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ORIGINE DU LANGAGE. —LANGAGE DES ANIMAUX

. Origine du langage. La question de l'origine du langage est une de celles sur lesquelles les philologues et les philosophes nous semblent avoir le plus erré. Elle ne peut être compréhensible que si on la décompose en ses éléments divers et si l'on étudie le langage, non tel qu'il est aujourd'hui, mais tel qu'il a du être à l'aurore des civilisations, et en le suivant pas à pas jusqu'au degré de perfection qu'il a atteint de nos jours.

Le langage oral, c'est-à-dire la parole, n'est qu'une des formes du langage. Sous ce dernier terme on doit désigner, en effet, tout signe quelcon(jue interprétatif d'un besoin ou d'un sentiment et susceptible de rappeler à l'esprit le besoin ou le sentiment auquel il correspond.

Il y a, abstraction faite de la parole, bien des manières d'exprimer ses sentiments et ses besoins et, par suite, bien des espèces de langages. Tous les êtres vivants ont le leur. Souvent ces langages sont plus commodes que la parole, en ce sens qu'ils sont bien plus faciles à comprendre. Le geste et la physionomie constituent un langage mimicpie parlé par tous les peuples, le même partout, el que les animaux arrivent eux-mêmes à comprendre en partie.

La prétendue faculté du langage est simplement l'aptitude à exprimer ou à saisir un rapport entre un signe, quel que soit ce signe, et une idée. Les signes permettent souvent un échange d'idées aussi complet que la parole ou que l'écriture même. C'est ce qui •arrive, par exemple, dans le télégraphe de Morse, où les signaux correspondant aux lettres sont tracés par une pointe conmiuniquant avec un électro-aimant qui fait un bruit particulier toutes les fois que la pointe s'arrête sur le papier. L'employé finit par acquérir une habitude telle de ces bruits, qu'il connaît les lettres auxquelles

ils correspondent, et peut ainsi, sans lire la dépêche, et uniquement avec l'oreille, avoir une conversation suivie avec son collègue placé à plusieurs centaines de kilomètres de lui.

Le langage de l'homme des premiers temps fut sans doute uniquement composé de signes et de cris. Chaque conception, chaque besoin, il les traduisit par un bruit, et son langage, comme celui de l'enfant, ne fut guère qu'une série de cris plus ou moins modulés. Ces cris, entendus par d'autres individus, s'associèrent dans leur mémoire aux objets qui les avaient provoqués, et l'homme , natu-, rellement imitateur, à la vue des mêmes objets , répéta les mêmes cris à son tour.

Ainsi dut naître le langage parlé, qui alla en se perfectionnant graduellement chaque jour. Le cri conduisit au chant, qui conduisit au langage articulé, lequel mena à la parole.

L'étude des langues prouve qu'elles dérivent toutes d'un petit nombre de racines, qui se combinèrent ensuite pour former des mots de plus en plus compliqués. Presque toutes les langues de l'Asie occidentale et de l'Europe se ramènent, en dernière analyse, à quelques centaines de racines, véritables corps simples des langues.

Les langues se modifient et se transforment chaque jour; elles sont dans un perpétuel devenir. Les mots naissent à mesure des besoins, des connaissances et des idées. Aussitôt qu'une industrie nouvelle, une science nouvelle, une série d'idées nouvelles naissent ou se développent, des mots nouveaux se forment et s'approprient à ces besoins nouveaux. Que de mots inconnus autrefois les progrès des sciences n'ont-ils pas introduits dans les langues depuis deux siècles ! L'état d'une langue représente l'état des connaissances et de la civilisation, et varie avec elles. Sans doute, les langues fixées par l'écriture se développent et se transforment lentement, mais elles se développent néanmoins toujours.

Les mots sont donc des signes dont la valeur, loin d'être iden-' tique pour tous, varie sans cesse, suivant le temps, les mœurs, le degré de civilisation ou d'instruction, les progrès de l'industrie, etc. Le mot lumière rappelle au peintre l'éclat changeant des couleurs; au poëte les beautés de la nature; au physicien les phénomènes de

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ckromposition, do polarisation et <lo rellcclion mi\(|iiols elle est sujette; au physiolo.iriste les luodilicalions (,ue fait subir i» certaines parties de la rétine un agent inconnu; à l'homme du peuple le brillant soleil ou le^a/ de son usine. Les mots âme, esprit, conscience, nature, ont eu les sens les plus divers, souvent même les plus opposes, et c'est précisément parce que la plupart dc:^ mois ont une valeur si relative qu'il y a tant de diflicultés sur une foule de suiets a arriver h s'enlendre.

Langage des animaux. Le lanqa-e étant, comme nous l'avons dit, un si.i<ne quelcoïKjue inlerprétalif d'un sentiment ou d'un besoin, il est évident que les animaux ont leur langage, car ils se communiquent parfaitement, par leurs cris et leur attitude, les sentiments et les besoins qu'ils éprouvent. J'irai même plus loin en disant que les animaux supérieurs ont un véritable langage articule composé, comme celui de l'enfant, de modulations "variées et partailement expressives. Un chat qui demande qu'on lui ouvre une porte n'a nullement le même cri que quand il demande à manger ou appelle ses petits. L'amitié, lai*aine, l'inquiétude, la tristesse de la séparation, la joie du retour, le besoin de se concerter contre un ennemi, l'avertissement de le fuir, les animaux peuvent exprimer tout cela. L'observateur qui dit que le perroquet répète sans les comprendre les mots qu'on lui a appris avance une proposition très-souvent inexacte. J'ai longtemps observé, sous mes tenetres, un perroquet qui, lorsqu'on l'oubliait dans la cour alors qu 11 pleuvait, appelait à haute voix son propriétaire en criant qu'il allait être mouillé. Pour effrayer les personnes de sa connaissance, I intelligent animal savait fort bien se suspendre par une patte à un des barreaux de son perchoir, en répétant plusieurs fois qu'il allait tomber. Jamais je ne lui ai entendu dire qu'il avait déjeuné alors qu II avait jaim, et quand un étranger cherchait dans la cour la concierge absente, il savait fort bien appeler cette dernière et lui aire d aller dans sa loge. C'est par milliers que l'observateur peut constater des faits de cette sorte.

Les animaux les plus inférieurs ont aussi leur langage; tel est le langage tactile des articulés, les fourmis par exemple, qui, après

s'être touché les antennes, se portent toutes dans une direction déterminée et savent parfaitement se coaliser pour attaquer un camp de fourmis rivales, faire prisonnier un troupeau de pucerons, s'indiquer l'issue d'une boîte dans laquelle on les a renfermées, etc. Il a fallu que l'homme fût aveuglé par une vanité bien grande pour croire que seul entre tous les êtres qui peuplent la surface du globe il avait le privilège de communiquer avec ses semblables pour échanger ses idées et manifester ses besoins.

LIVIIK IV.

Relations de l'organisme avec le monde extérieur.

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