‹ La vie juiveChapitre 2 sur 36 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

le fait remarquer avec autant de vérité que de force, chez les juifs, lareligion et la famille sont, depuis des siècles, unis par une alliance tellement étroite, qu'il est difficile de les distinquer l'une de l'autre. I n'est donc pas étonnant que les cérémonies d’un culte, qui a pour principal théâtre le foyer domestique, rappellent à tous ceux qui ont eu le bonheur d'y prendre une part active dans leur enfance, les précieuses affections de la famalle, le doux sourire de la mère et l'autorité chère et respectée du père. La religion forme le lien le plus puissant de la famille, et, par un juste retour, la famille préte une force incomparable à la religion.

Ce qui donne encore un charme et un intéret de plus à l'ouvrage que j'ai l'honneur de présenter au lecteur, c'est la note patriotique qu'on y sent vibrer à chaque page. C'est bien ainsi qu'on aimait en Alsace et qu’on y aime plus que jamais cette France vaillante, aux sentiments généreux, aux nobles entrainements, aux gloires légendaires, dont le nom signifie délivrance pour tous ceux qui souffrent de l'oppression ; droit, équité, protection, tolérance pour tous ceux qui ont à se plaindre des injustices de l'hustoire. Les juifs surtout lui ont voué un amour sans bornes, qui va jusqu'à la tendresse et l'enthousiasme. Îls sont fiers de pouvoir, dans toutes les circonstances, lui témoigner leur reconnaissance, travailler à sa prospérité et défendre son drapeau. L'Alsacien a été et sera toujours deux fois Français, et le juif de l'Alsace l’est encore une fois de plus. |

Il était bon que tout cela fut dit par une plume alerte, et rendu visible aux regards par un habile artiste, qui sait unir le don de l'observation à un léger grain de fantaisie. La France, hélas! n'est plus pour les Alsaciens vivant en Alsace qu'un souvenir et un regret. Qui d'entre eux ne s'associera pas de tout cœur aux sentiments d'amour pour la France si bien exprimés par les principaux personnages du récit de M. Cahun? Quant aux scènes de la vie juive qui défilent devant nous, embrassant dans un ensemble complet tous les événements importants de l'existence auxquels la religion préle son prestige et sa grandeur, les uns seront bien aises de les revoir pour y rafraichir des souvenirs en train de se faner; les autres y gouteront un plaisir d'un autre genre, celui de faire des découvertes intéressantes dans une contrée inconnue dont ils n'avaient pas meme le soupçon. Le temps, qui modifie toutes choses, a déjà fait tomber plus d'une pierre de l'édifice religieux que bien des siècles ont tra-

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