‹ La vie juiveChapitre 1 sur 36 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

de gai entrain, la vie juive en Alsace, telle qu'elle était dl y a trente ou quarante ans, telle qu'elle est encore à peu près aujourd'hui. Les dessins st parlants de M. Alphonse Lévy et le récit de M. Cahun qui leur sert de cadre se prétent un mutuel et heureux appui. Sous la conduite de ces quides complaisants et admirablement informés, J'ai fait un véritable voyage d'agrément dans un monde auquel me rattachent, moi aussi, des liens de toute sorte et où j'ai retrouvé, avec infiniment de plaisir, nombre de vieilles connaissances charmantes ou grotesques.

Les personnages si divers d'éducation, de ton et d'allures que les auteurs font mouvoir sous nos yeux, ces mœurs empreintes d'une si profonde originalité, ces cérémonies religieuses, émouvantes dans leur simplicité antique et reproduites avec amour par la plume de l'écrivain et le crayon de l'artiste, ces légendes pieuses et naïves, rattachées au récit par un fil souvent léger, tous ces mille détails empruntés fidèlement à la vie quotidienne des juifs de l'Alsace, ont une saveur particulière pour qui peut contrôler, par ses propres souvenirs, l'exactitude du tableau. À tout instant on est tenté de $ écrier : «Ah! c'est bien cela! voilà ce que j'ai vu, mot aussi, et entendu! »

Les auteurs, cela se remarque du premier coup, n'ont fait euxmemes que rassembler leurs souvenirs. Îls ont vécu ce qu'ils racontent. Ce ne sont pas des passants qui ont pris en courant des notes sur ce qu'ils ont superficiellement observé dans une excursion rapide à travers un monde nouveau, où tout parait étrange et ressemble à une énigme ; ce sont plutôt des hôtes bienveillants qui font, avec une parfaite bonne gräce, les honneurs de chez eux et vous introduisent dans l'intimité de leur famille, montrant fièrement ses respectables traditions, ses vieilles archives, les portraits des aïeux, tous ses beaux côtés, sans se taire toutefois sur ses faiblesses et ses légers ridicules. Aussi le cœur parle-t-1l dans leur œuvre autant que l'esprit. C’est comme un sentiment de tendresse filiale qui y perce par endroits, associé au vaque regret des choses disparues et des biens que l'on a perdus. « O bon vin de l'enfance, quel franc souvenir tu laisses el combien je te regrette en ce temps de fuchsine et d'irréligion (p. 18)! » Ca et là on surprend chez les auteurs une pointe de malicieuse raillerie, mais plus souvent une larme émue qui brille au coin de l'œil. C’est qu'on n'évoque pas impunément les plus intimes souvenirs de la maison paternelle. Comme M, Cahun

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