‹ La vieChapitre 3 sur 6 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

J.-B. BAILLIÉRE, LIBRAIKE- ÉDITEUR 19, me llantefenille , 10

PrliL t 30 centime*

Messieurs,

La plupart d'entre vous ont cru jusqu'à présent qu'il existe deux sortes d'êtres dans le monde : !<> des êtres vivants organisés ou animés, formés et maintenus sous l'in- . iluence d'une cause , d'une activité ou d'une ribrce particulière , manifestée par ses actes, ^et qu'on nomme la vie ou la force vitale; ^° des êtres non vivants, inorganiques ou t inanimés , qui ne sont susceptibles d'entrer ^n mouvement que moyennant une impulsion communiquée et selon les lois générales physico-chimiques de l'attraction, de l'affinité, de l'électro- magnétisme, de la chaleur, etc.

La doctrine qui reconnaît dans les êtres vivants une cause particulière immatérielle de mouvement a été combattue de tout temps.

Le poète Lucrèce, qui a magnifiquement développé la philosophie d'Epicure dans un des plus beaux monuments Uttéralrea qiie aou&

ait légués l'antiquité, affirme en ces t la matérialité de l'esprit et de l'Ame :

Nonne ralciidum e^t

r.ofparea n^lura aiiimum eonsLarc animainque'. (LucKET., De rtrum natura, m,

• Se f.iul-il pal avouer i]ue l'cspril et l'àinc soi nalure corporelle! ■

Pour moi, je partage l'opinion vulgai crois fermement qu'il existe deux d'êtres parfaitement distincts; etquoii me sente bien incapable d'entrer en lie les physiologistes qui n'hésitent pas à f mer l'identité des phénomènes diins un me qui pense, qui parle et qui veut, c une lampe qui brûle, je vais essayer i fendre, selon mes faibles moyens, ce appellent déjà les vieux préjugés. G'esl un réactionnaire que vous voyez devant C'est un grand bienfait de la civili; messieurs, et dont nous devons tous noi citer, que cette liberté intellectuelle, gi héritage du xviii' siècle, cette pacifiq lérance, qui nous permet de discutei quillement, sans passions, sans injures i anathëmes, les graves questions qui S( pliquent de notre propre existence; n'est pas sans une profonde satisfactic je constate la parfaite sérénité avec la vous prêtez votre attention à un discou j'eusse probablement terminé, il y a dt trois siècles, par une chrétienne invit:

pendre ou à brûler quelques-uns ( vous.

Dussent me désavouer les auxiliaires trop ardents, que je trouverais peut-être sans aller bien loin, et que je redoute autant que mes adversaires, je déclare que je rends un hommage admiratif et respectueux aux services rendus par les savants que j'ose combattre, comme à la sincérité de leur amour pour la vérité ; enfin je ne viens pas de Rome, et suis résolu à ne damner personne.

Les progrès considérables accomplis de nos jours par les sciences naturelles me semblent avoir ébloui surtout quelques médecins physiologistes, c'est-à-dire quelques-uns de ceux qui s'occupent des phénomènes de la vie normale.

Dans la discussion que j'entreprends, je ne veux pas m'assurer un trop facile triomphe, en imitant ce prédicateur qui argumentait contre son bonnet carré; je vais d'abord laisser parler eux-mêmes ceux que je prétends contredire.

Selon quelques-uns d'entre eux, « les plus 3 grandes découvertes que Fa méthode expé- » rimentale ait réalisées dans les sciences na- » turelles ont montré qu'une fonction do la » vie, lorsqu'elle est bien connue, rentre

> dans le domaine des lois dont les chimistes » ou les physiciens observent chaque jour les

> effets. Les fonctions des organes des sens,

> la production de la chaleur animale, celle

> du mouvement, la respiration, la circula- » tion du sang , ne sont que des ^.^^Iv^ASd.^^^

» spéciales de la physique et de la chimie. Il » est donc légitime d'espérpr que, plus tard, » bien des fonctions mystérieuses encore de » la vie des êtres organisés » (c'est-à-dire probablement les sensations et Tintelligence) y> se rattacheront aux sciences physiques y> d'une manière non moins directe. x> (Marey, Almanach de V Encyclopédie générale ^ 1869, p. 61.)

C'est ainsi que s'exprime, dans une publication récente, M. Marey, professeur d'histoire naturelle des corps organisés au Collège de France.

Vous voyez ce que cela veut dire : les principales fonctions, les fonctions mystérieuses de la vie, se rattachant aux sciences physiques, c'est-à-dire à celles dont l'objet est la matière en général, la vie n'est pas distincte de la cause qui fait tomber la pomme de Newton ou brûler le charbon de Lavoisiér.

Du reste, la doctrine animiste, celle qui maintient l'existence d'une cause imprimant à la matière dans les êtres vivants des mouvements d'une nature spéciale, est combattue par des arguments d'une valeur positive; je ne prétends pas les dissimuler; M. Vulpian, dans un cours de physiologie qu'il professait au Muséum en" d865, développait l'un des plus injportants de ces arguments ; il l'appuyait sur ses propres expériences et sur celles de M. Bert, qui ont été récompensées par l'Académie de& sciences.

La priorité de ces expériences appartient au poète épicurien dont je citais tout à l'heure la solennelle déclaration de principes.

Laissons d'abord parler Lucrèce ; il montre le serpent qui se tord sur le sable et continue de mordre après avoir été coupé en tronçons, et il ajoute :

Omnibus esse igitur totas dicemus in illis.

Particnlis animas ? at ea ratione f equetur

Unam animantem animas habuisse in corporcmultas.

Ergo divisa est quœ fuit una, simul cum

Corpure : quapropter mortalo utrumque putandum est,

In multas quoniam partes discinditur seque.

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