‹ La vie interieureChapitre 59 sur 91 · DU REXONXEMENT A SOI-MEME · texte numérisé non relu

DU REXONXEMENT A SOI-MEME

1. Par des actes intérieurs le plus fréquents, le plus intenses possible (oraisons jaculatoires, courtes réflexions bien choisies), m'entretenir dans le souvenir de mes péchés et dans la haine de moi-même proportionnée au regret que j'ai de ces péchés.

2. Par un sentiment de vengeance et d'amoureuse réparation, m'exciter à contrarier ma volonté, mes goûts naturels, la recherche de mes aises, tout ce qui a été en moi ou peut devenir principe de révolte contre Tordre, contre Dieu.

3. Par le même sentiment accepter avec joie — joie de volonté, s'entend, — tout ce qui, dans les dispositions de la Providence, dans la conduite des hommes — Supérieurs, égauX; inférieurs, — contrarie mes

désirs, renverse mes plans, choque mes idées, humilie plus sensiblement mon amour-propre ; dans la mesure d'une sage discrétion, aller au-devant de ces contrariétés ; en remercier Dieu, quand elles arrivent.

4. Me faire violence en tout ce qui pourrait empêcher l'obéissance à ses trois degrés, l'observation des règles, l'accomplissement de mes résolutions, en particulier de celles relatives à la pénitence et aux exercices spirituels.

5. Me renoncer dans les choses permises, comme en me privant de sortir de ma chambre, de voir un objet agréable ou curieux, d'apprendre des nouvelles, de dire ce que j'ai plus grande envie de dire, de lire de suite ou de relire une lettre, etc..

6. Me renoncer moi-même dans les actions que je suis obligé de faire : ainsi, quand je vais prendre mon repos ou mon repas, étudier, prêcher, faire une visite, une promenade, etc., mortifier d'abord mon goût naturel et ma volonté, en disant de cœur : « Ce n'est point. Seigneur, pour me satisfaire, mais pour accomplir votre bon

plaisir, que je vais à ceci ou à cela. »

7. M'interdire absolument de rechercher en quoi que ce soit, le plaisir pour le plaisir.

III. — De la patienxe et de la conformité A LA VOLONTÉ DE DiEU.

1. M'habituer par des actes intérieurs de plus en plus fréquents et intenses, tels que oraisons jaculatoires, réflexions courtes et bien choisies, à me tenir sous la totale dépendance de Dieu, et dans Tindifférence pour tout ce qui n'est pas Lui ; — à voir tout venir de sa main paternelle, sans regarder aux causes secondes, c'est-à-dire, à des créatures plus ou moins aimables, — m'offrir à Lui pour endurer tout ce qu'il voudra, — me rappeler enfin ce que méritent, de rigoureux châtiments, mes péchés passés.

2. Ne laisser échapper aucun signe d'impatience, par geste ou par parole ; montrer au contraire dans mes paroles, dans l'air de mon visage et dans tous mes mouvements, une grande tranquillité d'esprit.

3. Ne rien laisser entrer dans mon cœur qui puisse troubler ma paix, me causer de la tristesse, provoquer mon indignation ; m'interdire tout désir de vengeance quelle qu'elle soit.

4. Prévoir, aux heures de calme, les moments plus critiques et former le propos de ne pas m'affecter, de ne pas m'irriter ; prier, en même temps, à cet effet : prier d'autant plus que le moment difficile approche.

5. Sous le coup de la tentation — tristesse, dégoût, colère, — le plus possible, ne statuer sur rien, au moins, ne rien changer aux mesures déjà prises.

6. Tant que dure l'accès, le plus possible, ne pas parler, si ce n'est peut-être avec un homme de bon conseil ; faire diversion à mon émotion par la lecture, la prière ; attendre.

7. Par amour pour Notre-Seigneur, dont toute la vie a été une croix et un martyre, pour L'imiter davantage, m'exercer à accepter toute contrariété, souffrance, privation, lO avec résignation, 20 avec promptitude d'acquiescement, 30 avec joie,

comme si je voyais Notre-Seigneur et L'entendais me dire : « Mon fils, je veux que vous souffriez ceci pour l'amour de moi et le plus grand profit de votre âme. » Redoubler même, malgré l'épreuve, de reconnaissance envers Dieu et de bonté pour le prochain.

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