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CHAPITRE PREMIER

Le but de cet Essai n’est pas une étude complète des représentations motrices. Même réduite à l’essentiel, elle serait très longue, car l’activité motrice pénétre la psychologie tout entière. De plus, comme elle a été faite partiellement ou en totalité par des auteurs très compétents, elle serait assez superflue. Notre unique but est d’appeler l’attention sur le rôle prépondérant des éléments moteurs dans l’activité inconsciente de l’esprit, et nos remarques

Th. Ribot. — Vie inconsciente. i

préliminaires n’auront d’autre fin que d’y préparer.

« Nul ne contestera, écrit un auteur récent, que le progrès le plus important dans la psychologie théorique, durant ces dernières années, est la valeur toujours croissante attribuée au mouvement dans l’explication des processus mentaux. Ce développement a été remarquable surtout en Amérique. Dans ce pays, l’explication en termes de mouvement a été poussée ‘ systématiquement et jusqu’à l’extrême. »

Tout d’abord, le mouvement s’impose à l’observateur par deux caractères fondamentaux *. primordialité, généralité.

En venant au monde, le nouveau-né est muni d’aptitudes motrices qui entrent d’elles-mêmes en exercice : mouvements automatiques (de la respiration, de la digestion, etc.), mouvements réflexes (sucer, crier, etc.), mouvements instinctifs. 11 est une machine qui produit des mouvements, mais leur apparition esiprimaire. Comme ils dépendent des centres inférieurs de l’encé-

1. Pillsbury, On the Place of movement in consciousness (1910). L’opinion de l’auteur est que les prétentions de ces psychologues sont souvent excessives.

phale, ils sont vides de conscience ou tout au moins de connaissance'. Plus tard, avec le développement des centres supérieurs de l’écorce corticale, l’organisation du système moteur sera achevée.

Mais un fait plus important pour la psychologie et pour notre sujet en particulier, c’est la diffusion ou généralisation des mouvements.

W. James^ n’hésite pas à écrire ; « Si l’on veut bien ne pas tenir compte des exceptions possibles, on peut formuler cette loi : « Tout fait de con- « science détermine un mouvement et ce mou- « vement irradie dans tout le corps et dans cha- « cune de ses parties. Une explosion nous fait « tressaillir des pieds à la tête. La moindre sen- « sation nous donne une secousse identique « quoique invisible ; si nous ne la sentons pas « toujours, cela tient à ce qu’elle est trop fine « ou que notre sensibilité ne l’est pas assez. »

1. Il convient de faire remarquer que l’activité motrice n’est pas synonyme de « mouvement » au sens usuel de ce mot. Pour un état d’immobilité, on peut dépenser autant d’énergie que pour un mouvement dans l’espace, ex. : tenir le bras étendu et rigide; la position droite de la tête maintenue par la contraction continue des muscles du cou, etc. Ceci dit en passant pour rappeler l’ubiquité des mouvements ; ils forment la trame sur laquelle la conscience dessine ses broderies.

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