‹ La vie juiveChapitre 15 sur 36 · LE PETIT TAILLEUR DE PRAGUE · texte numérisé non relu

LE PETIT TAILLEUR DE PRAGUE

R} L) US Savez, mes enfants, que

À DS nous appartenons à une

RS) illustre famille des Cohann. Beaucoup de Juifs se donnent ce titre de Cohen, mais peu d’entre eux y ont droit; pour nous, nous descendons directement d’Esdras, comme on pouvait le voir, dans mon enfance, par notre généalogie déposée à la synagogue de Metz, avant qu’elle n'ait disparu dans un incendie. Esdras lui-même était de noble famille, puisque le grand roi Cyrus le jugea digne d’être admis à sa table royale et le fit souverain pontife de Jéru-

salem. Dans ce temps-là, le privilège

de noblesse des Lévy était qu'ils nous présentaient l’aiguière pour nous laver les mains. Quand vinrent les tristes jours, ce fut à l’intercession d’un de nos ancêtres que les pieuses hirondelles apportèrent de i’eau dans leur bec, et tentèrent d’éteindre lincendie du Temple, embrasé par le cruel tyran Titus; c’est pourquoi nous devons aimer ces doux et gracieux oiseaux, et respecter leurs nids. Nous devons, mes enfants, aimer les bêtes aimantes, douces et pieuses, et détester la violence et la cruauté, comme la détestèrent nos pères, qui avaient horreur de verser lé sang du prochain, mais qui ne ménageaient pas le leur pour la défense de la justice, de la foi, de leur patrie. Le courage ne consiste point à user d’une force brutale pour opprimer les pauvres gens, mais à résister, si faible qu'on soit, à l'oppression des méchants, et à protéger les affligés. Ainsi fit mon père, quand lui, républicain, sauva le curé de Rosheim, poursuivi par le terrible Schneider, en le cachant au péril de sa vie. Ainsi fit notre bisaïeul, quand il aida un ministre huguenot à franchir la frontière, au temps de Louis XIV, et le porta sur son dos de l’autre côté de la Lauter, sous les balles des dragons de Louvois,

Vous saurez donc que jadis un de nos ancêtres, pieux et juste, savant et bienfaisant, pratiquait l'honneur, le désintéressement, le sacrifice, et que, même s’il n’eût pas été d’une illustre naissance, on l’eût vénéré pour ses vertus. Était-ce le grand rabbin Rachi, qui vivait en Champagne au temps de saint Louis, et fut assassiné par les Allemands? Était-ce un autre, comme le rabbin Anselme, dont je porte le nom, Anselme le juste et le saint qu'il nous suffit, à nous ses descendants, d’invoquer dans le péril, à condition que notre conscience soit pure, pour qu'il nous protège aussitôt, comme mon oncle le vit bien en 1792, au siège de Verdun? Je l’ignore, etje vous raconte l’histoire telle que mon aïeul la racontait à mon père.

Notre ancêtre était, vers la fin de sa vie, grand rabbin de Mayence, et jamais l’évêque, touché par ses vertus, ne se mêla de

le persécuter, ni de tourmenter, de son vivant, la communauté DEN

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