‹ La vie interieureChapitre 58 sur 91 · DE L HUMILITE · texte numérisé non relu

DE L HUMILITE

1. Par des actes intérieurs fréquents, intenses (oraisons jaculatoires, courtes réflexions bien choisies), m'habituer à vivre dans le souvenir de mes péchés en général, dans la pensée de mon néant devant Dieu ; concevoir ainsi des idées de plus en plus fortes de ma bassesse.

2. Couper court à toutes les pensées de vaine complaisance et d'orgueil, sur mes bonnes quahtés : qualités du corps, qualités de l'esprit ; qualités surnaturelles.

3. Ne vouloir tenir de place dans l'estime ou l'affection particulière de qui que ce soit.

4. Découvrir simplement mes faiblesses à qui et quand il convient ; accuser sans atténuation mes fautes ; avouer sans détours mes erreurs, mon ignorance / reconnaître sans dépit ni tristesse mon infériorité pour le talent et pour la vertu, l'humble condition de ma famille...

5. Aimer à passer inaperçu dans mon milieu, à n'être compté pour rien, àn'avoir le plus possible, que des emplois obscurs, des ministères humbles, au lieu de convoiter ceux qui mettent plus en vue ou feraient parler de moi.

6. Aimer les offices bas, les corvées, un vêtement et un ameublement pauvre, la compagnie des pauvres.

7. Éviter, le plus possible, de me faire servir ou de me laisser servir ; en toute occasion, le plus possible, me servir moimême.

8. Mépriser l'estime du monde et des hommes en général, comme étant le plus souvent vaine — fausse — injuste — dangereuse : réprimer en conséquence toute préoccupation, toute appréhension au sujet de ce qu'on peut penser et dire de ma personne ou de ma conduite : m'exercer, dans les limites de la discrétion, à braver l'impression que peut produire sur moi la vue d'un pubhc plus ou moins considérable.

9. Ne rien faire pour attirer les regards, les éloges, les bonnes grâces des hommes,

mais agir en tout, purement, par le motif du devoir, de la règle, — par docilité aux inspirations de la grâce.

10. Dans la conversation, ne dire aucune parole qui tende à me faire louer ou estimer ; éviter tout air de suffisance, d'importance ; ne pas parler trop aisément de moi, des miens, de mes théories, de mes occupations ; éviter tout air de supériorité ; ne pas contester avec opiniâtreté.

12. Regarder les autres comme m 'étant supérieurs, les traiter en conséquence, avec toute sorte d'égards ; m'appuyer pour cela, sur le souvenir de mes péchés et sur l'exemple de Notre-Seigneur, qui s'est fait le serviteur de tous.

12. Ne jamais rabaisser, par un secret mouvement d'orgueil et de jalousie, le mérite des autres et de leurs œuvres, ne pas me réjouir de leurs échecs ou des critiques qu'on en fait : ne jamais prendre part à ces critiques.

13. Devant une remarque désagréable ou un reproche, ne pas m' excuser, encore moins rejeter la faute sur autrui, soit extérieurement, soit intérieurement ; si je dois

donner l'explication de ma conduite, ne m'y prêter qu'avec répugnance et avec réserve.

14. Ne conserver aucun sentiment de froideur, n'admettre aucun procédé peu respectueux à l'égard, de ceux qui me témoignent moins d'estime.

15. Par mépris de moi-même et surtout afin de ressembler davantage à Jésus- Christ, qui a voulu être méprisé pour moi, bien accepter toutes les occasions de m'humilier ou d'être humilié qui se présentent, c'est-à-dire les accepter : i^ avec patience ; 2° avec promptitude d'acquiescement et facilité ; 3^ avec joie et reconnaissance.

16. SuppcHTter patiemment tout ce qui se présente de fâcheux ou même de douloureux par la raison et le sentiment qui faisaient dire au bon larron : « Nous avons mérité ce que nous souffrons. » Digna factis recipimus. (Luc, xxiii, 41.)

17. Enfin m'habituer, par des actes intérieurs de plus en plus fréquents et intenses, à me défier profondément de moi-même ; à ne compter, pour tout travail surnaturel

et pour tout progrès dans la perfection, que sur Dieu et sur la grâce : en conséquence, m'habituer, le plus possible, à prier continuellement.

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