DANIEL, XII
4 A partir du chapitre x jusque vers la fin du chapitre xvm^ l'6vangite de saint Luc est fragmentaire, et ce n'est pas sans difficulte qu'on
Jesus en defaut, il lui posa^ cette question : Maitre qui nous enseignes 1 , que dois-je faire pour posseder la vie eternelle? Lui montrant l'armpir& oiu etaienl ranges" les manuscrits des Ventures, Jesus lui dit : Qu'y a-t-il d'ecrit dans la loi? qu'y lis-tu? Le docteur, dans sa reponse, combina deux passages du Pentateuque : Tu aimeras le Seigneur Ion Dieu de tout ton co3ur, de toule ton ame, de toute ta force et de tout ton esprit 2 ; et tu aimeras ton prochain comme toi-meme 3 .
Tu as bien repondu , fit Jesus; fais cela et tu auras la vie eternelle 4 .
Le docteur percut-il une nuance d'ironie dans la sentence de Jesus? peut-etre pensa-t-il que, aux yeux de Jesus, il n'avait pas en toute occasion ete suffisamment charitable envers le prochain? Toujours est-il qu'il crut devoir poser une seconde question : Et qui est mon prochain ?
Jesus, qui elait reste sur 1'estrade du lecleur, reprit la parole et dit : Un homme descendait de Jerusalem a Jericho 5 et il tomba entre les mains de
relie les uns aux autres les episodes detaches qu'il relate. On ne reussit a etablir la liaison que grace a des traits particuliers qui aident a localiser les scenes. Ici, par exemple, en parlant d'un docteur de la loi qui se leve pour tenter Jesus (X, '25), saint Luc indique clairement que la scene se passe dans une synagogue, a la suite d'un enseignement donne par Jesus. ' - , .
f AtSaaxaXe, Luc, X, 25.
2 Deuteronome, VI, 5 : a Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, "de tout ton coeur, de toute ton ame et de toule ta force . Le docteur de la loi ajoute : De tout ton esprit.
5 Ltvitique, XIX, 18 : Tu aimeras ton ami comme toi-meme.
* Litteralement : tu vivras (Luc, X, 28).
8 De cette mention de Jericho, plusieurs commentateurs ont deduit que toute la scene se serait passee dans une synagogue de cette ville. Cette opinion nous parait tout a fait erronee; Jesus dut, il est vrai,
voleurs qui, apres 1'avoir depouille et roue" de Coups, le laisserent sur le sol a demi mort. Parhasardun pretre vint a descendre par le meme chemin ; il vit le blesse, mais passa outre. Pareillement un levite qui se trouvait par la vit le blesse et passa outre. Au conlraire, un Samaritaiu qui voyageait arriva pres de lui et, 1'ayant vu, fut emu jusqu'aux entrailles; s'approchant, il pansa ses plaies en versant sur elles de 1'huile m16e de vin. Puis 1'ayant hisse sur sa monture 1 , il le mena a une hotellerie oil il prit soin de lui. Le lendemain il tira de sa eeinture deux deniers 2 et les donna a I'h6telier en lui disant : Aie soin de cet homme et tout ce que tu depenseras en plus pour lui, je te le rembourserai a mon voyage de retour. Lequel des trois , conclut Jesus en s'adressant au docteur, te parait avoir etc le prochain de rhomme tombe entre les mains des voleurs?
Celui qui a exerce" la misericorde envers lui , repondit le docteur. Va , lui dit Jesus, et toi aussi agis de meme. Le docteur se tut.
L'office etait termine.
Jesus avait decide d'arriver a Jerusalem au milieu de la semaine des Tabernacles 5 ; et comme un repds sabbatique etait de rigueur le premier jour de cette
passer par Jericho pour gagner Jerusalem, quand il se decida a aller dans cette ville pour les derniers jours de la semaine des Tabernacles; mais, comme nous le dirons, il voyagea en cachetic (JEAN, VII, 10) ; il ne put done prendre la parole, durant ce voyage, devant une assembled nombreuse. .
1 Probablement un mulct; en Palestine, les gens de condition modeste etaient alors, bien rarement, possesseurs de chevaux.
2 Saint Luc (X, 35) emploieici un nomde monnaie romaine, 8tjv<xpi<w, denarius; mais, en fait, le Samaritain dut remetlre a I'hfttelier deux quarts de side.
semaine, 11/12 octobre, ce qui allongeait d'autant le temps du voyage, Jesus lie dut pas tardef a se mettre en route. II partit de Capharnaum myslerieusement, comme en caehette* et il voyagea deme'me; il voulait, en effet, que son arrivee a Jerusalem fut une surprise. II n'avait done avec lui que tres peu de compagnons, probablement ses trois apotres privilegies qu'il avait retenus 2 a Capharnaum au moment du depart des au tres.
De ce voyage mysterieux nous ne connaissons qu'un fait. Ayanl gagne la Judee soil par la Peree, soit par la route de Scythopolis, Jesus arriva a Bethanie pres de Jerusalem le troisieme jour, croyoris-nous, de la semaine des Tabernacles, et il se presenta a 1'improviste chez les amis qu'il avait dans ce village. Lazare etait absent; en observateur fidele de la loi mosaique, il s'etait rendu a Jerusalem pour y celebrer la fete ; ses soeurs, Marthe et Marie, au contraire, etaient restees a Betbanie, les femmes n'etant pas astreintes a se rendre a Jerusalem; et toutes, deux celebraient la fete en dedans de leurs portes par des rejouissances intimes, ainsi que le prescrivaif le Deuttronome*.
Quand elle vit arriver Jesus, Marthe voulut feter grandement son hole; remettant done a un peu plus tard la douceur d'un entretien familier, elle se mit
8 LDC, X, 38 Les mots : pendant qu'ils tiaient en chemm, montrent que Jesus ne voyageait pas seul.
3 Deuttronome, XVI, 14 : Dans ta celebration de cette fete, tu feras des festins, toi, ton fils et ta fille, ton esclave et ta servante, le tevite aussi et 1'etranger, rorphelin et la veuve qui seront en dedans des portes de ta demeure .
a preparer pour lui et ses compagnons de route un repas considerable 1 . Marie, aucontraire captivee tout entiere par la presence de Jesus, s'assit sur le sol aux pieds de celui-ci qui lui-meme avail pris place sur quelque siege, et elle ecoutait sa parole dans un profond recueillement. Au bout de quelque temps, Marthe s'impatienta de rimmobilite de .sa sceur qui lui laissait tout le travail; elle s'arreta dans ses preparatifs' du repas, et avec une familiarile qu'autorisaient leurs relations amicales deja anciennes, elle dit a Jesus : Seigneur, ne te soucies-tu pas de ce que ma so3ur me laisse faire toute seule le service? dis-lui done de m'aider . Jesus la calma : Marthe, Marthe, tu t'inquietes et tu t'agites pour bien des choses : une seule est necessaire. Marie a choisi la meilleure part; elle ne lui sera pas enlevee 8 . Et Jesus continua a parler a Marie du royaume de Dieu; mais il ne voulut ,pas faire peser longtemps sur Marthe le poids d'une reprimande; quelques instants apres, peut-etre au moment ou le repas prepare par elle fut servi, il lui fit confid en tiel lenient cette promesse, qu'il lui rappellera quelques mois plus tard dans de tragiques circonstances 5 : Situcrois,tuverraslagloiredeDieu*. Jesus ne put pas s'arreter longtemps dans la maison de Marlhe, puisqu'il voulait etre a Jerusalem pour la journee du sabbat. Bethanie se trouvant a quinze stades de Jerusalem 8 , la distance etait trop
^ * Luc, X, 40 : 'H 8e MapOa irepie<meto rcepl itoXXriv Siaxovcav, Narthe etait distraite it cause de nombreux soins domestiqiies.
* Lcc, X, 41 et 42.
3 Voir volume II, page 100.
grande pour que, sans enfreindre la coutume religieuse, Jesus put la pareourir apres le coucher du soleil; d'autre part, s'il arrivail le vendredi de jour dans la ville, sa presence. cut etc" aussitol connue, et Teffet de surprise qu'il voulait produire dans la matinee du sabbat eut ete perdu. 11 est done probable que le vendredi il se rapprocha de la ville jusqu'a la distance de deux stades, que la il passa la null sous un abri de fortune 1 et que, au matin, il monta au Temple, sans avoir contrevenu aux regies sabbatiques*.
1 On peut supposer que ce fut & Geths&nani qui, par rapport a J6rusalem, 6tait en deca de la limite sabbatique (Actes des Apdifes, I, 12).
GHAPITRE XLIV
La semaine des Tabernacles.
A. Jerusalem, lorsque s'ouvrit le soir du mardi 11 octobre la semaine des Tabernacles, 1'opinion generale, aussi bien chez les pelerins que chez les habitants de la ville, etait que Jesus venait d'arriver pour celebrer la f6te pres du lieu saint, ainsi qu'il 1' avail fait les anne"es precedentes.
Deja les pharisiens avaient pris leurs mesures en vue de son arrivee. Gomme Jesus avail le don'd'enthousiasmer les foules par sa parole, il etait a craindre qu'un coup de main execute violemment contre lui pendant le temps du pelerinage n'excitat un soulevement grave parmi les pelerins 1 ; et un tel soulevement serait de nature a attirer de la part des autorites romaines une repression sanglante, qui ne frapperait pas seulement les pelerins, mais atteindrait aussi les pharisiens et meme les hauts dignitaires ecclesiastiques appartenant a 1'ecole sadduceenne 8 . Les pharisiens avaient fait miroiter cette eventuality devant les yeux des sadduceens, et par
1 Cf. MATTHIEO, XXI, 45; XXVI, 5; Luc, XIX, 48.
2 Cf. JEAN, XI, 48.'
~cette manoeuvre ils avaient obtenu du Sanhedrin (Grand Conseil national) ouces derniers dominaient, une decision qui, selon toutes apparences, 6carterait de Jesus les sympathies des pelerins et du petit peuple; une sentence solennelle avail exclu de la synagogue, c'est-a-dire mis hors la loi religieuse, quiconque reconnaitrait Jesus comme Messie 1 ; or ime. telle excommunication faisait perdre au Juif qui 1'encourait tous ses droits nationaux, 1'exposait meme a la confiscation de tous ses biens 2 . Cette perspective, pensaient les pharisiens, detournerait la masse des pelerins de se declarer pour Jesus", s'il faisait a Jesusalem de nouveaux miracles; et euxmemes, liber^s de Tinquietude d'un soulevement populaire, auraient toutes facilites pour mener jusqu'au bout leurs projets homicides.
Cependant, malgre la sentence du Sanhedrin, une vive curipsite agitait les diverses classes de pelerins au sujet de Jesus et de ce qu'il allait faire. Oil est-il? se demandait-on s . Et dans la foule, selon les sentiments que chacun eprouvait, on entendait exchanger des propos contradictoires : G'est un homrae de , bien* , disaient les uns, qui se souvenaient des guerisons faites par Jesus 5 et souhaitaient qu'il en fit de nouvelles. Non , repondaienl les aulres, c'est un demagogue qui seduit le peuple 6 . Mais
8 I. ESDRAS.-X, 8; Eptlre de saint [Paul aux hebreux, X, 34. Sous 1'occupation romaine, cette confiscation devait 6tre difficile a operer par la seule autorite du Sanhedrin.
3 JEAN, YII.'H.
ces discussions se faisaient a voix basse, parce que Ton craignait les denonciations au Sanhedrin et la mise hors la loi qui menacait d'en etre la consequence 1 . (
Bientot on sut que les freres et les disciples de Jesus etaient arrives sans lui; certainement on les questionna et ils ne purent faire que cette reponse : Nous Tavons laisse en Galilee ou il se preparait a satisfaire a la loi mosa'ique, en habitant pendant toute cette semaine sous une tonnelle de feuiliage .. En effet, les trois premiers jours de la semaine se passerent sans que Jesus cut paru, sans qu'on eut meme entendu parler de lui; personne a Jerusalem ne s'attendait plus a le voir celte annee-la.
Grande fut done la surprise quand, dans la matinee du sabbat (samedi i5 octobre) on le yil arriver et monter au Temple*. II venait seul, ayant momentanement ecarte" ses compagnons de voyage, et, selon I'habitude qu'il avait prise lors de ses precedents sejours, il alia se poster sous un des portiques du parvis des Gentils pour enseigner le peuple. Des curieux se grouperent tout de suite aupres de lui ; et vite ils devinrent d'autant plus nombreux que son enseignement, ce jour-la, fut particulierement captivant. Des docteurs qui passaient 5 preterent 1'oreille;
1 JEA\, VII, 13.
2 JEAN, VII, 14; av!6ri 6 Ivi<rou? e'c? TO Upbv, Jesus monla dans le temple. On ne peut s'autoriser de ce verbe monter pour dire que Jesus venait de la valle'e du Cdron; 1'expression monter dans le Temple s'employait aussi pour ceux qui venaient de rinterieur de la vilie (Luc, XVIII, 10.)
8 Saint Jean dit les Juifs, o\ 'lovSaiot (VII, 15), mais, nous 1'avons deja dit, sous sa plume, ce mot a la signification restreinte de Juifs hostiles & J6$us.
et, fort 6tonnes de ce qu'ils entendaient, ils dirent :- Comment cet homme connait-il si bieri les -Ecritures, alors qii'il n'a pas fait d'etudes 1 ? Ces docteurs savaient que, sauf pendant trois jours apres la Paque en Tan 7, Jesus n'avait assiste a Jerusalem a aucune des lemons faites par leurs confreres', Jesus, entendit leur remarque; et pour y repondre, brisant le fil du discours qu'il tenait a 1'adresse du menu peuple, il lanca aux docteurs les paroles suiyantes : Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui jn'a envoye, de Dieu. Si quelqu'un veut accomplir la volonte de Dieu, il comprendra vite, touchant la doctrine que je pr&ibe, si elle est de Dieu, ou si je parlede ma propre inspiration humaine. Celui qui parle de sa propre inspiration cherchesa propre gloire ; mais celui qui comme moi cherche la gloire de son mandant, celui-la est veridique, il n'y a pas en lui de faussete . Puis attaquant de front les pharisiens (les docteurs qui se trouvaient la appartenaient a cette secte), Jesus poursuivit : Mo'ise ne vous a-t-ilpas donne la loi de Dieu? Pourtant nul de VQUS ne pratique cette loi . Et brusquement il signifia a ces hommes qu'il etait au fait de leurs mauvais desseins : Pourquoi cherchez-vous a me tuer?
Dans le menu peuple qui etait groupe autour de Jesus, la pi apart ignoraient les trames des pharisiens; ils furent surpris de cette apostrophe subite et s'imaginerent que Jesus extra vaguait : Tu es possede d'un demon; qui cherche a te tuer 5 ?
2 Luc, II, 46 et 47.
3 Saint Jean precise que ces paroles furent dites par la foule,
Jesus avep grand calmeirepondit : Je; s ri'ai fait a Jerusalem un jour de sabbat qu'une seule ffiuvre (j'ai gueri un ataxique) et vous etes tous offusques de. cet acte. Cependant, reflechissez ; Moise reproduisant Je commandement des patriarches vous a ordonne la circoncision (le huitieme jour apres la naissance) ; et quand le huitieme jour tombe un jour de sabbat, vous pratiquez la circoncision. Or si un enfant est circoncis un jour de sabbat sans que la loi mosa'ique dti repos soit violee, pourquoi vous indignez-vous contre moi parce qu'un jour de sabbat j'ai rendu sain dans tout son corps un homme malade? Ne jugez done pas sur la vaine apparence, mais rendez un jugement fonde sur Tequite 1 .
II semble que, ces paroles prononcees, Jesus voulut s'eloigner afin d'aller dans la ville rejoindre ses disciples; il travejsait le parvis des gentils, et gagnait la porte qui donnait sur le Tyropoaon, quand quelques habitants de Jerusalem le virent passer*; ceux-la connaissaient les projets ourdis contre lui par les pharisiens et ils s'etonnerent de la hardiesse de Jesus qui circulait seul dans le Temple : N'est-ce done pas I'homme que Ton cherche a tuer? Et voila qu'il parle publiquement, et on le laisse faire 5 ! Est-ce
6 6^X0? (JEAN, VII, 20) ; mais on peut croire qu'elles furent souffles a celle-ci paries docteurs.
1 JEAN, VII, 24 : Ne jugez pas sur 1'apparence, mais ayez juge un jugement honn&e .
* JEAN, VIlIj 25. II faut noter la distinction etablie par saint Jean entre les diverses personnes qui, ce matin-la, furent, an Temple, les interlocuteurs de Jesus. D'abord, ce furent ceux que saint Jean nomme les Juifs (JEAN, VII, 15), puis la foule (6 ox^o;, VII, 20); enfin, certains des habitants de Jerusalem, Ttvl; ex TWV 'IepoffoXu{Tt5v (VII, 25). v
5 JEAN, VII, 26 : Htteralement : on ne tui dit rien, o8ev ayt&
que vraiment nos magistrals 1 auraienUreconnu que
celui-ci esfc le Christ? Mais rejetant cette hypothese,
ils ajouterent : Impossible, car nous savons d'ou
celhomme est originaire, tandis que, quand leChrist
viendra, nul ne saura d'oti il vient. Ces homines,
on le voit, n'adheraient pas a la doctrine officielle-
ment professee par les docteurs et les scribes, sui-
vant laquelle "le Messie descendrait de David et nai-
trait a. Bethleem*; ils etaient de ceux qui revaient
d'un Messie descendant du ciel au milieu de prodiges .
astronomiques 3 .
Jesus entendit la remarque de ces habitants de Jerusalem ; alors, s'arretant dans sa marche au milieu du parvis 4 , il cria d'une voix forte : Vous dites me connaitre et savoir d'ou je suis. E^h bien! apprenez que je ne suis pas venu de moi-meme en ce monde; mais il existe vraiment celui qui m'a envoye et que vous ne connaissez pas. Moi, je le connais; car je viens de lui, c'est lui qui m'a envoye .
Ainsi Jesus renouvelait la^revendication d'origihe
divine qu'il avait elevee en/ce meme lieu, a la PSque
precedente, quand il s'etait proclame fils et manda-
taire de Dieu 8 .
Les pharisiens qui se trouvaient la en assez grand
1 Saint Jean emploie le mot grec archontes.
- MATTIHEU, II, 5 et 6; JEAN, VII, 42.
3 ISAJE, LIH, 8 : Qui racontera sa generation? Mais cette traduction, qui est celle des Septante et de la Vulgate, est contestee.
* L'evangile de saint Jean etant un complement des trois evangiles synoptiques est souvent fort sommaire dans ses indications; ses lecteurs contemporains n'avaient pas besoin de donnees precises pour etre a meme de raccorder ses recits a ceux de's synoptiques. Ici, saint Jean, en ecrivant : ev TW iepw StSaffxwv (VH, 28) enseignant dans la parlie publiquedu Temple, indique que Jesus est surle parvis.
JEAN, V, 17, 36 et 57. . '
nosnh& fuFaiti mis ea fureitr pap ees paToles ; ils ae ' von laient plus retarder 1 &VLV vengeance et cherchaiefrt a flssomrnep Jesus sur-le-ehamp 1 . Mais ils ne paFvintfent pas a mettre la main, sur Imi;: nous ne savons q;uelle force les paralysa; TevangeHste nous dit settlement que Jesus echappa a leur assaut paree cpe son; heure n'etait pas v&nae 2 .
D'apEes nous, e'esl ce. meme JOUF de sabbat en sortamt da Temple, cjue Jesms accomplil un de ses miraeles les plus eelebi'es^ la gtierison A'UB aveufie de naissaaee, miracle qui derail avoir dans sa vie humatDe Les suites, les plus graves 3 . Ges suites s'espar cerent sur plusieurs jours ; mais aiL lieu de les- exposer au jour le jouif, en. les inEeffcalant an milieu des autres ev^aemenls qui survinrettt avant la fia de la semaine de fete,, saint Jeao a prefere, pour mieux faire ressortir ['enchainement de ce& suites, les grouper apart en an chapitre special qufil a rejele a la fin de son recit sur le sejour fait alors a Jerusalem par Jesus. Au point de vue historiquei le seul qui nous occupe^ il est plus juste de replacer ehaque evenement a son jour et a son beure ; et c'est ce que nous avon cherche a faire.
Nous pensons done q-ue Jesus, en quillant le Temple le 15 oetoforey avait pris une rue qui devait 1'ameiier an Momt Siaa a la tente de branchages qui depuis
1 JEAK, VII, 30' : 'EC^TOov ouv OWTOV ittiffai, it& cfterchaient efonr a le fouler aux pieds.
* Si le sabbat, au cours duquel eut lieu la guerison de 1'aveugle-ne, n'etait pas celui du 14/15 octobre (JEAN, IX, 14), il faudrait Fejeteccette guerison aii sabbat du 21/22 octobre; or, il nous parait impossible de concilier, avec les donnees de saint Jean et de saint Luc, un. deliii
aussi long.
quatre jours abritait ses disciples. Geux-ci 1'avaient Tejoint, a un moment que nous ne sommes pas a mme de preciser 1 , et ensemble ils passerent devant uri jeune mendiant assis sur le bord du chemin; c-etail un aveugle de naissance, ainsi que le disait un ecriteau place sur sa poitrine. Les apdtres lurent I'ecriteau et ils se rappelerent les paroles duD&alogue* : Je suis le Seigneur ton Dieu qui punit Tiniquite des peres dans les enfants jusqu'a la troisieme et quatrieme generation . Rabbi , demanderent-ils a Jesus, qui de cet homme ou de ses parents a peche pour qu'il soit ne aveugle? Jesus repondit : Ni celui-ei n'a peche, ni ses parents; s'il est aveugle, c'est afin que la puissance 3 de Dieu soit manifestee en lui. J'ai a executer, pendant qu'il fait jour, les O3uvres de ceiui qui m'a envoye; vient la nuit, pendant laquelle personne ne peut agir; taut que je suis dans le monde je suis la lumiere du monde .
Et cela dit, Jesus se mit en devoir de faire don de la lumiere a cet aveugle; il cracha a terre et, de son doigt etendant sa salive, il fit un peu de-boue dont il enduisit les yeux blancs de raveugle. Apres quoi il dit a celui-ci : Va te laver a la piscine de Siloe* . Nous ne savons pas ou se passa cette scene; peut-etre sur le pont qui franchissait le Ravin des fromagers (tyropoeon) ; . Pendroit en lout cas etait assez eloigne de la fontaine de Siloe qui est situee
2 Exode, XX, 5.
5 Litteralement : les oeuvres.
4 Saint Jean ajoute : Siloe signifie envoyi.
au pied du Mont Ophel a rexlre"mite" sud-est de Jerusalem; et pour y parvenu*, il y avait a descendre une longue suite de degres, epreuve penible pour uri aveugle. Jesus dut done charger un de ses disciples de conduire le jeune mendiant jusqu'a la piscine, et lui-meme continuant sa route gagna la lonnelle de feuillage ou il devait habiter pendant le reste de la fele. ^
Le mendiant fit ce que lui avait commande Jesus; il lava ses yeux avec 1'eau de la piscine de Siloe, et des que les plaques de boue qu'il avait sur eux furent diluees, il vit dislinctement toules cboses. II put revenir cbez ses parents en se dirigeant seul 1 .
Son retour causa une surprise extreme parmi les voisins et chez tous ceux qui 1'avaient connu aveugle, ne marchant qu'a tatons. N'est-ce pas la , disaientils, celui qui passait tout le jour assis a mendier?
G'est lui , repondaient les uns. Non , soulenaient les autres, c'est quelqu'un qui lui ressemble . Mais lui a ces propos opposait 1'aflirmation de son identite : G'est bien moi, celui que vous conna issez , declarai t-i I .
Comment tes yeux se sont-ils ouverts? lui demanda-l-on. < L'homme que j'ai entendu nommer Jesus a fait de la boue et m'en a enduit les yeux; puis il m'a dit : Va a la piscine de Siloe et lave-toi. J'y suis alle, j'ai lave mes yeux et j'ai acquis la vue .
Ou est ce Jesus? ricanerent quelques incredules. Je ne sais , repondit le mendiant qui, en verite, ne pouvait rien savoir de Jesus.
, IX, 7 : // revinl, voyant cluir.
48* , iVm. BJSTORIQUE
Sur eelte reponse, les iraeredules obligerent le niendiattt a Tenir avec eux an Temple pour que son eas y fut examine par 1'aatoite eecl^siastique. 1 . Comma c'etait jour de sabbat, le Grand. Conseii ne pouvait sieger, mais on trMtva dans les parvis un certain nombrede docteurs apparlenaai a la sectc des pharisieas, Ceiax-ci, : mis- au eourant des faits?, demanderent au mendiant : Comment as-tu gagne la vae? c II m'a mis de la boue sur les yeux 2 ; j& me suis lave et main tenant je vois .
Pour les pbarisiens d& la stride; observance, appiiquer un remede qaelconque le jour du sabbat 6lait un acte impie; el la pluparfe de eeux, a qpii le cas du-xjeuia;e Haendiant etait soumis n'h^siterent pas \ considerer comme etant un renaede les deux petites plaques de bone: dont les yeux de celui-ei avaient 4te converts par Jesus. Us prononeei^ent done : -Cet honMae n'est pa& de Dieu puisqu'il n'observepas le sabbat . Mais quelques autres d'esprit plus large disaient : Comment un bomme peeheur pt>urraiL-il faire de tels miracles? JBref il y avait desaceord dans le conciliabule. Us eurent alors 1'idee de demander au jeune mendiant ce quil pensait de son sauveur : cc Et toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert ies yeux? - cc G'est un prophete repondit le j,eune bomme.
II put aloffs. se retirer., Mais les pbarisiens demeures, waicredules ne voulaient pas. que dans le peupla se repandit le bruit que Jesus ayait eu la puissance de donner la vue a u>n aveugle de naissance.; ils
cherchaJent d^nc mi inoyen de nier la realile du fait. Plusieurs d'ntre eux 4faient membres du Sanhedrin; et comme celm-ei, -soil a leur instigation, soit pour tout, autre motif, se reunit le lendemain, ils li soumirent la question. Les sadduceens qui formaient la majorite de ce conseil n'avaient pas les memes raisons que les p ! harisiens d'elre 'hostiles a Jesns; leur scepticisme religiux les rendaient indiHerents aux doctrines nouyelles qwe pr^chait celui-ci; mais ils redoutaient rinflunce qu'e Jesus avait plusieurs fois exercee sur le -penple ei ils yoyaient en loii un concurrent redou table pour leur autorite. Ils furent done d'accord avec les pharisiens sur la necessile 4e eon tester laguerison deTavfiugle^ttojis 1 deciderent de proceder a ume enqueie dont le resullat serait la negation du miracle.
A cet ell-et, iis convoquerent h pere et la mere dn mendiant; et ils les soumirent a un interrogatoire intimidaat. Ce Jeune bomme est bien Totre fils? *t vous assu^z qu'il est ne ayeugle? GommeHt se Jait-il qu'il voit maintenant?
Les parents &taient des ^ns timores, mais en imeme temps tres ruses; ils connaissaieat la sentence . d'excommunication vendne precoiemflienl par ie Grand Gonseil coBtre qui03ique dii'ait voir en Jesns le Messie; et ils ne voiilaient pas, en temoignant le moindre enstbousiasme poin' le bienfaitear de leur fils, s'exposer a tomber sous le coiap de cette sentence.
Ils repondirent done cauteleusement : II est cer-
1 Saint Jean (IX, 48) reuoit tons Jes membres du Sanh&lrin sous son expression denigrante favorite : les Jut/*.
* VLA VIE HISTQRIQUE '* - , ' ' V
tain que c'est la notre fils et qu'il est ne aveugle. Comment il s'est fait que maintenant il voit, nous ne savons pas; et nous ne savons pas davanlage qui est celui qui lui a ouvert les yeux. Mais noire filsaderage; ,interrogez-le; c'est a lui de parler pour lui-meme .
Cette' defaite montrail qu'on n'obtiendrait rien d'utile des parents. Le Sanhedrin les renvoya done et appela leur fils a une seconde comparution. Quand il arriva de.vant eux, les conseillers prirent un air rigide et avec solennile, comme s'ils voulaient mettre ce jeune homme en garde .centre le crime de faux temoignage, ils Tadjurerent en ces termes : Rends gloire a Dieu! Nous savons que cet homme que tu dis t'avoir gueri est uapecheur . S'il est pecheur, je ne le sais , repondit calmcment le jeune homme; mais ce que je sais, c'est que j'etais >Yeugle et que maintenant, gr&ce h lui, je vois .
Que t'a-t-il fait? comment l'a-t-i! ouvert les yeux? firent les sanhedrites, cherchant a amener quelque contradiction dans les reponses de ce jeune homme qu'ils croyaient sans defense. Mais si ebloui que put etre celui-ci par tout cet appareil de justice, il ne manquait ni d'assurance ni de finesse. Parmi les sanhedrites qui le pressaient de questions, il avait reconnu quelques-uns des pharisieris qui Tavaient deja interroge la veille; s'adressant a eux, il observa malicieusement : Je vous ai deja dit tout cela : vous n'avez done pas ecoute 1 ? Pourqtioi-voulez-vous 1'entendre de nouveau? Est-ce que vous aussi vous
1 JEAN, IX, 27 : Elnov u^tv %8r\, xoci oux Y)XQU<raT. La Vulgate a supprime la negation qui se trouve dans le texte grec : Je vous ai d6jlt dit tout cela et vous I'avex entendu.
voudriez comme tant d'autres devenir ses disciples?,
II feignait de croire que leur insistance & le questionner provenait d'une curiosite louable.
Celte irpni.e:mit en fureur tous les sanhedrites; ils injurierent le jeune homme 1 , et n'ayant plus le' sens de lews paroles, ils lui dirent : Toi, sois son disciple; mais nous c'est de Moise que nous sommes disciples. Nous savons que Dieu a parle a Moise sur le Sinai (et que par consequent les preceptes de Moise sont vrais) ; mais,cet avenlurier nous ne savons d'ou il sort* .
Les raillant toujours, le jeune homme repliqua : En cela yraiment est Velonnant que, en depit de votre science, vous'ne sachiez pas d'ou vient cet homme, et que cependant il ail ouvert mes yeux. Nous savons tous que Dieu n'exauce pas les pecheurs ; mais il exauce celui qui Thonore et accomplit sa volonte. Jamais on n'a oui dire que dans le passe quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle de naissance 3 . Si cet homme n'elait pas envoye de Dieu, il ne pourrait rien faire de pareil .
Ainsi bafoues par ce mendiant illettre, les sanhedrites etaient hors d'eux de rage : Tu es ne tout entier dans le peche , criaient-ils, et tu nous fais la legon ! Se jetant sur lui avec violence, ils Texpulserenl de leur salle de conseil en le declarant excommunie*.
' JEAN, IX, 28 : 'EXoiSSpyjo-av 2 JEAN, IX, 28 et 29.
Ce trait indique que les gu^risons d'aveugles, precedemmeiit faites par Jesus, avaient port4 sur des hommes qu'une maladie ou un accident avaient prives de la vue.