‹ La vie humaine de N.S. Jésus-Christ [microform]Chapitre 4 sur 72 · LDC, III · texte numérisé non relu

LDC, III

6 Cette mutation de nom parait. avoir etc frequente chez les Juifs ; ainsi un roi d'Israel nomine Heliakim eut son nom change en celui

vantJa tradition, se riomrnait Anne ; elle etait native de Judeeet aurait, pendant un certain temps, habile Jerusalem 1 .

D'apres une autre tradition pieuse que lesfiglises latine et grecque ont sanctionnee en instituant la fete de la Presentation, Marie, encore en' has age, aurait <te" meriee par ses parents de Nazareth a Jerusalem, au Temple, el la, de sa seule initiative, elle se serait vouee au service de Dieu; elle lui aurait, selon Texpression mosaique 2 , voue son ame; voeu rachetable, il est vrai, qui n'excluait done pas la possibilite d'un mariage dans 1'averiir, mais qui devait, dans le cas de Marie, en depit de fiangailles officielles, etre rigoureusement tenu.

En fait, il arriva que, une douzaine d'annees apres sa presentation au Temple, Marie fut promise en mariage; ses parents, probablement parce qu'ils se sentaient mourir et qu'ils ne voulaient pas laisser seule dans la vie une fille encore tres jeune, ddciderent ses ancailles, et ils choisirent pour etre son futur epoux le parent le plus proche qu'ils eussent alors a Nazareth, un propre frere d'Anne, nomme Joseph*. Le Levitique ^ qui proscrivait le mariage entre le neveu et la tante 4 laissait libre celui entre Toncle

de Joakim (IV, Hois XXIII, 34). De mme, dans le Livre de Judith (IV, 5 et suivants, et XV, 9), le grand-pre"tre d'alors est nomine 1 indifleremment Eliachim et Joachim. Les deux noms ont d'ailleurs la meme signification : E6liakim signiiie : Dieu ttablit; et Joakim signifie : Jahv& (Jehovah) 6tablit. -

1 Cette tradition est maintenue par les Peres Blancs qui, a Jerusalem, sur 1'emplaceraent de la maison oil aurait habile Anne, ont edifie' sous son vocable une tres belle basilique.

8 Uvitique, XXVII, 2.

5 Voir la note 5, page 19.

* Uvitique, XVIII, 12-14.

et la niece. On dit que, dans le choix de leur futur rgendre, Joachim et Anne penserent, en fideles observateurs de la loi mosaique, a satisfaire au vieux precepte qui defendait de marier les heritieres juives a des hommes n'appartenant pas a la meme tribu qu'elles 1 ; mais ces anciennes regies avaient perdu beaucoup de leur rigueur* et il est plus probable que Joachim et Anne se laisserent seulement guider par la haute opinion qu'ils avaient de Joseph .

Natif de Betbleem, en Judee 8 , Joseph etait venu, a 1'appel de son beau-frere ou pour toute autre raison, s'etablir a Nazareth ou il exergait le metier de charpentier; c'etait un homme juste 3 dont le caractere donnait a Joachim et a Anne pleine confiance pour Tavenir de leur fille; mais, par un motif quelconque de conyenance, il avait ete enlendu qu'un certain temps s'ecoulerait entre la mort de Joachim et d'Anne et le moment ou Marie se reunirait a son fiance pour la ceremonie du mariage; et elle devait aller passer ce temps chez une parente fort, Agee qu'elle avait en Judee dans la region monlagneuse 4 . Cette parente, nommee filisabelh, etait mariee a un pretre du Temple de Jerusalem, noriime Zacharie, et, a la difference de Joachim et d'Anne,

Nombres, XXXVI, 6-9.

8 Luc, 'II, 3 et 4. Aujourd'hui on considfere gn6ralement que 1'expression !8ia u6Xi? (sua cmtas), employee par 1'evangeliste, (lau-cou iroXt;, d'apres d'aulres manuscrits) signifie ville natale. Un autre te'moignage est dohn^ par saint Justin, palestinien qui, Scrivant une centaine-d'ann^es apres la mort de J^sus, reproduisit les dires encore courant dans le pays sur la Sainte Famille; dans son Dialogue avec Tryphon (par. 78, verset 4), saint Justin dit que Joseph etait de BethUem.

a Luc, I, 39.

** " " '' DE'N.-S.'JfiSUS-CHRIST. -, 19-

elle rie descendant pas.de David; mais d' Aaron 1 ; elle ne pouvait done avoir avec aucun d'eux un lien plus proche que celui de tante maternelle ; etjelle est bien la parente qui correspond le mieux aux tenements racontes par saint Luc*.

Une grande partie de ces details ne sont pas explicitement donnes par les evangiles, mais ils decoulent de leur texte, en particulier des deux genealogies que nous relalent saint Matthieu et saint Luc pour prouver la filiation humaine de Jesus 3 ; ces deux genealogies prennent Joseph comme point de depart pour remonter de Jesus a David; or, comme Jesus ne tient pas a rhumanite par Joseph, mais seulement par Marie*, ces deux genealogies seraient un hors-d'oeuvre tout a fait inutile, si, en meme temps qu'elles sont des genealogies de Joseph, elles n'etaient pas celles de Marie.. Leur insertion dans les 4vangiles nous parait, au contraire, tout a fait rationnelle si Jacob, le pere de Joseph, se trouve etre aussi le pere d'Anne, par consequent le grandpere de Marie", et si, par quelque precede d'adop-

1 Luc, I, 5.

2 Luc, I, 7 et 18

3 MATTHIEB, I, \ et suiv. ; Luc, III, 23 et suiv.

4 Voir plus loin, page 23, le recit de la conception virginale de Jesus.

5 La proche parente entre Marie et Joseph peut, entreautrespreuves, s'etablir par un renseignement que nous tenons d'Hdgesippe, le plus ancien historien chr^tien qui, 6tant palestinien et ecrivant environ 150 ans apres la mort de Joseph, 4tait a mfime d'avoir recueilli sur lui et a plus forte raison sur Marie morte plus r^cemment des donnees exactes. Un passage d'HSgesippe (reproduit par Eusfebe dans son Histoire tecldsiaslique, livre III, chap, xx, verset 1) pr^sente 1'apotre Jude que nous verrons plus loin (page 101) etre un neveu de Joseph (a savoir un fils de son frere Clfiopas) comme ayant ete 1 par la chair Kara napxa frtre, c'est-a-'dire cousin, de Jesus. Puisque Jesus ne pouvait

'20 ~ ' -lA'VIE HiSTORIQUE

tion 1 Heli (ou Joachim), pere de Marie, est devenu a la suite de quelque evenement, par exemple des fiangailies de sa fille a vec Joseph, pere adoptif ou putatif de ce dernier.

Certains, a Tencontre de ['opinion que nous soutenons ici, disent que les evangelistes, en interealant dans leu rs recits ces deux genealogies, n'ont pas cherche a etablir par elles que Jesus descendant de David par le sang 2 , mais qu'il etait 1'heritier legal du trone de ce roi, Joseph dont il etait Tayant cause etant par primogeniture dans la lignee royale de Salomon le premier des agnats dayidiques alors yivants. Les evangelistes, ajoute-t-on, n'auraient pas "releve une descendance par Marie, puisque les Hehreux n'attribuaient aucune importance a une descendance par les femmes.

Ces assertions sont Lien difficilement soatenables : la derniere surtout. Car, a 1'epoque meme ou Jesus vint au monde, nous voyons que dans les Etats du roi Herode, ceux des fils de ce roi qui, par leur mere, descendaient des Macchabees, se prevalaient hautement de cette illustre origine, et que les revendications que, a ce titre, ils opposaient a leurs demi-freres-, issus de femmes etrangeres ou obscures, trouvaient faveur dans la nation juive. Aussi Men, saint Matthieu, dans sa Gentalogie de Jhus, insere les noms de quatre femmes; pourquoi? si ce

avoir une parents charnelle que par Marie, le pere et 1'oncle de Jude, a savoir Cleopas et Joseph, ^taient forcement proches parents de Marie.

1 Cf. Esther, II, 7 et Gentse, XLYIII, 5.

* Du sang de David selon la chair, dit saint Paul (Epilre aux Remains, I, 3) 'Ex ffTtepjiaTo; Aapt'6 xai aapxa. Cf. Deuxteme d Timo-

DE N.-Sr JESUS-CHRIST. " 21

n'est parce qu'il jugeait important de faire remarquer que ces quatre femmes fiirent des aieules de Jesus 1 . D'autre part, comment soutenir que les genealogies si distinctes relatees par saint Matthieu.et saint Luc puissent, I'une et Fautre, prouver simultanement le droit legal de Jesus a 1'heritage royal de David? a supposer que celle que nous lisons dans saint Matthieu et qui suit, en efiet, la serie des rois de Juda, soit probante a cet egard, celle que nous : lisons dans saint Luc et qui suit la lignee tres secondaire de Nathan, resterait tout a fait insignifiante; il faut done revenir a noire conclusion que cette derniere est une genealogie charnelie. Et d'autre part, quand on examine d'un peu plus pres le lexte de saint Matthieu on doit convenir que, s'il expose la filiation legale qui relie Jesus a David, cette filiation est en meme temps charnelie ; sans parler du verbe engendrer*, par lequel il rattache les uns aux . autres tous les personnages qu'il cite comme ancetres de Jesus, entre David et Joseph 3 , il nous precise que quatorze generations separent le dernier roi de Juda et Jesus; or, sa liste-ne comprend que treize noms et pour retablir Techelon manquant, il faut faire figurer Marie entre Joseph, son oncle, et Jesus, son fils, le nom de sa mere, Anne, devant au treizieme echelon etre accole a celui de Joseph.

A savoir : Thamar, Rahab, Buth et Bethsebee (MATTHIKH, I, 3, 5 et7).

8 'EYYevirjae, genuit. Ce mot manque apres Joseph; saint. Matthieu a sa place met cette apposition tres significative : Joseph, epoux de - Marie, de laquelle est ne J^sus, qui est appel Christ . '

5 On sail que saint Matthieu a saut6 des echelons ;mais ces .omissions n'ont pas d'importance en ce qui concerne la portde generate de la ginealogie.

Nous n'entrerons pas davantage dans la discussion des deux genealogies; leur detail a donne lieu a un nombre considerable de dissertations qu'il serait fastidieux d' examiner. Ce qu'il convient de dire e'est que, au moment ou elles furent dressees par saint Matthieu et saint Luc, ces genealogies ne suscitaient chez leurs lecteurs aucun des embarras d'interpretation qu'elles nous presentent aujourd'hui : Marie vivait encore, ou etait morte tres recemment; les contemporains, par consequent, etaient a meme de connaitre soit par elle-meme, soit par son entourage, la liste exacte de ses ascendants, et de completer ou eclaircir dans les donnees des evangelistes ce qui nous parait aujourd'hui trop sommaire ou trop confus.

Done, au commencement du printemps de Tan de Rome, 747, alors qu'elle etait sur le point de se mettre en route pour la Judee, Marie se trouvait a Nazareth, seule dans sa demeure, eri priere, croit-on; et plusieurs conjecturent que sa priere avait trait aux esperances messianiques 1 dont elle devait, comme beaucoup de ses compatriotes, ^tre alors animee; car leur realisation paraissait proche.

Tout a coup un personnage lumineux entra dans la chambre et dit a Marie : Salut, pleine de grace; le Seigneur est avec toi; tu es benie entre les femmes . Familiarisee des Tenfance avec 1'histoire

1 Messie (en grec Xpto-to?, Christ) etait un mot hdbreu signifiant : celui qui a refu une onction sainte. L'Ancien Testament donnait ce titre aux rois; Isale ravaitmfimeaccordea un roijai'eri, Cyrus (ISAIE, XLV, 1). - Mais depuis le retour de la captivitd de Babylone, ce nom ne s'appliquait plus qu'au Christ par excellence , chrislus dux, dont le prophete Daniel (IX, 25) avail annonce 1'arriv^e. ,

DE'N.-S. jfisus-GHMST. -. - 23

biblique, Marie avait immediatement reconnu que cet inconnu etait un ange; mais, humble de coaur, elle fut troublee par la salutation flatteuse qui lui etait adressee, et elle se dema'ndait quel en etait le sens.

G'etait bien, en effet, un ange qui s'etait presente a elle, 1'ange Gabriel, celui qui autrefois avait fixe au prophete Daniel la date de la venue du Christ chef ou Messie 1 ; les temps etant accomplis, il revenait sur terre pour annoncer la naissance imminente de ce meme Messie.

Ne crains pas, Marie , dit-il a la jeune fille; tu as trouve grace aupres de Dieu. Voici que tu concevras en ton sein et tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jesus (Sauveur) 2 . II sera grand et sera appele le fils du Tres-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trone de David son pere, et il regnera sur la maison de Jacob pour I'eternite, car son regrie n'aura point de fin.

Comment ces choses se feront-elles? objecta Marie, puisque je n'ai de rapports avec aucun homme.

L'Esprit-Saint surviendra en toi et la vertu du Tres-Haut te couvrira de son ombre 5 . C'est pourquoi ce qui naitra de toi sera saint; on Tappellera le fils de Dieu. Puis, pour monlrer a Marie qu'il avait le

* DANIEL, IX, 21 et suiv,

? Jesus ( 'lYjaou? est la transcription en grec du nom hebreu Jeoshua (ou Josu6) dont le sens est : Jalive 1 (Jehovah) sauve.

5 Bien que dans les Acles des Apdtres (V, 15) saint Luc emploieau sens propre le verbe eTtwrxux^w, ombrager, quand il d^peint des malades gu^ris par le passage siu- eui de 1'ombre de saint Pierre, il" est probable que ce verbe est employ^ ici symboliquement. Cf. Psaumes, CHI, 30.

don de prescience, 1'ange ajouta : Yoici- que ta grand'tante Elisabeth (aupres de qui tu vas te rendre) a cone. u, elle aussi, un fils malgre son grand age; celle que Ton taxait de sterile est, a cette heure, entree dans son sixieme mois. Car rien de ce que veut Dieu ne peut manquer de s'accomplir*.

Dans quelques jours Marie serait a me"me de constater chez Elisabeth le fait annonce" par Tange. Mais tout de suite sans aucun raisonnement, elle eut foi dans la verite de tout ce qui venait de lul tre dit : Je suis la servante du Seigneur , prononga-t-elle ; qu'il me sbit fait selon ta parole . .-.,'..

Sur cet acte de soumission, 1'ange se retira, et Marie, devenue depositaire du germe divin, quitta Nazareth pour gagner en grande hate dans les monts de Juda la ville ou habitait Elisabeth; on est generalement d'accord aujourd'hui pour penser que c'etait la ville sacerdotale d'Hebron 2 .

1 Litt^ralement : car chez Dieu aucune parole ne sera impostible d realiser (Ltc, I, 37). '

8 Des neuf villes de la tribu de Juda mentionnees dans \eLivre de Josu6 (XXI, 13-16) comme ^tant afifect^es a la residence des prelres, cinq dtaient dans la montagne et pourraient par consequent pr^tendre a avoir et< la residence de Zacharie.

line opinion qui a eu naguere quelgue faveur etait que Jutta fut cette residence; un cbpiste maladroit aurait mal reproduit les mots employes par saint Luc, en ecrivant : Marie se rendit dans une ville de Juda 7tops\j6r| elij-itoXiv 'IoSa, au lieu de : dans la ville de Jutta el? vv)v 7c6>.iv 'lo^raj mais pour que cette supposition fut soutenable, il aurait fallu que le copiste eut commis deux erreurs ; non seulement il aurait mal lu le nom de Jutta, mais il aurait supprime 1'article defini. Quant a localiser a Ain Karim, a 6 kilometres de Jerusalem, la residence .de Zacharie, c'est une tradition erron^e, aucune ville sacerdotale n'ayant existe sur cet emplacement.

GHAPITRE II

Naissance de Jean-Baptiste.

Ainsi que 1'ange Gabriel 1'avait indique a Marie, des evenements extraordinaires s'etaient produits dans la famille chez laquelle elle allait habiter.

Gomme pre'tre, Zacharie appartenait a la classe d'Abia 1 ; .el cette classe avait ete appelee, environ sept mois avant le voyage 'de Marie, a remplir dans le Temple,, selon la regie, pendant une semaine, les fonctions du sacerdoce 2 . Zacharie s'etait done rendu a Jerusalem pour y faire son service avec les autres pretres de sa classe.

Une des plus importantes, parmi les fonctions a remplir, elait Poblation de Tencens; elle se faisait matin et soir sur 1'autel des parfums dans le Saint , premiere piece du sanctuaire ou seuls les pretres pouvaient entrer. Pour chaque oblation un groupe different de trois pretres etait designe par le sort. L'un des pretres apportait les charbons

1 La classe d'Abia etait la. huitieme des vingt-quatre classes sacerdotales organis^es par David (I" livre des Paralipomtoies, XXIV, 10). Elle est mentionne'e par Ke"h6mias (XII, , 17). comme ayant repris son service apres la captivit6 a Babylone.

2 Luc, I, 8.

incandescents et les placait sur 1'autel; le deuxieme, qui portait 1'encens, le presentait au troisieme; et celui-ci, ses deux collegues s'etant retires, versait 1'encens sur les charbons et assistait seul a la combustion. Zacharie fut un jour, pendant son service au Temple, designe pour ce role de troisieme pretre.

Or, tandis que 1'encens brtilait et s'elevait en fumee devant Zacharie, un ange du Seigneur apparut a la droile de 1'autel ; apparition qui remplit Zaoharie d'effroi. Mais 1'ange pour le rassurer lui dit : Ne crains pas, Zacharie : ta priere d'autrefois (pour avoir une posterite) a e*te exaucee; ta femme Elisabeth enfantera un fils et tu donneras a celuirci le nom de Jean (le Seigneur fait grce) . II sera pour toi un sujet de joie et-d'allegresse; et a cause de sa naissance beaucoup d'autres se rejouiront aussi. Car il sera grand devant le Seigneur; il ne devra boire ni vin ni liqueur fermentee 1 , et des le sein de sa mere il sera rempli de TEsprit-Saint. II ramenera un grand nombre d'enfants d'Israel au Seigneur leur Dieu; il marchera devant celui-ci dans 1'esprit et la force du prophete lie, pour rendre semblables aux cffiurs de leurs peres les coeurs de ces enfants, pour mettre les incredules dans les sentiments des justes, pour preparer ; au Seigneur un peuple docile* .

I)ans ces parole's de Tange il j avail une reminiscence tres claire d'une prophetie de Malachie ou le retour sur terre d'Elie etait annonce comme devant

* L'abstinence de toute boisson fermentde etait 1'obligation iraposee a ceux qui se consacraiedt au service de Dieu, aux Kazirs (Nombres, VI, 2-4).

8 Luc, I, 13-17. ,

pr&jeder le grand et terrible jour du Seigneur ; Elie alors re"concilierait dans des sentiments de piete les peres et les enfants, afin que le Seigneur soit de"tourne" de frapper la terre d'anatheme 1 . Zacharie fit certainement le rapprochement; mais comment appliquer une telle prediction a un lils qu'il ne possedait pas alors et dont la naissance eventuelle etait hors detoute prevision humaine? Comment croirai-je que cela est vrai? fit-il. Je suis un vieillard et ma femme est tres avancee en age . Je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu , repondit 1'ange, et j'ai ete envoye par lui pour te parler et Vannoncer ceite heureuse nouvelle. Mais^omme tu ne m'as pas cru, tu seras sourd et muet jusqu'au jour ou ces choses arriveront; ma prediction s'accomplira en son temps . Et 1'ange disparut da sanctuaire ou Zacharie laisse seul se sentit frappe a la fois de surdite et de mutisme.

I/usage etait que, apres la combustion de Tencens, 'le pretre qui Tavait faite allat se reunir a ses deux collegues sortis avant lui du sanctuaire, etque tous trois se rendissent ensemble au bout du parvis des pretres a la porte de Nicanor pour y donner la benediction au peuple masse sur les degres de Tescalier du" dans la Gour d'Israel. Or, aussi bien parmi les pretres et les levites qui attendaient dans le parvis sacr6 que parmi les fideles groupes pres de la porte de Nicanor, I'etonnement etait grand de ce que ':-

1 MALACHIE, IV, 5 et 6. a Void qiie moi (le Dieu des armies), je TOUS enverrai Elie le prophete avant que vienne le jour grand et terrible du Seigneur; etil ramenera les coeurs des peres aux tils et les coeurs des fils a leurs peres, de peur que je ne vienne et que je ne frappe la terre d'anatheme. ,

Zacharie restat si longtemps dans le sanctuaire. 11 sortit enfin; mais, son visage e"tait altere, et par gestes il cherchait a faire comprendre quil ne pouvait plus prononcer les paroles de la benediction parce que, a la suite d'une vision, il etait devenu muet. De la main settlement il put benir les fideles 1 .

Malgre son infirmite Zacharie acheva sa semaine de service a u Temple; puis il retourna dans sa demeure aupres de sa femme Elisabeth, et bientot celle-ci eonc,ut de lui, selon la parole de 1'ange. Mais ayant ete si longtemps, sterile et en butte, de ce fait, a bien des railleries, Elisabeth jugea plus digne de ne pas reveler autour d'elle son etat, et, pour mieux garder son secret, elle se tint cachee dans sa maison pendant cinq mpis. Dans cet isolement elle remerciait Dieu de la faveur qu'il venait de lui faire en la relevant dans sa vieillesse d'une sterilite tenue a opprobre parmi ses compalriotes 2 . .. "

Zacharie, de son cote, observait la meme discretion, que facilitait, au surplus, son impuissa'nce a converser autrement que par gestes ou par ecrit.

C'est dans cette demeure solitaire et silencieuse que Marie arriva au printemps de Tan de Rome 747 (annee 7 avant notre ere). Connaissait-elle deja la maison pour y ^tre venue? ou se la fit-elle indiquer?

Elle y penetra en tout cas sans difficulte, et, allant droit a Elisabeth, elle la salua dans les formes deferentes qui convenaient a une jeune fille saluant une. parente agee.

En entendant cette salutation de Marie, Elisabeth-

1 Lrc, I, 21 et 22. ~ - . .

, a Luc, I, 25. ,

subit unshoe : Teiifant qu'elle portait dans son sein depuis bientot six mois tressaillit et elle-m&ne fut remplie de 1'Esprit-Sainti Alors elle s'ecria d'une voix forte : Tu es benie entre toutes les femmes et le fruit de tes entrailles est beni. Mais d'ou m'est donne cet honneur que la mere de mon Seigneur vienne a moi? Des que les mots de ta salutation sont arrives a mes oreilles, 1'enfant a tressailli d'alle- -gresse en mon sein . -Puis, faisant un retour sur I'lncredulite" de son mari a 1'egard des paroles de ' 1'ange Gabriel, Elisabeth ajouta : Bienheureuse es-tu, toi qui as cru spontanement a raccomplissement des choses qui t'ont etc diles de la part du Seigneur 1 .

A cette louange, Marie repondit aussitot par un cantique d'action de graces : Mon ame glorifie le Seigneur et mon esprit se rejouit en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a pris en attention Thumilite de sa servarite. Yoici que desormais toutes les generations des hommes me diront bienheu reuse; car le Tout- Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint et sa misericorde se repand d*age en age sur ceux qui le craignent. De son bras il a fait preuve de force victorieuse ; il a disperse ceux qui s'enorgueillissaient dans les pensees de leur crour; il a renverse de leur trone les puissants et a eleve les humbles. II a rassasie de biens les affames et renvoye les riches les mains vides. II a pris sous sa sauvegarde Israel son serviteur, se souvenant qu'il est pour toujdurs misericordieux a Abraham et a sa

1 Luc, I, 41-45.

50 LA VIBHISTORIQUE :

posterite, ainsi qu'il 1'a promis a nos peres 1 .

Le sejour de Marie dans la maison de Zacharie se passa dans un calme parfait; il se prolongea Irois mois pleins 2 ; la delivrance d'filisabeth devenait imminente; Marie quitta done sa grand'tante et retourna a Nazareth. Nous n'avons pas plus de details sur son voyage de retour que sur son voyage d'aller; Tun et 1'autre durent se faire vite, sans difficulteVni incidents marquants.

s Peu de jours apres le depart de Marie, Elisabeth mit au raonde le fils annonce par 1'ange; la nouvelle s'en repandit vite dans la petite ville, et les parents et voisins de qui Elisabeth s'etait si longtemps cachee accoururent aupres d'elle pour la feliciter d'avoir ete par la grace divine, relevee de sa sterilite 3 .'

Le huilieme jour apres la naissance eut lieu, conforniement a la loi mosa'ique, la circoncision du nouveau-ne* Pour cette ceremonie, qui etait une grande fete de famille, parents et voisins vinrent en nombre dans la maison de Zacharie, quelques-uns

1 Luc, I, 46-55. Le dernier verset du cantique fait allusion a un passage de Michee (VII, 20) : Pour montrer la vrite de ce que tu as dit a Jacob (Gen&se, XXXV, 11 et 12), tu seras misericordieux envers Abraham, ainsi que tu 1'as promis a nos peres des les temps anciens . Quoique la citation explique la presence dans le cantique, des mots . a nos peres, , .itpos tous Ttatlpa; r\y.&v } certains pensent que Marie, en les employant en face de sa parente Elisabeth, a indique" qu'elles descendaient toutes deux, par une aneeU'e commune, d'Aaron et de Levi. Le fait n'est pas impossible et s'aceorderait ayec une tradition ancienne qui donnait Je"sus comme descendant a la fois de Juda 'et de L6vi, des rois et des premiers grands-pre'tres. "

2 Luc,|I, 56. Littdralemerit : environ trois mois, &<re\ (XT\V? Tpet?. Le mot (icret environ, chez saint Luc et les autres 6vang61istes, signilie presque toujours que le chiffre rond mentionne a 6te d^passe.

5 Luc, I, 58.

xDE N.-S, JESUS=CHRIST. , . 31

m&ne d'assez loin dans la morilagne 1 . Ordinairement le pere circdncisait lui-meme son fils en pronongant sur lui les paroles rituelles de benediction et en lui conferant un nom ; mais Zacharie ne pouvait s'acquitter de ce devoir puisqu'il avait perdu 1'usage de la parole. Un parent dut le suppleer; or ce parent e*tait d'avis, comme les 'autres assistants, d'appeler 1'enfant Zacharie, du nom de son pere; mais filisabeth fit opposition. Yraisemblablement elle etait encore, vu son grand age, tres epuisee par les douleurs de 1'enfantement; pourtant elle put, en rassemblant son energie, crier d'une voix imperative : Non, jamais; mon fils s'appellera Jean . On lui objecta que personne dans la parente ne portait ce nom; elle main tint son opposition. Pour trancher le differend, les parents deeiderent d'en referer a Zacharie qui etait la present et qui, s'il eut possede 1'ouie et la parole, aurait ete seul juge du nom a donner. En-voyant 1'interruption survenue dans les rites de la ceremonie et 1'agitation d'Elisabeth, il se rendait bien compte qu'un desaccord s'etait produit; il ne fut pas difficile de lui faire comprendre par gestes qu'il s'agissait du nom de son fils et qu'il lui appartenait de le choisir. Aussitdt il fit signe qu'on lui apportat des tablettes, et de la pointe d'uii stylet il ^crivit sur la cire, conformement a Tordre qu'il avait recu de Tange Gabriel : Jean est son nom . ,

Les assistants avaient cru qu'filisabeth, en reclamant pour son fils le nom de Jean, etail mue par un

, i LDC, I, 65.

pur caprice; ils furent done tres surpris de la reponse de Zacharie. L'idee ne leur vint pas que-jceluici, malgre sa surdite et son mutisme, avail eu, pendant-de longs mois, bien des facilites pour s'entendre avec sa femme sur le nom de 1'enfant attendu par eux. Les assistants noterent seulement que, depuis le commencement de leur discussion avec Elisabeth, celle-ci n'avait fait a son mari aucun signe d'intelligence ; aussi s'etonnaient-ils de ce que, dans la multitude des^noms hebreux, ife se fussent rencontres pour en choisir un aussi peu repandu 1 ; aucun d'eux ne pouvait savoir que le choix successivement declare par Elisabeth et Zacharie etait le resultat d'une inspiration divine. Mais aucune hesitation ne restait possible; le nom de Jean fut done solennellement donne a 1'enfant. Et aussitot apres, Zacharie recouvra 1'oui'e et la parole, et il benissait Dieu a haute voix. II prophetisa meme, etant, nous dit saint Luc, rempli du Saint-Esprit. Dans un cantique d'action de graces il annonga la mission redemptrice qu'allait bientot accomplir sur la terre le Messie promis, c'est-a-dire celui qui peu de temps auparavant, porte dans le sein de Marie, avait reside dans la maison meme de Zacharie : Beni soit le Seigneur Dieu d'Israel de ce qu'il a-visite 2 son peuple et en a opere le rachat, et de ce qu'il a suscite dans la race de David son serviteur un puissant sauveur. Ainsi qu'il 1'avait promis par la bouche de ses saints prophetes des temps recules, il nous sauve de nos ennemis et de.la main de tous ceux qui nous haissent; il fait

1 Luc, I, 63, 'E6aii(j.a<rav Ttdvtsc-

2 Litteralcment : il a inspeete sTteffxe^ato. Luc, I, 68.

oeuvre de misericorde vis a-vis de nos peres en souvenir de son alliance sainte avec eux 1 , selon le serment qu'il a jure a Abraham noire pere, de nous donner la grace quie, libres de crainte et degages de la main de nos ennemis, nous 1'adprions face a face dans la saintete et la justice tous les jours de notre vie 2 .

Puis, se tournant vers son fils qui, a ce moment meme gemissait sans doute dans son berceau sous la blessure de la circoncision, Zacharie lui predit une glorieuse destinee : Et toi, petit enfant, tu seras appele prophete du Tres-Haut; car tu marcheras devant la face du Seigneur pour preparer ses voies; tu feras savoir a son peuple que, de par les entrailles misericordieuses de notre Dieu, le salut par la remission de leurs peches est donne aux hommes; et que grace a la meme misericorde divine une aurore est venue d'en haul nous visiter, pour eclairer ceux qui sont assis dans les tenebres et I'ombre de la mort, pour diriger nos pas dans un chemin de paix 3 .

Appartenant presque tous a la classe sacerdotale, les assistants etaient familiarises avec le langage prophelique; ils se souvenaient d'avoir lu dans Isaie qu'un jour une voix crierait : Preparez dans le desert la voie du Seigneur , et que, aussilot apres, la gloire du Seigneur serait revelee , et que en meme temps toute chair* connaitrait que la bouche

' Gen&se, XV, 18; XVII, 7.

2 Genese, XLII, 16 et 17. Le serraent de Dieu a Abraham est, dans le texte de la Gen&se., congu en termes assez differents : Je te benirai et je multiplierai ta posterity comme les etoiles du ciel et comme le sable qui est sur le rivage de lamer; ta posterity sera maitresse des portcs de ses ennemis et en elle se Leniront toutes les nations de la terre .

3 Luc, I, 76-79.

* L'lmmanile entiure.

du Seigneur a parle 1 . Tous eomprirent done, aux paroles de Zacharie, que le seigneur annonce par Isaie le Messie par excellence annonce par Daniel 2 etait a la veille d'apparaitre pour reveler la gloire du Seigneur et faire entendre aux hommes sa parole, el que le petit et faible Jean qu'ils avaient sous les yeux etait le precurseur de ce Messie.

Aussi etaient-ils agites a la fois par la frayeur de ce mysterieux inconnu et par 1'admiration de tout ce qu'ils venaient de voir el d'entendre chez Zaeharie; et en retournant a leurs demeures ils divulguaient sur la route toutes ces merveilles 3 . Bientot dans toule la montagne de Juda il n'y avait plus bruit que d'elles; ehacun en recueillait la nouvelle dans son coeur, et de tous cotes on entendait poser cette question au sujet de Jean : Que sera cet enfant? ia main du Seigneur est sur lui 4 . - En fait, Jean eut une croissance physique tres rapide, et son developpement spirituel se- fit de meme avec une vigueur exceptionnelle B . Pen d'annees apres sa naissance, ii dut perdre ses parents; alors, executant avec une rigueur. extreme Tinjonction de I'ange Gabriel qui 1'avait consacre au service de

AIK, XL, 3 et 5, * DASIEL, IX, 25.

3 LTJC. I,, 65.

4 Luc, I, 66. La lecoiiv generalement adoptee ne peut donner ce sens : xol x e V *wp'*ou ^v [AST* auTou et une main de seigneur (la main de Dieu) etait avec lui. Ces mots seraient une reflexion de 1'^vangeliste, et non la suite des presages fails par Jes habitants de la montagne. II faut avec quelques manuscrits mettre le verhe tre a 1'indicatif present si Ton veut, comme nous, faire prononcer ces mots par les habitants de la montagne. .

3 Luc, I", 80.

Dieu, il alia se fixer dans le desert de Juda non loin du rivage occidental de la Mer Morte 1 et la, se livrant aux plus dures pratiques de 1'ascetisme, il adorait Dieu, selon le mot de son pere Zacharie, dans la saintete et la justice .

1 On pense que ce" fut a 1'est d'Hebron, au nord de ,1'actuelle

Engaddi.

CHAPJTRE III

Mariage de Marie et son depart pour Bethleem.

Marie, en renlrant a Nazareth, s'etait reinstalled dans la maison qu'elle avait heritee de ses parents. L'epoque fixee pour son manage approchait eepen- , dant. Prevint-elle Joseph de la maternite qui se preparait pour elle? ou lui-meme en perc,ut-il quelque indice? L'Evangile ne precise rien; saint Matthieu, qui est seul a nous dqnner quelques details sur cette partie de la vie de Marie, se borne a dire : Alors qu'elle etait demandee en mariage par Joseph, il se trouva, avant qu'ils se reunissent, qu'elle avait con ^u de 1'Esprit-Saint 1 . .

Joseph, qui n'avait eu aucune intuition de la conception virginale 1 ,, eprouva, devant cette consta- " tation, une violente secousse morale. Sur-le-champ il resolut de rompre ses fiangailles; mais, comme il efait de sentiments genereux, il voulait operer la

1 MATTH., I, 18. MvrjffreyOefo-vi; Mapi'a? 7<5 'Iwar^, upV/ r\ ffuve),0etv autoy;, eypsOvj 4v YOTTP\ exoixra ex TWEujxaToe dytou.

2 Le seal presage que contienne a ce sujet 1'Ancien Testament est le passage d'lsate, VII, 14, que nous citerons a la page 38. Le passage de Jercmie, XXXI, 22, est d'uu sens trop obscur poiu 1 pouvoir ctre allegue.

rupture sans bruit; il ne parlerait pas d'impudicite qui, si elle etait constatee, entrainerait pour!une fiancee la peine de la lapidation par la foule 1 ; mais, en rem'ettant a Marie un acte de repudiation, il alleguerait un de ces motifs fu tiles que la casuistique juive declarait alors etre suffisants pour justifier un divorce*. Quant a lui-meme, il abandonnerait vite Nazareth pour retourner a son lieu natal Bethleem 5 .

Mais dans le temps oil il combinait la mise a execution de sa resolution, il fut, durant son sommeil, visite par un ange : Joseph, fils de David , lui dit celui-ci, ne crains pas de prendre chez toi Marie comme ta femrne; car ce qui a ete engendre en elle est de TEsprit-Saint. Elle enfantera un fils que tu nommeras Jesus (Sauveur) ; car c'est lui qui sauvera sa nation de ses peches .

Joseph ne douta pas un instant de la verite des paroles de Tange; des son reveil, nous dit saint Matthieu, il fit ce que celui-ci lui avait prescrit; c'est-a-dire qu'il proceda sans retard aux ceremonies du> manage et introduisit Marie a titre d'epouse dans sa demeure. II va de soi que, vu les circonstances, les ceremonies du mariage furent trejs simples; elles ne comporterent ni le cortege ni le banquet que les evangiles en plusieurs endroits presentent comme ayant ete a cette 3poque Taccompagnement normal d'un mariage 4 . .Celui de Joseph avec Marie fut, au

'. Deuttronomc, XXII, 20 et 21.

2 Deutfronome, XXIV, 1.

3 Cf. MATTHIEU, II, H, ou Ton voit que Joseph, apres la naissance de Jesus a Bethleem, s'y procura une maison ; et MATTHIEU, II, 21 et 22, ou Ton voit qu'au retour d'Egypte il voulut d'abord s'etablir en Judee.

* MATTH., XXII, 2 et XXV, 1. JEAN, II, 1.

surplus, tout exterieur : Marie conserva sa virginite", el. ainsi, remarque saint Matlhieu, s'accomplit la prophetic d'lsaie : La vierge concevra erenfantera un fils, et son nom sera Emmanuel (Dieu avec nous) 1 , c'esl-a-dire Dieu venant vivre au milieu des homines V

Combien de temps apres leur reunion dans la meme demeure Joseph et MaTie resterent-ils a Nazareth? Evidemment, peu de temps; Joseph avait hate de retourner a Bethleem. Bientdt, d'ailleurs, aux motifs d'ordre personnel qui conseillaient ce deplacement vint s'en aj outer un autre auquel il etait difficile de ne pas oblemperer vite. Le roi Herode le Grand, qui regnait alors sur toute la Palestine 3 , mais etait tributaire de 1'Empire remain, ordonna a ses sujets, sur une injonction de 1'empereur Auguste, de se faire inscrire chacun dans sa ville pr'opre* en vue d'un recensement general des habi- " tants de 1'Empire et des Etats tributaires. Joseph dut, en consequence, se rendre a Bethleem.

Saint Luc expose dans les termes suivants les

1 MATTH,, T, 23 : 'H mxpOEvoc ev yaatpl I^et xal re^etai utov xa\ xa).crouiTi TO ovoj/,a autou 'Ejijxavou^X.

2 ISAIE, \'II, -14. La citation dans le texte grec ,que nous possedons de 1'evangile de saint Matthieu est faite d'apres le passage suivant des Septante : 'IBou v) TtapQevo? ev yaaTp\ X^<j/8Tat xa\ rs^eTat ulov xai xa}>l<7ets TO ovo(ji,a autou 'EiJ.jxavou^. Le texte hebreu d'lsai'e n'exprime pas aussi nettemenl la conception virginale, le mot halma qui s'y trouve peut s'appliquer a toute jeune femme; mais en employant apres les Septante le mot 7tap6vo;, le traducteur de saint Matthieu mqntre bien que dans son original arameen 1'evangeliste s'etait servi d'un mot signifiant claireraent la virginite de la mere; par exemple du mot bethoulah .

3 Herode avait re?u d'Auguste le litre de roi en 1'an de Rome 724 (30 ans avant notre ere). '

4 " iv TYJ ?8ta 7t6Xt. Luc, II, Z : .

DE N.-S. JfiSUS-CHRIST. 39

circonslances de ce recensement 1 : II arriva en ces jours-la que, de par esar Auguste, parut un edit afin que fussent denombres les habitants de toute la terre soumise a Rome 2 . e denombrement, qui fut le premier (en Palestine), s'opera tandis que Sulpicius Quirmius 3 etait gquverneur de Syrie. Et tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa propre yille .

Ce passage de saint Luc a donne lieu aux controverses les plus ardentes; la critique historique antichrelienne a soutenu que presque loutes les informations qui y sont contenues sont inexactes, et, croyant avoir etabli en cet endroit la faussete des dires de saint Luc, elle a conclu que 1'evangile de celui-ci est depourvu de toute valeur historique. 11 n'y eut pas, a-t-elle dit, de denombrement general des sujets de Rome sous Auguste; les seuls auteurs de 1'anliquite qui aient mis en avant le fait de ce denombrement etaient des Chretiens ecrivant sur la * foi des assertions de saint Luc, assez longtemps apres la mort d'Augusle : d'ailleurs un denombrement des sujels remains ne se serait pas etendu a la Palestine, royaume tributaire de 1'Empire romain, il est vrai, mais tout a fait distinct de lui. Enfin, Sulpicius Quirinius ne fut pas gouverneur de Syrie

1 Luc, II, 1-3. < 'EYEVETO 8e ev taT? ruxspat; exefvan;, i%f\)M 86y[jux Ttapa Kai<rpo; AVYOUOTOU anoYp9e<78ai itaaav TTIV oixouiilvriv. AUTY] YI aTtoypatpr) irptitTi eyiveTO 7|ye[i,ffveuo-vco? trj; Svp(a? Kupiriviou xai eTtopeuovto iravtc? a7toypcx9E(T9ai, Exaato; els TIV ISsav 7i6).:v.

8 Litt^raleraent : toute la terre habilte, Ttairav TYJV oixoujxlv/)v ; inais ilest admis qu'a 1'epoque d' Auguste cette locution signifiait les pays soumis 4 la domination romaine.

- s ^crivant en grec, saint Luc le nomine Kup^vios, que la Vulgate, retranscrivant le nora en latin, a ecrit incorrectement Cyrinus.

du temps oil Herode le Grand etait roi en Palestine; 1'historien juif Josephe nous a mentionne les noms de ceux qui gouvernerent la Syrie du'rant les dernieres annees du regne.de ce roi I ce furent Marcus Titius, Sentius Saturninus et Quinctilius Yarns 1 . C'est seulement apres la mort d'Herode que Sulpicius Quirinius devint gouverneur de Syrie, et il eut, en effet, a operer alors un recensement, a savoir en 1'an 759 de Rome (annee 6 de notre ere) ; mais ce fut un recensement particulier limite aux habitants de la Judee et de la Samarie. Gelui des fils d'H6rode qui lui avait succede dans la souverainete sur ces deux provinces, Archelaus, venait d'etre depose par les Remains, et ses domaines ayant ete reuriis au territoire de TEmpire, un recensement fut fait des nouveaux sujets acquis par TEmpereur; ce serait ce r-ecensement frappant une portion seulement de la Palestine que saint Luc, se rendant coupable d'anachronisme, aurait avance de douze ans et que, en outre, par une fantaisie de son imagination, il aurait transforme en une operation frappant tout 1'Empire. A ces assertions, nous pouvons faire la reponse suivante. II est exact que chez les auteurs paiens et dans les monuments divers dalant du regne d'Auguste, nous ne trouvons aucune mention explicite d'un recensement general des habitants de 1'Empire, ni en Taimee 747, ni en aucune autre annee du regne ; mais rien dans les documents de 1'epoque n'est inconciliable avec le fail d'un denombrement general. Au contraire, certains passages des auleurs

1 Celui qui devait quelques ann^es plus tard subir en Germanie la defaite demeuree celebre.

p'a'iens s'eclairent beaucoup si on accepte ce fait, et 1'annee 747 s'adapte bien a une operation de cetle nature, 1'Empire remain ayant, par une exception fare, joui en cette annee d'une paix complete. En outre, tout ce que nous savons du caractere rapace et meticuleux d'Auguste rend tres vraisemblable de sa part la promulgation d'un edit dont le resultat serait de lui faire connaitre exactement quelles taxes il pourrait lever sur le territoire de 1'Empire et sur ceux des Etats tributaires.,Naturellement le royaume d'Herode devait etre atteint, et Herode, si imperieux qu'il fut a I'interieur de ses domaines, ne pouvait resister a une injonction formelle d'Auguste ; celui-ci, d'ailleurs, savait menager la vanite des princes tri- ^butaires; il est done probable qu'il laissa a Herode le soin de faire executer par ses propres agents toutes les operations de detail du denombrement, le Gouverneur de Syrie n'ayant qu'a surveiller de loin I'accomplissement des volontes de 1'Empereur et a grouper, quand tout etait termine, les resultats constates dans chaque ville.

Dans ces conditions le denombrement qui determina la venue de Joseph a Bethleem, etant fait par des commissaires indigenes, ne souleva pas dans la population, bien qu'elle fut en grande majorite hostile a Rome, des resistances comparables a celles qui se produisirent lors du recensemenl de 1'annee 6 de notre ere, alors que les operations elaient laites par des fonctionnaires remains; et yu la tranquillite qui, en somme, fut constante dans le pays lors du denombrement de Tan 747, 1'historien juif Josephe ne fut pas amene a faire de celui-ci, dans ses Anti-

42 LA VIE HISTOMQUE

quites hebrctiques, une relation partieuliere ; mais, d'apres nous, il fait de cet evenement une mention assez claire quand il rappelle un serment qui fut a cette eppque exige du peuple juif et aux termes duquel il avait a se declarer favorable a 1'Empereur Auguste et a la politique d'Herode 1 .

Quant a une confusion que saint Luc aurait faite entre les deux denombrements, c'est un reproche qu'on doit s'etonner d'entendre; car dans ses Actes. des Apotres, saint Lue lui-meme merilionne celui de Fan 6 de notre ere, en precisant qu'il fut la cause d'une grave revolte cruellement reprimee par les Romains, tandis que dans son evangile, quand il parle du denombrement de Tan 7 avant notre ere, il indique que la masse des Juifs se soumit avec docilite 2 ; ious allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville respective 3 5>.

Reste a prouver que Sulpicius Quirinius etait gouverneur de Syrie en Tan 7 avant notre ere. Aujourd'hui personne ne conteste plus, grace a Tinlerpre-

1 Zlavtb? YS V TOW 'louSai'xou pE^anoffavTOi; Si' opxwv ^ JJ,YJV euvovja-at Kffio-apt xatTOic Paat)vsto? izpa.fy.oKfi. (Anliquites h&braiques, livreXVII

chap, n, paragrapbe 4.) Dans -an autre passage (Anliquitcs, livre XVII, chap, jx, -5), Josephe rappoi'te qu'Auguste prit interet a lire les comptes des richesses d'Herode recemment decede (tou? ^oyKyiAou; twv 'Hpwfiou, xP"nf-a^ wv ) et a' examiner a quel chifl're elles se montaient et quel revenu aimuel elles donnaient ; n'y aurait-il pas la une aulre allusion au recensement fait trois ans auparavant?

2 Si, comme nous le croyons, 1'obligation de preter serment, que nous tenons' de mentionner, se confondait avec le denombrement, il y eut resistance de la part de 6000 pharisiens, et ceux-ci furent condamnes a une amende pour insubordination. Mais une princesse de la maison d'Herode qui etait afliliee au pharisai'sme paya 1'amende, et lout se troirva arrange. Antiquiles hgbratques, loco citato, livre XVII, chap, n, parag. 4.

3 Lcc, II. 5. -

tation que Mommsen a donnee d'un passage de Tacite-Vque Quirinius ful deux fois gouverneur de Syrie; mais a quel moment placer son premier gouvernement? Les adversaires de la veridicite de saint Luc veulent le placer en 1'an 2 avant nptre ere (an de Rome 752), par consequent deux ans apres la mort d'Herode survenue en 750; ils pretendent que dans toute la periode a considerer, c'est la seule annee pour laquelle 1'historien Josephe ne cite pas' le nom d'un gouverneur de Syrie : mais cette assertion n'est pas exacte.

Rien, en effet, dans les ecrits de Josephe n'interdit de placer entre le gouYernement de Marcus Titius et celui de Sentius Saturninus le premier gouvernement de Qairinius; Josephe, dans ses Antiquites hebra/iques, nous dit que vers 1'an 10 avant notre ere, M. Titius etant gouverneur de Syrie, Herode composa un differend entre lui et le roj de Cappadoce; puis, il ne dit plus rien de ce Titius; et quand plus loin, parlant d'evenements survenus quelques annees plus lard, il cite Sentius Saturninus comme gouverneur de Syrie, il ne marque en aucune faon que celui-ci ait ete le successeur immediat de Titius*. D'apres nous, il convient d'etablir un intervalle entre les exercices de ces deux gouverneurs, et c'est dans cet intervalle que, malgre 1'absence chez Josephe de

1 Annales, III, 48. Quirinius .... expupnatis per Ciliciam Homonadensium castellis insignia triumphi adeptus. , Mommsen a etabli que cette expedition ne put 6tre conduite que par un gouverneur de Syrie, et qu'elle eut lieu dans 1'intervalle entre les annees 12 et 2 avant notre ere. Quirinius gouverna done la Syrie a un moment quelconque dans cet intervalle.

8 JOSEPHE, AntiquiUs, livre XVI, chap. YII et ix passim.

44 LA VIE IIISTORIQUE

toute preuve a 1'appui, se place le premier gouvernement de Quirinius. D'ailleurs, nous trouvcms dans les ecrits de Terlullien, au second siecle de notre ere, un mot d'ou il resulte que Saturninus remplac,a en Syrie Quirinius. Tertullien connaissait a fond 1'evangile de saint Luc et savait, par consequent, que d'apfes cet evangeliste le denombrement qui amena Joseph a Bethleem s'opera pendant le gouvernement de Quirinius; cependant, ayant a invoquer com me autorite les resultats de ce denombrement, il nous dit que le recensement qui groupa ces resultats f ut fait par Sentius Saturninus 1 . N'est-ce pas indiquer que ce dernier acheva les operations mises en train par Quirinius? lui succeda par consequent?

Nous pouvons enfm alleguer, pour confirnier notre opinion, deux inscriptions lapidaires decouvertes il y a une dizaine d'annees a Anlioche de Pisidie el prouvant que, au moment ou cette ville fut erigee en colonie romaine (c'est-a-dire a une annee proche de Tan 7 avant notre ere), Quirinius remplissait ou venait de remplir de hautes fo notions dans une region avoisinante et avait bien merile de la nouvelle colonie 2 . D'apres le texte de ces inscriptions, Quirinius, en meme temps qu'un autre person n age (apparemment le gouverneur de la province ou se trouvait Antioche de Pisidie), avait re^u le litre honorifique de duumvir de cette ville; or ce titre ne

Adversus Marcionem, livre IV, chap. xix. Census ados sub' Augusto Judsea per Sentium Saturninum.

2 Sir WILLIAM RAMSAV : The bearing of recent discovery on the trustworthiness of the New Testament.

se conferait qu'en reconnaissance de services rendus et Quirinius devait 1'avoir obtenu parce qu'en detruisant la peuplade pillarde des Homonadenses, il avail libere Antioche de Pisidie des depredations continuelles de ceux-ci 1 .

En rapportant que Joseph quitta Nazareth pour se rendre a Belhleem, saint Luc ecrit* : Joseph, lui aussi (afih de salisfaire a 1' obligation du denombrement) 3 , monta de Galilee, de la ville de Nazareth, en Judee dans la ville de David appelee Belhleem, pour se faire inscrire avec Marie Ja femme qu'il avail recherchee en mariage 4 et qui etait enceinte : il le fit parce qu'il elail de la race de David et dans celle-ci de la tige royale s . D'apres nous, cette remarque Ires saillante de saint Luc : parce qu'il etait de la race et de la tige royale de David , n'a ele mise la par Tevangelisle que .pour faire ressorlir le fait que Joseph, le premier des ayants droit a la couronne de David, etait Bethleemitain, comme 1'avail ete son royal ancelre. Mais 1'ecole catholique

1 M. Guiguebert (La vie cackle de Jtsus) nie que ces inscriptions puissent concourir a prouver que Quirinius etait gouverneur de Syrie en 1'an 747 de Rome (1'an 7 avant notre ere) ; car ces inscriptions sont de date posterieure, Anlioche de Pisidie n'ayant ete erigee en colonie romaine qu'en 1'an 748 (an 6 avant notre ere), alors que Saturninus elait deja gouverneur de Syrie; mais, comme nous le disons, Quirinius a pu, apres avoir quitle son gouvernement, eire nomine a litre retrospeclif duumvir d'Anlioche de Pisidie, en raison de Imminent service rendu.

2 Luc, II, 4-6,

* II est bon de faire ressortir la singularite de 1'expression employee ici par saint Luc : Suv Maptot(ji r!j ||AVYI<JTU[I.|VY) auTai yvvaixc. Elle indique que la recherche en mariage n'a pas ele suivie d'accomplissement.

^ 8 AIM TO elvai auirbv 1% oi'xou xa\ naTpia; AaStS.

46 IA VIE JttSTORIQUE^

frangaise, qui en general tient Joseph pour avoir ete, comme son beau-frere Joachim, natif de Nazareth, commente la remarque de saint Luc en disant que le denombrement des Juifs de Palestine, sous Herode, s'opera conformement au eommandement que Dieu avail donne a Mo'ise dans le desert du Sinai quinze siecles auparavant : Prenez, toi et Aaron, le nombre total de 1'ensemble des fils d'Israel par parentes et maisons 1 . Par consequent, chaque Israelite aurait ete astreint, pour se faire denombrer en 1'an 7 avant notre ere, a etudier en quel lieu avait reside celui de ses aneetres paternels qui vivait a Tepoque du partage fait .par Josue de la terre de Palestine entreles tribus; et il aurait du aileren ce lieu, s'il existait encore, pour se faire inscrire. II y a la une fantaisie d'imaginalion qui neresiste pas a 1'examen. Comment assimiler les conditions d'un denombrement frappant un territoire s'etendant des environs de Damas a ceux de Petra, et peuple d'elements tres melanges et celles d'un denombrement frappant des tribus demeurees encore compactes et. comptant chacune relativement peu de membres? et comment supposer que, pour une operation purement fiscale, Herode, qui considerait peu les prescriptions mosaiques, en ait produit une qui aurait deplaee sans interet pratique une foule.de ses sujets au risque d'amener dans loute radministratipn de ses Etats une perturbation dommageable? Seuls, ceux qui avaient temporal rement quilte leur domicile legal durent y retourner pour se faire inscrire, et tel fut le cas de Joseph.

1 Nombres, I, 2.

DE N.-S. JESUS-'GHRIST. 47

On a discute aussi le dire de saint Luc sur Tinscription de Marie. II est certain que si le commandement de Moise avail ete, contrairement a notre opinion, applique alors par Herode, Marie n'aurait pas ete inscrite 1 . D'aulre part, la loi romaine ne recensait les femmes que lorsqu'elles avaient un avoir personnel ; mais Marie, d'-apres nous, etait dans ce cas; il est vrai que son avoir immobilier se trouvant a Nazareth, elleaurait du s'y faire inscrire. Telle eut, en effet, ete pour elle 1'obligation a remplir, si elle n'avait pas, en raison de la decision prise par Joseph de se reinstaller a Bethleem, liquide deja cet avoir. Tandis que Joseph fermait son atelier de charpentier, elle aliena sa maison; et, des lors, ne possedant plus rien d'immobilier a Nazareth, et etant 1'epouse legale d'un Bethleemitain, elle s'inscrivit avec lui a Bethleem.

Le voyage des deux epoux se fit sans incident; le seul trait que nous en commissions, d'apresles traditions locales, est que, au milieu de la derniere etape entre Jerusalem et Bethleem, Marie, se trouvanl fatiguee, demanda a s'arreter, descendit de son ane et que s'asseyant sur une pierre elle se reposa quelque temps. L'endroit se montre encore : il s'appelle le lieu du Repos de la Yierge*.

1 Ce coramandement n'ordonnait que 1'inscription des hommes ages de plus de vingt ans : quidquid sexus est masculini a vigisemo anno et supra, Nombres,!, 2 et.3.

2 Voir 1'ouvrage des Peres Dominicains Yincenl et Abel, Belhleem, chap. i.

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