CHAPITRE -PREMIER
Annonciation.
En Tan 747 de Rome, qui correspond a Pannee 7 avant notre ere 1 , vivait a Nazareth, petite bourgade; tres ignoree de Haute-Galilee, une jeune orpheline juive nominee Marie*. Elle e"tait, selon le mot de l'E\angile 3 , remplie de grace, c'est-a-dire, nous expliquent les theologiens, qu'elle avait ete eongue sans p6che, etant exemptee, par grjice speciale, de la tache originelle teguee a tous.les hommes par Adam. Le mot de 1'fivangile permet d'ailleurs de supposer que, aux yeux des hommes ses compatriotes, elle
1 Nous avangons de deux ans la date generalement enseignee comme celle de la naissance de Jesus. II y a ne'cessite' a le faire si Ton yeut dtablir une concordance entre les donnees chronologiques des 6vangiles et celles de 1'histoire profane. (Voir plus loin, chap, in.) L'abbe Pillion reconnait que la fixation de la naissance de Jesus aux derniers jours de Tan 7" avant notre ere est tres justifiable.
8 Nazareth n'est pas mentionne'e une seule fois dans 1'Ancien Testament tel que nous le posse'dons ; et, du temps des Svangelistes, elle 4tait encore si peu citSe qu'ils hdsitent sur le nomadonner a ses habitants; ils disenttantfit N^wpaio? (HATTH., II, 23; Luc, XXIV, 19; JEAN, XIX, 19) et tant6t : Na&xpYjvis (MARC, I, 24, et XIV, 67; Luc, IV, 34, et XXIV, 19, lecon d'un des manuscrits).
3 Luc, I,. 28, xexapitu>|jivY), ayant 6tt remplie de gr&ce.
unissait a toutes les qualites morales tous les attrails physiques'. : '
Par son pere comme par sa mere, elle descendait de David, mais eette illustre origine ne lui conferait aucun relief, la race de David etant, a cette epoque, enfoncee depuis longtemps dans une profonde obscurite. Gependant Marie, etant un enfant unique 2 , avail herite de ses parents un modique avoir qui la rendait independante ; elle possedait une maison a Nazareth 3 ,
Son pere se nommait Heliakim, nom que par abreviation saint Luc ecrit Heli* et que la liturgie actuelle a transforme en Joachim 6 . Sa mere, sui-
1 A cet egard, nous ne devons pas oublier que les Hebreux e'taient loin d'avoir sur la beaute" physique les memes ide"es que nous. Ainsi, pour donner une caracte"ristique de la beaute 1 de David, 1'auteur du I" lime des Rois (XVI, 12 et XVII, 42) dit qu'il avait les cheveux roux, et nous savons par le Cantique des Cantiques (I, 4) que les cheveux noirs, au moins chez une femme, dtaient consider^s comme une tare : Quoique noire de cheveux, je suis belle . Ce meme Cantique emploie pour depeindre la beaute 1 feminine bien des traits qui nous Stonnent, par example au chap. VII, verset 4 : Ton nez .est comme Ja tour de Damas qui regarde le Liban .
2 Etant donnee 1'elasticite que le Nouveau comiae 1'Ancien Testament donnent au sens des mots indiquarit des liens de famille, nous ne croyous pas que la Marie mentiorinee par saint Jean (XIX, 25) comme la sceur de la vierge Marie ait et6 par rapport avec celle-ci plus qu'une belle-scaur et peut-6tre en meme temps une cousine. Certains passages des evangiles (nous le disons plus loin page 103) nous paraissent exclure toute vraisemblance de 1'existence d'une soeur ou d'un frere de Marie. L'ecrit apocryphe du n e siecle nomm6 Protivangile de Jacques affirme que Marie etait fille unique, mais nous ne tirons pas argument de cette affirmation, la valeur. documentaire du Prot^vangile 6tant presque nulle.
3 Luc, I, 56. Le Protevangite de Jacques pourrait encore fitre all^gue ici; il dit que le pere de Marie etait fort riche rcXooffto; ^dfipa.
4 Luc, III, 23.
8 CettQ mutation de nom parait avoir etc frequente chez les Juifs; ainsi un roi d'Israel nomme Heliakim eut son nom change en celui
ta native -
deJudeeet aurait, pendant un certain temps, habite Jerusalem 1 .
D'apres une autre tradition pieuse que lesfiglises latine et grecque ont sanctionriee en instituant la fete de la Presentation, Marie, encore en" bas age, aurait 6te" meriee par ses parents de Nazareth a Jerusalem, au Temple, et la, de sa seule initiative, elle se serai t vouee au service de Died; elle, lui aurait, selon Pexpression mosaique 8 , voue son ame; voeu rachetable, il est vrai, qui n'excluait done pas la possibilite d'un mariage dans I'avenir, mais qui devait, dans le cas de Marie, en depit de fiangailles officielles, 6tre>igoureusement tenu.
En fait, il arriva que, une douzaine d'annees apres sa presentation au Temple, Marie fut promise en. mariage; ses parents, probablement parce qu*ils se sentaient mourir et qu'ils ne voulaient pas laisser seule dans la vie une fille encore tres jeune, ddciderent ses ^iangailles, et ils choisirent pour dtre son futur e"poux le parent le plus proche qu'ils eussent alors a Nazareth, un propre frere d'Anne, nomme . Joseph*. l,e Levitique^ qui proscrivait le mariage entre le neveu et la tante* laissait libre celui entre Toncle
de Joakim (IV, Rois XXIII, 34). De mme, dans le Livre de Judith (IV, 5 et suivants, et XV, 9), le grand-prfitre d'alors est nomine 1 indif- : feremment Eliachim et Joachim. Les deux noms ont d'ailleurs la merae signification -.Hdliakin} signifie : Lieu ttablit ; .et Joakim signifie : Jahv6 (Jehovah) ttablit. -
1 Cette tradition est maintenue par les Peres Blancs qui, a Jerusalem, sur 1'emplacement de la maison oii aurait habit6 Anne, ont edifie 1 sous son vocable une tres belle basilique.
8 Wwftgue, XXVII, 2.
5 Voir la note 5, page 19. ;
* Ltvitique, XVIII, 12-14. . .-..'
chichte des jiidischen Yolkes im Zeitalter Jesu Christ!) de Schiirer, ou sur les index ajoutes par M. Guignebert a ses diverses publications sur Jesus, ou sur les bibliographies raises par le pere J.-M. Lagrange en tete de ses trois commentaires sur les fivarigiles.