dire de le transformer en sang artériel. L'air qui avait opéré cette transformation était devenu impropre à la combustion et à la respiration. Il vit aussi que l'acide carbonique donnait au sang des artères une coloration brune, c'est-à-dire le transformait en sang veineux. Avec un esprit un peu plus philosophique, Priestley eût tiré de ses recherches les conclusions auxquelles arriva Lavoisier;

mais, simple expérimentateur, il crut devoir se borner à constater les faits sans chercher à les interpréter.

Ce fut Lavoisier qui réussit le premier, vers la fm du dernier siècle, à donner une théorie exacte de la respiration. En analysant l'air d'une cloche où avait été placé un animal, il reconnut que cet air avait perdu une certaine quantité d'oxygène, remplacée par une quantité équivalente d'acide carbonique. Le fait essentiel de la respiration, l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique, se trouvait ainsi démontré.

Doué d'un esprit éminemment généralisateur, Lavoisier compara aussitôt la respiration à la combustion, n La respiration, écrivait-il en 1789, n'est qu'une combustion lente de carbone et d'oxygène, qui est semblable en tout à celle qui s'opère dans une lampe ou dans une bougie allumée; et, sous ce point de vue, les animaux qui respirent sont de véritables corps combustibles qui brûlent et se consument.

<( Dans la respiration comme dans la combustion, c'est l'air de l'atmosphère qui fournit l'oxygène; mais, comme^ dans la respiration, c'est la substance même de l'animal qui fournit le combustible, si les animaux ne réparaient pas habituellement par les aliments ce qu'ils perdent par la respiration, l'huile manquerait bientôt à la lampe et l'animal périrait, comme une lampe s'éteint lorsqu'elle manque de nourriture. »

c( En rapprochant ces réflexions des résultats qui les ont précédées, ajoute Lavoisier, on voit que la machine animale est gouvernée par trois régulateurs principaux: la respiration^ qui consomme de l'hydrogène et du carbone et qui fournit du calorique ; la transpiration, qui augmente ou diminue, suivant qu'il est nécessaire d'emporter plus ou moins de calorique; enfin, la digestion, qui rend au sang ce qu'il perd par la respiration et la transpiration. »

Les recherches modernes n'ont pas porté d'atteinte profonde à la théorie de Lavoisier; elles l'ont seulement complétée et modifiée en quelques points, notamment en ce qui concerne le siège exact de la respiration.

Différence existant entre l'air qui entre dans les poumons et celui qui en sort. La respiration se traduisant par un échange entre les gaz du sang et ceux de l'atmosphère, il est évident que l'air, lorsqu'il sort des poumons, doit avoir une composition très-différente de celle qu'il avait avant d'y entrer. On constate, en effet, qu'après sa sortie de cet organe il contient plus d'acide carbonique, moins d'oxygène, est presque saturé de vapeur d'eau et s'est considérablement échauffé. Avant de pénétrer dans l'appareil respiratoire, il contenait 20 p. 100 d'oxygène et quelques dix-millièmes seulement d'acide carbonique. Lorsqu'il en sort, il ne renferme plus que 16 p. 100 d'oxygène, mais a gagné en échange li p. 100 d'acide carbonique. Quant à l'azote, sa proportion a peu varié.

L'acide carbonique que l'air expiré renferme est apporté par le sang aux poumons; il est le résultat de la combinaison de l'oxygène de l'atmosphère avec divers principes que les tissus contiennent. Quant à l'eau exhalée, elle est aussi en partie un produit d'oxydation, mais, comme nous le verrons plus loin, possède également une autre origine.

Siège réel de la respiration. La respiration est donc une oxydation de certains éléments des tissus. Du temps de Lavoisier on croyait que cette oxydation se faisait dans les poumons seulement; mais il est bien démontré aujourd'hui qu'elle a son siège dans tous les éléments anatomiques du corps. Le poumon n'est pas plus le siège de la respiration que ne l'est l'estomac ou tout autre organe. Le sang se borne à lui apporter l'acide carbonique tout lorme, et l'appareil pulmonaire ne lait, de son côté, que l'éliminer au dehors, et faciliter l'introduction de l'oxygène dans le torrent circulatoire. Si la combinaison entre les matériaux oxydables et l'oxygène se faisait dans les poumons, le sang s'y réchaufferait, tandis qu'il s'y refroidit, comme l'a démontré Claude Bernard. Ces organes sont si peu le siège des phénomènes respiratoires, que le sani>

continue à laisser dégager de l'acide carbonique après leur ablation, ainsi qu'on peut s'en convaincre en expérimentant sur des animaux, tels que les grenouilles, qui supportent cette opération sans mourir immédiatement.

La formation de l'acide carbonique n'a pas, du reste, de siège précis. Ce gaz prend naissance dans tous les points de l'organisme, surtout dans ceux qui fonctionnent le plus activement, comme les muscles, par exemple*. Qu'on place du muscle de grenouille dans une éprouvette pleine d'air, l'oxygène est bientôt absorbé et remplacé par de l'acide carbonique. Le muscle a , par conséquent, respiré, car il a été le siège de l'échange gazeux qui constitue la respiration. Le sang y entre chargé d'oxygène, c'est-à-dire à l'état de sang artériel , et en sort beaucoup moins riche en oxygène, mais beaucoup plus riche en acide carbonique, c'est-à-dire à l'état veineux.

Ce sont les globules du sang qui sont chargés de porter aux organes l'oxygène destiné à entretenir leurs fonctions. En se combinant avec ce gaz, c'est-à-dire en respirant, les éléments des organes s'usent; mais cette usure constante, que les matériaux du sang viennent incessamment réparer, est la condition essentielle de leur fonctionnement. Ce n'est qu'en s'oxydant et, par suite, en se détruisant, qu'ils peuvent mettre en liberté la chaleur, le mouvement et les forces diverses qu'ils recèlent. C'est pour ne pas s'être suffisamment imbus de ce fait, que tant d'auteurs parlent encore d'aliments anti-déperditeurs , tels que le café et l'alcool , qui jouiraient de la propriété de ralentir la désassimilation des organes sans restreindre leur activité : chose aussi impossible, en réalité, que de diminuer le combustible d'une ma-

* Respiration des divers tissus. — Les divers tissus respirent d'une façon trèsinegale. En re'pétant les anciennes recherches de Spallanzani, consistant à analyser l'air dans lequel a séjourné pendant vingt-quatre heures le tissu en expérience, P. Bert a constaté, sur un chien tué jiar hémorrhagie , que

centim. cub, centiin. cub.

100gr.de muscles absorbent en 24 h. 50.8 d'oxygène et exhalent 56.8 d'acide carbon.

» de cerveau » 45.8 >> 42.8 »

de reins » 37.0 » 15.6 »

de rate .. 27.3 » 15.4 »

'• d'os brisés avec moelle >• 17.2 » 8.1 »

chine à vapeur sans proportionnellement réduire le travail qu'elle produit.

Nous sommes peu fixés sur les modifications chimiques qui s'opèrent dans les tissus pendant leur oxydation*. Ce que nous savons d'une façon certaine, c'est que l'acide carbonique exhalé à chaque mouvement respiratoire n'est pas le résultat de la combinaison de l'oxygène avec le carbone que le sani^ pourrait contenir, comme cela aurait lieu s'il s'agissait d'une combustion comparable à celle de nos foyers.

Ce corps est le terme ultime d'une série de transformations régressives qui ramènent les éléments des tissus à des composés de moins en moins complexes, mais dont quelques termes intermédiaires seulement, tels que la créatine, la xanthine, l'urée, l'acide lactique, etc., nous sont connus.

L'eau exhalée avec l'acide carbonique pendant la respiration représente également en partie le produit ultime d'une série de dédoublements successifs , et non le résultat de la combinaison directe de l'oxygène avec l'hydrogène que le sang ou les tissus pourraient contenir.

Absorption de l'air et des gaz dans les poumons. Pour que l'air introduit dans les poumons par les mouvements respiratoires pénètre dans le sang, il faut que ces organes puissent l'absorber. Les dernières ramifications des bronches, ainsi que celles des vaisseaux pulmonaires, se terminant en cul-de-sac, l'air doit, pour arriver au sang, traverser l'épaisseur de leurs parois. Ces parois étant très-minces et très-perméables pour les gaz, comme toutes les membranes animales, l'échange entre les gaz du sang et l'atmosphère s'y fait facilement et avec d'autant plus d'intensité

* Modifications chimiques éprouvées par les muscles pendant la respiration.

— Ce que nous savons des cliungements de composition chimique subis par le muscle pendant son activité se rëduit à fort peu de cliose. La réaction du muscle au repos est alcaline; après sa contraction elle devient acide, par suite de la production d'acide lactique. Ileidcnliain a même soutenu que la quantité d'acide lactique formé était proportionnelle au travail accompli. En même temps que la réaction du muscle change, la quantité de créatinine qu'il contient diminue au profit de la créatine, et, d'après Ilelmholtz, les matières soluhles dans l'alcool augmentent, tandis que celles soluhles dans l'eau diminuent.

que la différence de tension qui existe entre eux est elle-même plus considérable*.

Le poumon est un des organes où l'absorption se fait le plus rapidement. Elle est bien plus active à sa surface que sur celle de l'appareil digestif. Sa puissance d'absorption est même si considérable qu'on peut introduire une grande quantité d'eau dans le poumon d'un animal sans l'asphyxier. 20 litres de ce liquide introduits dans les poumons d'un cheval ne produisent aucun effet sensible. Il faut y jeter brusquement /lO litres pour amener la mort.

Les corps gazeux qui se trouvent dans l'atmosphère et que la respiration entraîne dans l'appareil pulmonaire y sont rapidement absorbés, et c'est là précisément ce qui constitue leur danger. Quand on fait respirer à un animal un corps à l'état de gaz ou de vapeur, de l'éther par exemple, ce corps passe immédiatement tlans le sang artériel et arrive rapidement aux éléments des tissus sur lesquels il produit son action. Introduit, au contraire, dans l'eslomac , il est absorbé par les veines et conduit aux poumons, qui le rejettent en presque totalité au dehors avant qu'il puisse parvenir au système artériel. Il faudrait faire boire des quantités considéra-

Ëchange des gaz dans les poumons. — La quantité de gaz dont un dissolvant se charge ou se dépouille est proportionnelle à la tension de l'atmosphère qui est en contact avec ce dissolvant. De l'eau recouverte d'une atmosphère d'acide carbonique en absorbe jusqu'à ce que le gaz dissous fasse équilibre à la pression de cette atmosphère. Quand cette pression augmente, la quantité de gaz dissous s'accroît; quand elle diminue, au contraire, une partie du gaz que l'eau contient s'échappe aussitôt. Lorsque l'atmosphère gazeuse est composée de plusieurs gaz, chacun se comporte comme s'il était seul et possédait le degré de tension qu'il a dans le mélange. Entre le sang et l'air, les choses se passent d'une façon analogue, mais non cependant complètement identique, car les gaz du sang sont séparés de ceux de l'atmosphère par une membrane. L'échange qui s'opère entre eux dépend des rapports existant entre la quantité d'acide carbonique et d'oxygène dont le sang est chargé et celle que l'air contient. Dans ce dernier, la tension de l'oxygène est considérable et celle de l'acide carbonique presque nulle. Dans le sang, le contraire a lieu. L'oxygène combiné en orande partie aux globules de ce liquide possède une tension très-faible, tandis que l'acide carbonique a une tension considérable. Le sang absorbera, par conséquent, de l'oxygène et dégagera de l'acide carbonique.

C'est là ce qui se produit dans une atmosphère d'une composition normale. Mais quand l'acide carbonique y existe en quantité un peu notable, les choses se passent autrement. Il arrive un moment oii, la tension de ce gaz se trouvant supérieure à celle qu'il possède dans le sang, non-seulement l'élimination des composés que ce liquide contient devient impossible, mais, de plus, au lieu de dégager de l'acide carbonique, il en absorbe, ce qui produit une asphyxie rapide.

bles d'éther pour produire l'anesthésie, tandis qu'il suffit de faire respirer quelques grammes de ce liquide pour obtenir le sommeil insensibilisateur. C'est pour la même raison que les vapeurs alcooliques des celliers produisent pins rapidement l'ivresse que l'ingestion d'une quantité correspondante d'alcool; que les boissons contenant une forte proportion d'hydrogène sulfuré peuvent être bues sans danger, bien que ce gaz s'y trouve en quantité sufiisante pour occasionner la mort, s'il était mélangé à l'atmosphère que les poumons respirent*.

Volume d'air nécessaire à la respiration. Chez l'homme adulte, chaque inspiration fait pénétrer environ un demi-litre d'air dans l'appareil pulmonaire, et, comme le nombre des inspirations est de 18 par minute, la quantité d'air introduite pendant ce temps est de 9 litres environ, c'est-à-dir£ de 5/i0 litres par heure, ou de 13,000 litres en !2/i heures. Un litre d'air pesant l'''',^, on voit que le volume de ce gaz qui passe dans le poumon en 26. heures atteint presque le poids de 17 kilogrammes.

Le volume d'air contenu dans les poumons de l'homme est, après l'inspiration, de o litres environ. Après l'expiration, il diminue d'un demi-litre. Quelque prolongée que l'expiration puisse être, il reste toujours dans le poumon , lorsqu'elle est terminée, un certain volume d'air constituant une sorte de réserve pulmonaire, qui est de un litre et demi à deux litres environ**. C'est précisément cette ré-

* Utilisation de la puissance absorbante du poumon pour introduire des

médicaments dans l'organisme. — La imissance iVabsorption du poumon et la rapidité avec laquelle pénètrent dans le système artériel les composés qui se, trouvent en contact avec cet organe ont été utilisées pour déterminer l'absorption rapide de diverses substances salines tenues en dissolution , telles que celles renfermées dans les eaux minérales, par exemple. Au moyen d'appareils pulvérisateurs spéciaux ou réduit le liquide en particules extrêmement fines, lui donnant, l'aspect d'une sorte de ])oussière himiide qui peut être respirée facilement. On peut créer ainsi une atmosphère maritime artificielle imitant celle de la mer, dont les bons effets sont dus il l'absorption par les poumons des divers princii)es qu'elle tient en suspension. *'^- Mesure du volume d'air restant dans les poumons après l'expiration. —

l'our mesurer la fjuantité d'air restant dans les poumons après l'expiration, Gréiiant fait inspirer a un individu un volume déterminé d'iiydrogène pur , le lui fait expirer dans un vase clos, où il continue n respirer plusieurs fuis, de faeon à bien mélanger l'hydrogène à l'air contenu dans les poumons. Eu recueillant ensuite une certaine quantité du mélange et dosant l'hydrogène qu'il renferme, on en déduit facilement ])ar le calcul le voliune total d'air que les poumons contenaient.

serve accumulée dans les lobules pulmonaires et constamment alimentée par la respiration qui fournit aux vaisseaux pulmonaires l'oxygène dont ils ont besoin. 11 est à remarquer que l'air contenu dans ces lobules et qui est, en réalité, le seul que les animaux respirent, a une composition très-différente de celle de l'air atmosphérique. Au lieu de quelques dix-millièmes seulement d'acide carbonique et de 20 p. 100 d'oxygène que ce dernier renferme, l'air des poumons contient 5 à 8 p. 100 d'acide carbonique et seulement 11 à ili p. 100 d'oxygène.

Pour mesurer le volume de gaz mis en mouvement par l'inspiration et l'expiration, on se sert, soit d'un compteur à gaz ordinaire, soit de l'appareil nommé spiromètre, qui est simplement un gazomètre gradué plongeant dans un réservoir plein d'eau. Après avoir fait faire à l'individu sur lequel on veut expérimenter une longue inspiration, on le fait expirer jusqu'aux limites du possible dans un tube communiquant avec l'appareil.

D'après Hutchinson, la moyenne du volume d'air obtenu de la sorte est de trois litres et demi; ce chiffre représente la quantité d'air qu'un individu respirant de toutes ses forces peut faire entrer dans ses poumons. Chaque mouvement d'inspiration normale n'y introduit qu'une petite portion de cette quantité.

Parmi les conditions qui font varier la capacité pulmonaire, la plus marquée, d'après l'auteur que nous venons de citer, serait la taille. Le volume d'air absorbé serait d'autant plus considérable que la taille est elle-même plus élevée. Il croîtrait de 5 centilitres par chaque centimètre d'augmentation dans la stature.

C'est de 25 à 40 ans que le volume d'air expiré est le plus considérable. Il diminue dans la vieillesse et devient moindre que dans l'adolescence. Chez la femme, il est moms élevé que chez l'homme*.

*Le spiromètre peut être très-utilement employé en médecine pour rechercher la diminution du volume d'air normalement expiré par un individu atteint d'une lésion des organes pulmonaires. D'après Hutchinson, un ahaissement de 16 p. 100 dans le volume d'air expiré doit faire songer à la phthisie pulmonaire. Dans la première période de cette afiection, la diminution atteint 33 p. 100, et dans la période extrême jusqu'à 90 p. 100. L'emphysème pulmonaire abaisse, autant que la phthisie ,Ia capacité du poumon.

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La quantité d'air qui enlre dans le poumon pendant rins[)iration n'est pas tout à fait égale à celle qui en sort pendant l'expiration, et l'expérience démontre que l'acide carbonique exhalé ne correspond pas exactement à la quantité d'oxygène introduit. Gela tient, ainsi que nous le verrons plus loin, à ce qu'une partie de l'oxygène absorbé se combine avec divers éléments des tissus pour former de l'eau.

Quantité d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé pendant la respiration. En faisant séjourner un animal dans un volunje d'air déterminé et en absorbant, au moyen d'une solution de potasse, l'acide carbonique qu'il exhale, on arrive à reconnaître facilement la quantité d'oxygène absorbé et d'acide carbonique exhalé à chaque mouvement respiratoire. Cette quantité varie suivant les circonstances dans lesquelles l'animal est placé. Lavoisier, dans ses expériences, est arrivé aux conclusions suivantes :

Un homme au repos et à jeun , par une température extérieure de 32° centig., consomme, par heure, 2/i litres d'oxygène.

Le même individu, dans les mêmes conditions, mais par une température de 15% en consomme 26 litres dans le même temps.

Un homme à jeun^ accomplissant le travail nécessaire pour élever 15 livres en 15 minutes à 200 mètres de hauteur, consomme par heure 63 litres d'oxygène.

Le même individu, accomplissant le même travail pendant la digestion, absorbe 71 litres d'oxygène pendant le même temps.

Dans des recherches faites à une époque beaucoup plus récente, Regnault et Reiset ont vu qu'en général les animaux maigres absorbent plus d'oxygène que les animaux gras de la même espèce ; les reptiles beaucoup moins, à poids égal, que les animaux à sang chaud ; les petits oiseaux , 10 fois plus que les gros. Les poissons peuvent être rangés parmi les espèces chez lesquelles la consommation de l'oxygène est moindre.

Les expériences de Lavoisier, confirmées par celles de Regnault et Reiset, ont également prouvé que la quantité d'oxygène absorbé restait la même dans une atmosphère contenant 2 ou 3 fois

plus d'oxygène qu'à l'état normal. Elles ont également prouvé que, lorsqu'on remplaçait l'azote de l'air par de l'hydrogène, les animaux n'en étaient pas incommodés. La même chose n'a pas lieu quand on lui substitue un gaz ayant une tension très-considérable, comme l'acide carbonique par exemple, et cela pour les raisons que nous avons fait connaître en parlant des propriétés de ce dernier corps, dans le chapitre consacré à l'étude de l'air.

L'absorption de l'oxygène diminue dans les pays chauds et augmente dans les pays froids. On le comprend facilement en réfléchissant que, la température du corps restant constante et la chaleur étant le résultat de l'oxydation des tissus, l'animal devra d'autant plus absorber d'oxygène pour maintenir son corps à sa chaleur normale que le milieu où il est plongé sera plus froid.

Nous voyons, par ce qui précède, combien est variable l'absorption de l'oxygène , et à quel point l'exercice a d'influence sur elle. Toutes les forces se produisant par l'oxydation des matériaux renfermés dans les tissus, il est facile de comprendre que, plus la dépense de ces forces est considérable, plus élevée doit être la consommation de l'agent qui les met en liberté.

La proportion d'acide carbonique exhalé est, comme la quantité d'oxygène absorbé, très-variable. D'après Andral et Gavarret, la quantité moyenne exhalée en une heure est de 20 litres environ, ce qui représente /|1 grammes d'acide carbonique ou 11 grammes environ de carbone. La quantité de carbone ainsi éliminée en ^k heures peut être représentée par un morceau de charbon du poids de 250 grammes.

L'exhalation de l'acide carbonique varie avec l'âge, le sexe, l'alimentation, le genre de vie, etc. Elle est d'autant plus considérable que la nourriture est plus riche en carbone et le système musculaire plus développé et plus actif. Elle atteint son maximum d'intensité vers 30 ans et diminue ensuite jusqu'à la mort.

La fréquence des mouvements respiratoires a une influence marquée sur l'élimination de l'acide carbonique. En expérimentant sur lui-même, Vierordt a vu qu'en respirant 6 fois par minute, il éliminait, dans cet espace de temps, 171 centimètres cubes de ce gaz ;

LA KK.SPIKATION. 363

en respirant 12 fois , !2iG ; ^k fois , 396 ; 48 fois , 696 ; 96 fois ,

La profondeur des mouvements respiratoires augmente également l'élimination de l'acide carbonique. La rapidité de la circulalion et l'accroissenient de la pression sanguine ont sur elle le même effet.

Le travail musculaire doit être rangé parmi les causes qui augmentent le plus la production de l'acide carbonique. A la suite d'un travail pénible, elle peut devenir trois fois plus considérable qu'à l'état normal, ce qui se comprend facilement quand on se rappelle l'influence de l'exercice sur l'absorption de l'oxygène. Plus la proportion d'oxygène absorbé est élevée, plus l'oxydation des tissus et, par suite, la quantité d'acide carbonique exhalé doivent s'accroître.

L'acide carbonique exhalé dans un temps donné renferme moins d'oxygène que l'animal n'en absorbe dans le même temps. Il est fort probable que la portion d'oxygène qui ne se combine pas avec le carbone se combine avec les corps hydrogénés des matières organiques des tissus pour former une partie de la vapeur d'eau exhalée pendant la respiration.

D'après des recherches récentes, qui auraient besoin d'être confirmées, les animaux exhaleraient plus d'oxygène à l'état d'acide carbonique, pendant le jour, que les poumons n'en absorbent, tandis que la nuit, au contraire, ils absorberaient beaucoup plus d'oxygène qu'ils n'en excrètent sous forme d'acide carbonique. On en a conclu que, pendant le sommeil, le sang — probablement les gtobubules — emmagasine de l'oxygène, qui se trouve ensuite utilisé, pendant le jour, pour le dégagement des forces, et que c'est précisément quand la provision d'oxygène est épuisée, que le sonuueil arrive.

Etat sous lequel l'oxygène et l'acide carbonique existent dans le sang. Ce sont les globules qui fixent, connue nous l'avons dit, soit par dissolution, soit plutôt par combinaison trèsinstable, l'oxygène contenu dans les poumons. Ce gaz paraît y exister à l'état d'ozone. Une goutte de sang posée sur du papier imbibé

de teinture alcoolique de gaïac s'entoure d'un cercle bleuâtre qui prouve l'action oxydante des globules. Le même réactif est sans effet sur le sérum privé de ses corpuscules. Quant à l'acide carbonique, il existe dans le sérum, en partie à l'état libre, en partie à l'état de bicarbonate.

Certains éléments, que le sang peut accidentellement contenir, inodiiient son pouvoir absorbant à l'égard de l'acide carbonique et de l'oxygène. La présence des phosphates et des carbonates alcalins diminue son pouvoir dissolvant quant à l'acide carbonique. Les chlorures jouissent de la même propriété; mais, de plus, ils diminuent son coefficient de solubilité à l'égard de l'oxygène. Dans les maladies où le sang contient un excès de chlorures, telles que le choléra et le scorbut notamment^ l'absorption de l'oxygène et l'élimination de l'acide carbonique sont, comme nous l'avons vu plus haut, notablement ralenties.

Azote, vapeur d'eau et substances diverses exhalées pendant la respiration. Lavoisier croyait qu'il n'y a ni absorption ni dégagement d'azote pendant la respiration ; mais des expériences plus récentes ont prouvé que la quantité excrétée à chaque mouvement expiratoire dépasse légèrement la quantité introduite dans le poumon par la respiration. Cet excédant provient sans doute des transformations subies par la partie azotée des tissus.

L'air qui entre dans les poumons à chaque mouvement respiratoire peut être plus ou moins sec, mais il en sort toujours presque saturé de vapeur d'eau; c'est elle qui ternit la surface des miroirs sur lesquels on respire et forme ce brouillard blanchâtre exhalé à chaque expiration quand la température de l'air ambiant est trèsbasse.

L'eau que les produits de la respiration contiennent provient en grande partie des liquides mélangés au sang par la digestion et, en moindre proportion, de la combinaison de l'oxygène introduit dans les poumons par la respiration avec les composés hydrogénés provenant de la désassimilation des tissus.

Le, quantité de vapeur d'eau exhalée par la respiration est trèsvariable. Chez l'homme, elle s'élève en moyenne à hOO ou 500

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i^rammes par 24 heures. Elle diminue quand l'atmosphère est trèshumide. Si cette dernière était complètement saturée et que sa température fût aussi élevée que celle du corps, l'air inspiré ne se mélangerait pas dans le poumon avec une nouvelle quantité de vapeur d'eau *.

Outre les principes précédemment énumérés et qui existent toujours dans les produits de la respiration, l'air expiré contient souvent des quantités minimes de chlorure de sodium, d'azotate et de chlorhydrate d'ammoniaque, d'acide urique, d'urates, de cellules épithéliales des bronches et même des germes de divers parasites. On dit, dans la plupart des ouvrages, que l'ammoniaque qu'il renlérme provient de la décomposition des parcelles alimentaires restées entre les dents ou des enduits morbides dont la langue peut être couverte. Mais nous avons plusieurs fois constaté que l'odeur am-

* Produits mélangés à la vapeur d'eau pulmonaire. — La vapeur d'eau que les produits de la respiration pulmonaire et cutanée contiennent est mélangée de composés divers qui n'avaient été jusqu'ici l'objet d'aucune recherche. Mes expériences m'ont prouve; que le produit de la condensation de la vapeur d'eau pulmonaire dans un ballon refroidi est un liquide limpide, d'une odeur spéciale variant suivant l'à"-e le sexe et l'état de santé des sujets qui l'ont fourni. Evaporé au hain-marie, il laisse un très-minime résidu, dans lequel les réactifs et le microscope m'ont fait reconnaître l'existence de chlorures et de ijliosjîhates ammouiaco-magnésiens. Considérant ce liquide comme un produit de dépuration du sang ti'ès-analogue à l'urine, j'y ai recherché la présence de l'urée, mais sans succès, ce qui tient uniquement peutêtre à ce que je n'opérais pas sur des doses suffisantes de liquide. Si, en eflet, ce principe ne se rencontre dans la vapeur d'eau qu'en très-minime quantité, comme dans la sueur par exemple, il faudrait, i)our constater sa présence, opérer sur plusieurs litres de liquide, ce qui n'est pas facile, en raison de la petite quantité qu'un individu peut produire en respirant. Il m'a été également imp(jssible d'isoler les corps qui lui communiquent son odeur spéciale; leur étude présenterait ce^iendant un intérêt considérable, car il est fort probable que ce sont eux ou les matières qui en dérivent par fermentation qui donnent aux ^iroduits de la respiration les propriétés toxiques incontestables qu'ils possèdent. Le malaise qu'on (sprouve dans une atmosphère confinée se produit, en effet, bien avant que la quantité d'acide carbonique que la respiration y a introduite soit en proportion suffisante pour entraver cette fonction. Une atmosphère contenant 1/100 d'acide carbonique que l'on y a artificiellement mélangé peut, en effet, être respiréc sans incommodité, ce qui n'a j)as lieu quand ce gaz provient de la respiration, lîicliardson a prouvé que do l'oxygène pur plusieurs fois respiré par un même animal devenait l)icntôt impropre h la respiration, bien qu'on eût soin de le dépouiller constamment de l'acide carbonique qui s'y trouve mélangé. Ce sont ces mêmes matières volatiles qui donnent à l'air où des êtres vivants ont séjourné quelque temps cette odeur spéciale qu'on observe (juand on pénètre le matin dans une chambre où quelqu'un a couché.

moniacale de l'haleine persistait habituellement après les lavages de la bouche les plus minutieux et qu'on rencontrait très-fréquemment l'ammoniaque en notable proportion dans l'air expiré par beaucoup de sujets, principalement chez les femmes aux époques de la menstruation.

Température de l'air expiré. L'air introduit dans le poumon par la respiration s'y réchauffe rapidement, et quand il sort de cet organe, sa température est presque aussi élevée que celle du corps. En respirant par le nez et faisant ensuite passer l'air expiré par la bouche à travers un tube à l'intérieur duquel se trouve un thermomètre, l'instrument oscille entre 35 et o7° si la température ambiante dépasse 10"; quand elle s'abaisse à 0°, la température de l'air expiré est encore de 30".

Respiration par la peau. Nous avons vu, en parlant de la sueur, qu'il se fait par la peau, à travers les parois des glandes sudoripares, un échange gazeux tout à fait analogue à celui dont les poumons sont le siège , c'est-à-dire une exhalation d'acide carbonique et une absorption d'oxygène.

L'excrétion de l'acide carbonique qui se fait par la peau est 38 fois moindre que celle qui s'opère par les poumons, mais l'exhalation cutanée de la vapeur d'eau est plus considérable que l'exhalation pulmonaire. La quantité d'eau exhalée par le poumon est d'environ 500 grammes en 2/t heures, tandis que celle éliminée par la peau atteint environ i kilogramme dans le même temps.

L'exhalation d'acide carbonique par la peau est facile à mettre en évidence. En introduisant la main dans une cloche contenant de l'air et placée sur une cuvette pleine d'eau, on constate bientôt, par le précipité de carbonate de chaux qui se produit lorsqu'on verse de l'eau de chaux dans la cloche, que l'atmosphère quia entouré le membre renferme de l'acide carbonique. En plaçant le corps dans une enceinte fermée, on arrive facilement à doser tout l'acide carbonique exhalé par la peau.

L'absorption de l'oxygène par la peau se démontre en plaçant des grenouilles privées de leurs poumons sous une cloche pleine d'air. On reconnaît bientôt que cet air est dépouillé d'une partie de son

oxygène, qui se trouve remplace par une quantité équivalente d'acide carbonique.

Quant à l'absorption d'azote (|ui pourrait se faire par la peau , elle n'a pas encore été démontrée.

Nous avons vu, en traitant de la dépuration du sang, que la suppression de la respiration cutanée amène la mort, comme le fait, mais dans un temps moins long, la suppression de la respiration pulmonaire. Un mamuiilère dont on recouvre la peau d'un vernis imperméable succombe rapidement.

Causes qui modifient l'intensité des phénomènes respiratoires. L'intensité des phénomènes respiratoires varie suivant l'âge, le sexe, l'espèce animale et un nombre de causes fort diverses. Ils sont beaucoup plus lenls chez les animaux à sang froid que chez ceux à sang chaud. Alors qu'une grenouille absorbe par heure un décigramme seulement d'oxygène par kilogramme de matière animale, un oiseau en absorbe 10 grammes pour le même poids pendant le même temps.

L'exercice et le travail musculaire ont une grande influence sur la respiration. Nous avons vu combien ils augmentent l'absorption de l'oxygène et l'élimination de l'acide carbonique*. Chez les animaux dont l'activité musculaire est considérable, comme les oiseaux par exemple, l'intensité des phénomènes respiratoires est très-marquée. Nous avons vu plus haut qu'un individu au repos, consommant 2[i litres d'oxygène par heure, en consomme 63 litres, c'est-à-dire une quantité près de trois fois plus forte, quand il fait un travail actif. Les variations alors observées sont assez constantes, dit Lavoisier, pour qu'en appliquant un homme à un exercice pénible et observant l'accélération qui en résulte dans le cours

* D'après Smith, la quantité cVair introduite dans les poumons étant rcpre'sentee l)ar 1 chez l'homme quand il est couche, cette proportion éjjrouvc, sous rinflucnco de l'exercice, les variations suivantes:

Dehout 1.33

Marche, de 1 mille îi l'heure 1.90

Marche de 2 milles à Iheurc 2.76

Course h cheval au trot 4.05

Natation 4.32

Course à pied de 7 milles ;i l'heure 7.00

de la respiration^ on puisse en conclure à quel poids élevé à une liauteur déterminée correspond la somme des efforts qu'il a faits pendant le temps de l'expérience. <( Ce genre d'observation, ajoute cet illustre observateur, conduit à comparer des emplois de force entre lesquels il semblerait n'exister aucun rapport. On peut connaître, par exemple y à combien de livres en poids répondent les efforts d'un homme qui récite un discours, d'un musicien qui joue d'un instrument. On pourrait même évaluer ce qu'il y a de mécanique dans le travail du philosophe qui réfléchit , de l'homme de lettres qui écrit, du musicien qui compose. Ces effets, considérés comme purement moraux, ont quelque chose de physique et de matériel qui permet, sous ce rapport, de les comparer aux efforts que fait l'homme de peine. Ce n'est donc pas sans quelque justesse que la langue française a confondu sous la dénomination commune de travail les efforts de l'esprit comme ceux du corps , le travail du cabinet et le travail du mercenaire. »

Entre cet énoncé et celui de la théorie de l'équivalence des forces, telle que les travaux modernes l'ont mise en évidence, il n'y avait qu'un pas; mais ce pas, il a fallu soixante ans pour le franchir.

Quand le travail physique est poussé jusqu'à la fatigue, les phénomènes de la respiration, au lieu de s'accroître, se ralentissent. Le sujet fatigué use plus de matière musculaire qu'il n'en peut fabriquer dans un temps donné. Il s'accumule alors dans le sang une quantité d'acide carbonique suffisante pour produire une sorte d'intoxication passagère, ainsi que nous l'avons vu en parlant des phénomènes que détermine l'ascension sur les montagnes.

Le climat a également une grande influence sur l'intensité des phénomènes respiratoires. Nous avons vu que la consommation de l'oxygène est d'autant plus considérable que la température est plus basse, à condition, naturellement, que le froid ne soit pas excessif ou trop prolongé , parce qu'alors il paralyserait toutes les fonctions , ce qui arrive chez les animaux à sang froid et chez les hibernants, qui passent, comme on le sait, l'hiver dans un profond sommeil.

L'état hygrométrique de l'air a aussi une influence marquée sur l'activité des phénomènes respiratoires. Quand l'atmosphère est

LA RESPIRATION. 3Gy

très-humide, l'exhalation de vapeur d'eau qui se fiiit parles poumons est ralentie, comme l'est également celle qui s'opère parla peau.

L'influence des maladies sur l'activité respiratoire n'est pas moins sensible. Dans le choléra, on a constaté que l'air expiré contenait plus d'oxygène qu'à l'état normal , d'où l'on doit conclure (jue l'absorption de ce gaz était considérablement ralentie. L'absorption de l'oxygène diminuant, l'élimination de l'acide carbonique se réduit également. La même diminution de l'acide carbonique a été notée aussi dans diverses maladies, la pneumonie, la lièvre typhoïde et la phthisie notamment.

Action de la respiration sur le sang. Nous avons décrit dans le chapitre consacré à l'étude du sang les changements qu'éprouve ce liquide sous l'influence de l'oxygène fourni par la respiration. De noir qu'il était et impropre à l'entretien de la vie, il devient d'un rouge vif et apte à entretenir toutes les fonctions.

C'est au moyen de l'appareil respiratoire que le sang veineux chargé d'acide carbonique et l'oxygène de l'air amené par les divivisions des bronches sont mis en présence. L'échange gazeux se fait, comme nous l'avons vu, à travers la mince membrane qui les sépare.

Pour constater l'influence de la respiration sur le sang, il suflit d'ouvrir l'artère d'un membre sur un animal vivant. Si l'animal respire, le liquide a une belle couleur rouge. Si on suspend la respiration , il acquiert en moins de trente secondes la couleur du sang veineux.

Action du système nerveux sur la respiration. Les

nmscles inspirateurs reçoivent leurs nerfs de la moelle épinière à diverses hauteurs , mais notamment des paires cervicales et dorsales.

Quand, sur un animal vertébré, on introduit un instrument tranchant entre la première vertèbre cervicale et l'os occipital, de façon à couper la moelle épinière au-dessous du cervelet, au point où elle pénètre dans le crâne, c'est-à-dire dans la portion du bulbe rachidien qui se trouve à quelques millimètres au-dessous de l'origine

des nerfs pneumo-gastriques, tous les muscles respirateurs cessent immédiatement de fonctionner, et comme la vie ne peut se maintenir quand la respiration est suspendue, la mort se produit presque instantanément.

Flourens a donné à cette région circonscrite, dont la blessure détermine une mort rapide, le nom de nœud vital ; -mais cette désignation nous semble tout à fait impropre, car elle semblerait indiquer que la vie a son siège dans un point spécial du corps, ce qui est entièrement inexact ; la mort n'est en aucune façon la conséquence nécessaire de la blessure du bulbe, car on peut, par la respiration artificielle, prolonger presque indéfiniment la vie de l'animal ainsi blessé. Cette région ne peut pas plus, en réalité, être appelée nœud vital parce que la disparition de la vie est la suite de sa destruction, qu'une artère importante ne peut mériter la même épithète parce que sa blessure entraîne habituellement la mort.

La suspension des mouvements respiratoires à la suite d'une blessure du bulbe prouve amplement que c'est en ce point qu'ils ont leur siège. Ils l'ont dans cette région et non ailleurs , car on peut, en ménageant les cinq ou six millimètres de moelle épinière dont l'expérience a indiqué la situation, vider presque entièrement la cavité crânienne sans que la respiration se ralentisse.

Chez les animaux qui peuvent vivre un certain temps en respirant uniquement par la peau, la destruction du bulbe rachidien n'amène pas immédiatement la mort. Les batraciens vivent plusieurs mois, les reptiles plusieurs semaines après son ablation.

Les plus importants des nerfs qui transmettent le principe des mouvements aux muscles inspirateurs sont les nerfs phréniques. En coupant la moelle épinière entre la troisième et la quatrième vertèbre cervicale, c'est-à-dire au-dessus de l'origine de ces nerfs, les mouvements du diaphragme sont abolis. C'est pour cette raison que les lésions siégeant au niveau de la troisième vertèbre cervicale rendent la respiration extrêmement laborieuse; les mouvements respiratoires ne pouvant plus se faire que sous l'influence des muscles du cou et des épaules, le malade, lentement asphyxié, succombe bientôt.

Quand on excite d'une façon continue, par l'électricité, les deux

nerfs phréniques, de façon à mettre le diaphragme en contraction tétanique, l'animal se trouve en état d'inspiration commue, et, ne pouvant plus renouveler l'air dans ses poumons, toujours distendus, s'asphyxie rapidement.

D'autres nerfs que le nerf phrénique exercent, mais à un degré moindre, une influence notable sur la respiration. Ainsi, la section du nerf facial a pour résultat l'aplatissement des parois latérales des narines pendant l'inspiration et la paralysie des lèvres, qui flottent alors comme deux voiles mobiles, suivant la direction du courant d'air qui entre dans la bouche et qui en sort; la section ou la paralysie des nerfs laryngés inférieurs produit le resserrement de la glotte, par suite de la paralysie des muscles crico-aryténoïdiens postérieurs, dont les contractions maintiennent les lèvres de cet orifice écartées*.

La section des nerfs qui animent les muscles destinés à faciliter les mouvements inspirateurs dans les respirations laborieuses , tels que le spinal par exemple, qui anime le sterno-mastoïdien et le trapèze, a pour résultat d'empêcher les inspirations prolongées et, par conséquent, de rendre l'animal incapable d'exercer aucun effort. Tout effort, en effet, doit être précédé d'une inspiration profonde, ainsi qu'on peut s'en convaincre facilement en essayant de faire un travail violent après une inspiration ordinaire. L'animal (ju'on force à courir, après la section de ce nerf, est immédiatement essoufflé, par suite des vaines tentatives qu'il fait pour dilater suffisamment sa poitrine.

Une excitation faible par l'électricité des nerfs pneumo-gastrique et laryngé supérieur accélère la respiration; si l'excitation est assez forte, elle la ralentit ou la suspend; mais si elle n'est pas trop énergique, les mouvements respiratoires reviennent pendant sa durée.

Plusieurs auteurs admettent que l'excitation du centre des mouvements respiratoires, dont nous avons vu plus haut l'origine , se produit sous l'influence de l'acide carbonique que le sang contient.

* L'asphyxie consécutive à la section des nerfs laryngés ne se produit guère que chez les jeunes animaux, parce que, les côtés de la glotte étant chez eux presque entièrement membraneux au lieu d'être cartilagineux comme chez l'adulte, le contact des Lords glottiqucs est facile dans toute leur longueur.

Plus ce liquide renfermerait de ce gaz , plus les mouvements inspirateurs seraient profonds. Diverses expériences semblent, en effet, démontrer que quand on débarrasse artificiellement le sang de son acide carbonique pour le remplacer par de l'oxygène , les mouvements respiratoires s'arrêtent.

VARIATIONS QUE PRÉSENTENT LES PHÉNOMÈNES RESPIRATOIRES DANS LA SÉRIE DES ÊTRES.

Respiration dans la série animale. L'appareil respiratoire présente chez les animaux des modifications diverses, mais en dernière analyse il se réduit toujours à une membrane à travers laquelle se fait l'échange entre les gaz du sang et ceux de l'atmosphère.

Fig. H-2. — Respiration chez les insectes.*

* a, a, a) Ouverture des stigmates. — l) Appareil reproducteur. — c , c , c , c) Tracliées. — g, h, i) Poclics aériennes. — i, Je) Première paire de pattes. — l, m) Tête. — o. o) Ailes supérieures. — p, p) Deuxième el troisième paire de patios.

LA RESPIllATION.

Chez les animaux supérieurs, c'est le sang qui va trouver l'air dans le poumon. Chez certains animaux inférieurs, tels que les insectes, dont la circulation est incomplète, c'est l'air qui va à la rencontre du sang tlans les diverses parties du corps. Leurs organes sont, en effet, parcourus par des canaux nommés trachées, dont les ouvertures , appelées stigmates, s'ouvrent sur les côtés du corps. Chez certains animaux très-inférieurs, les mollusques par exemple, il n'y a ni trachées ni poumons, et la respiration se fait simplement j^ar la peau.

Les animaux plongés dans l'eau respirent, en réalité, exactement comme les animaux aériens; il.^ absorbent, par des appareils spéciaux nommés branchies, l'air dissous dans l'eau et où l'oxygène, au lieu de se trouver dans la proportion de un cinquième comme dans l'atmosphère, se rencontre seulement dans la proportion de i/250. Dans un liquide privé d'air, ils meurent rapidement.

Le liquide dans lequel les poissons ont respiré contient de l'acide carbonique, dont la présence s'accuse par le précipité abondant que détermine l'eau de chaux qu'on y verse.

Les branchies des poissons consistent en une série de lamelles saillantes, très-riches en vaisseaux veineux et artériels, fixées de chaque côté du cou.

Pour respirer, le poisson avale de l'eau par la bouche; ce liquide baigne les branchies, leur cède l'air qu'il contient et se charge de l'acide carbonique qui s'en dégage, puis s'échappe par les ouïes, larges ouvertures latérales correspondant aux trompes d'Eustache. Outre l'air dissous dans l'eau, presque tous les poissons respirent encore de l'air atmosphérique, qu'ils viennent prendre à la surface du liquide où ils sont plongés. Cet air ainsi ingéré se trouve en contact avec leurs branchies et absorbé comme l'est celui contenu dans l'eau.

Les poissons qu'on retire de l'eau meurent bientôt, parce que leurs branchies, n'étant plus soutenues par l'eau, s'affaissent, ce qui diminue l'étendue de la surface respiratoire et gêne la circulation du sang.

Plusieurs animaux, tels que les grenouilles par exemple, respu-ent, comme les poissons, au moyen de branchies dans la pre-

ruière période de leur existence, alors qu'ils sont à l'état de têtards ; et plus tard, comme les mammifères, au moyen de poumons. Quelques-uns, comme les axolotes, conservent toute leur vie des poumons et des branchies, ce qui leur permet de respirer tout à la fois dans Tair et dans l'eau.

Respiration des plantes. En 177i2, Priestley, ayant introduit une plante dans une cloche oii^ faute d'une quantité suffisante d'oxygène, une souris venait de mourir, reconnut qu'après quelque temps d'exposition de la cloche au soleil l'air était régénéré et devenu de nouveau capable d'entretenir la vie des animaux qu'il y plongeait.

Les progrès de la chimie permirent bientôt d'interpréter convenablement cette curieuse expérience en prouvant que le végétal avait décomposé l'acide carbonique formé par l'animal , fixé ie carbone de ce gaz dans ses tissus et, mettant ainsi l'oxygène en liberté, revivifié l'atmosphère.

Ainsi, l'air altéré par les animaux est régénéré par les plantes ; mais, comme nous l'avons vu en parlant de la composition de l'atmosphère, si cette régénération n'avait pas lieu, l'océan gazeux qui nous entoure n'en conserverait pas moins pendant une longue série de siècles une composition à peu près constante.

L'opposition qui semble régner entre la respiration des végétaux et celle des animaux est loin, du reste, d'être aussi absolue que l'expérience indiquée plus haut pourrait le laisser croire. Les parties vertes des plantes sont les seules qui absorbent de l'acide carbonique et produisent de l'oxygène. Les parties d'une couleur différente ou le bois, les fruits et les fleurs par exemple, respirent comme les animaux, ainsi qu'on peut s'en convaincre en les plaçant sous une cloche dont on analyse l'air au bout de quelque temps. Les parties vertes elles-mêmes ne décomposent l'acide carbonique que sous l'influence de la lumière solaire. Dans l'obscurité, elles respirent comme les animaux*.

* D'après les recherches de Boussingault, 1 mètre carre de surface verte décompose en 12 heures de jour 6336 centimètres cubes de gaz acide carbonique, et produit en 12 heures de nuit 396 centimètres cubes du même gaz.

Les animaux et les végétaux respirent en réalité de la mémo manière; la couche verte qui les recouvre a seule la propriétfé curieuse de fixer le carbone et de mettre en liberté l'oxygène. Les observations laites sur plusieurs insectes aquatiques colorés en vert montrent qu'ils respirent comme les plantes. Preuve nouvelle qu'à tous les degrés de l'échelle des êtres la matière vivante possède des propriétés analogues et est soumise aux mêmes' lois.

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