‹ La vie juive: Illustrations d'Alphonse LévyChapitre 1 sur 10 · HARVARD COLLEGE LIBRARY MINOT FUNS · texte numérisé non relu

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PREFACE

Lorsqu'on revieni, après une ahst^m**" pvoînmjre^ dam koh viihuji' nainl^ ou épronim unr joie mêlée démoiioH à reroir ces* lieux fimiiim\s qui nippt'lleat à t esprit les pfm douces années de in vie^ celles de tenfance. Tout un essaim de elters souvenirs se lève '*f Vfdfioe iutfi^Hr di' j^m/v (h^ est

heureux de refaire connaissance avec les hommes et les choses dont F image avait quelque peu pâli par suite de féloignementy mais sans jamais s'effacer tout à fait. Avec quelle facilité on remonte alors le cours des années l Le passé revit sous les yeux, paré des plus fraîches couleurs : fût-on arrivé aux confins de la vieillesse, on redevient jeune pour quelques heures, et^ C imagination aidant^ on repasse par toutes les joies, toutes les sensations et toutes les espérances de t enfance et de la jeunesse.

Cest une impression de ce genre que j'ai ressentie en parcourant les pages qui suivent et qui retracent^ avec autant de fidélité que

II PRÉFACE

de gai entrain^ la vie juive en Alsace^ telle quelle était il y a trente ou quarante anSy telle qu'elle est encore à peu près aujourd'hui. Les dessins si parlants de M. Alphonse Lévy et le récit de M. Cahun qui leur sert de cadre se prêtent un mutuel et heureux appui. Sous la conduite de ces guides complaimnts et admirablement infoimés^ j'ai fait un véritable voyage d agrément dans un monde auquel me rattachent y moi aussi ^ des liens de toute sorte et oii j'ai retrouvé^ avec infiniment de plaisir^ nombre de vieilles connaissances charmantes ou grotesques.

Les personnages si divers d'éducation^ de ton et d allures que les auteurs font mouvoir sous nos yeux^ ces mœurs empreintes dune si profonde originalité ^ ces cérémonies religieuses^ émouvantes dans leur simplicité antique et reproduites avec amour par la plume de [écrivain et le crayon de F artiste^ ces légendes pieuses et naïves^ rattachées au récit par un fil souvent léger, tou^ ces mille détails empruntés fidèlement à la vie quotidienne des juifs de V Alsace ^ ont une saveur particulière pour qui peut contrôler^ par ses propres sou-venirSj F exactitude du tableau. A tout instant on est tenté de s'écrier : « Ah! c'est bien cela! voilà ce que j'ai vUy moi aussi y et entendu! »

Les auteursy cela se ?^emarque du premier coup, n'ont fait euxmêmes que rassembler leurs souvenirs. Ils ont vécu ce qu'ils racontent. Ce ne sont pas des passants qui ont pris en courant des notes sur ce qu'ils ont superficiellement observé dans une excursion rapide à travers un monde nouveau^ oie tout parait étrange et ressemble à une énigme ; ce sont plutôt des hôtes bienveillants qui font y avec une parfaite bonne grâce, les honneurs de chez eux et vous introduisent dans l'intimité de leur famille^ montrant fièrement ses respectables traditions, ses vieilles archives ^ les portraits des dieux ^ tous ses beaux côtés, sans se taire toutefois sur ses faiblesses et ses légers ridicules. Aussi le cœur parle-t-il dans leur œuvre autant que r esprit. C'est comme un sentiment de tendresse filiale qui y perce par endroits j associé au vague regret des choses disparues et des biens que Ton a perdue. « bon vin de F enfance ^ quel franc souvenir tu laisses et combien Je te regrette en ce temps de fuchsine et d'irréligion (p. 18)! » Çà et là on surprend chez les auteurs une pointe de malicieuse raillerie, mais plus souvent une larme émue qui brille au coin de F œil. C'est qu'on n'évoque pas impunément les plus intimes souvenirs de la maison paternelle. Comme M. Cahun

PRÉFACE. m

le fait remarquer avec autant de vérité que de force ^ chez les juifs ^ la religion et la famille sont, depuis des siècles, unis par une alliance tellement étroite y qui il est difficile de les distinguer tune de Vautre. Il n'est donc pas étonnant que les cérémonies d\m culte ^ qui a pour principal théâtre le foyer domestique^ rappellent à tous ceux qui ont eu le bonheur d'y prendre une part active dans leur enfance^ les pi^écieuses affections de la famille, le doux sourire de la mère et l'autorité chère et respectée du père. La religion forme le lien le plus puissant de la famille, et^ par un juste retour, la famille prête une force incomparable à la religion.

Ce qui donne encore un charme et un intérêt de plus à V ouvrage que j'ai l'honneur de présenter au lecteur, c'est la note patriotique qu'on y sent vibrer à chaque page. C'est bien ainsi qu'on aimait en Alsace et qu'on y aime plus que jamais cette France vaillante, aux sentiments généreux, aux nobles entraînements, aux gloires légendaires ^ dont le nom signifie délivrance pour tous ceux qui souffrent de r oppression ; droit, équité j protection, tolérance pour tous ceux qui ont à se plaindre des injustices de Fhistoi^^e. Les juifs surtout lui ont voué un amour sans bornes, qui va jusqu'à la tendresse et l'enthousiasme. Ils sont fiers de pouvoir ^ dans toutes les circonstances, lui témoigner leur reconnaissance, travailler à sa prospérité et défendre son drapeau. L'Alsacien a été et sera toujours deux fois Français^ et le juif de F Alsace l'est encore une fois de plus.

Il était bon que tout cela fut dit par une plume alerte, et rendu visible aux regards par un habile artiste^ qui sait unir le don de l'observation à un léger grain de fantaisie. La Finance, hélas! n'est plus pour les Alsaciens vivant en Alsace qu'un souvenir et un regret. Qui d'entre eux ne s'associera pas de tout cœur aux sentiments d'amour pour la France si bien exprimés par les principaux personnages du récit de M. Cahun ? Quant aux scènes de la vie juive qui défilent devant nous^ embrassant dans un ensemble complet tous les événements importants de l'existence auxquels la religion prête son prestige et sa grandeur^ les uns seront bien aises de les revoir pour y rafraîchir des souvenirs en train de se faner; les autres y goûteront un plaisir d'un autre genre, celui de faire des découvertes intéressantes dans une contrée inconnue dont ils n'avaient pas même le soupçon. Le tempsy qui modifie toutes choses^ a déjà fait tomber plus d'une pierre de F édifice religieux que bien des siècles ont tra--

PREFACE

vaille à construire. Dans les grandes villes comme Paris, la vie, avec ses implacables nécessités^ efface peu à peu toutes les originalités trop marquées. Je ne voudrais même pas affirmer que MM. Cahun et Lévy retrouveraient encore aujourd'hui F Alsace juive tout à fait pareille à celle quils ont connue et aimée au temps de leur enfance. Raison de plus de sauver de f oubli et de mettre en pleine lumière tant de poétiques usages^ tant de cérémonies significatives j tant de figures sympathiques. Raison de plus aussi pour remercier les auteurs de la tache quils ont si vaillamment accomplie^ pour remercier les éditeurs intelligents qui les ont secondés, et pour souhaiter aux uns et aux autres tout le succès qu'ils méritent.

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