‹ La vieChapitre 4 sur 6 · LUCRET., III · texte numérisé non relu

LUCRET., III

« Dirons-nous que chaque tronçon a une âme entière ? Il faudra donc qu'un seul animal ait plusieurs âmes ; ou l'unité de Tâme a été divisée avec le corps, et par suite il faut reconnaître que tous les deux sont mortels, puisque tous les deux sont divisibles. •

Voici comment ridée de Lucrèce a été développée et enrichie par M. Vulpian :

€ Lorsque Ton envisage l'ensemble des » êtres créés, on voit bientôt l'inanité du » principe vital, de cette force unique qui doit » diriger la nutrition, qui gouverne l'accroisj» sèment des organes et maintient la péren- 9 nité de la forme, qui contraint la matici e 9 à entrer, pour ainsi dire, dans certains » moules, qui force l'être à tendre dans son » évolution progressive vers un modèle pré- » fixe. Cette force ne peut être qu'une, Tu- » nité est un de ses caractères essentiels; » c'est pour cela qu'on l'aççelte 'vt*it\.ci\ie. m-

> tal ou force vitale. Voyons ce que nous ctl

» l'expérience :

> Celte force doit exister dans le règne vé--, » gétal ; mais chercher là des preuves, c^ » serait nous faire la partie trop belle, arri-

> vons tout de suite au règne animal. Com-^ » ment expliquer ces mutilations faites sur-

* des animaux, que je sépare en deux parties,

i> et dont chaque partie reproduit un animal ! » complet et semblable à celui que j'avais B ainsi divisé? Les polypes, les planaires, les » naïades, que l'on peut séparer en plusieurs » s^ments, sont dans ce cas. . . Je vous rap-

> pelle encore ce rat, chez lequel M. fiert a » introduit, sous la peau de l'aine, le membre

> inférieur d'un autre rat . . . Les oa du membre

* inférieur étaient en voie de formation, leurs » épiphyses n'étaient pas soudées aux dia- » physes, et, après quelque temps, ces os

* avaient acquis leur longueur normale, et la » soudure des épiphyses aux diaphyses était » complète. Si ces parties de l'animal neposn sédaient rien qui dût diriger les efforts de B l'accroissement vers une forme préfixe, il « n'y aurait aucune harmonie dans ces par- A lies après leur développement... On aurait B donc pu diviser le principe vital et en lais- » ser une partie dans le corps de l'animal et » une autre dans la patte que l'on a trans- « plantée; le principe vital serait donc divisi- » ble, ce qui est inadmissible. On ne peut » donc admettre ce principe...

* Nous avons séparé de très-jeunes tâtards

LA VIE. il

» de grenouille en deux tronçons. Après » quelque temps, le tronçon céphalique s'est ]f> développé régulièrement : une nouvelle ]» queue vint à pousser à la place de celle que 9 nous avions excisée ; mais on pourrait dire » que c'est dans ce tronçon céphalique que » réside le principe vital. Si nous examinons » après deux jours le tronçon caudal, nous » voyons que lui aussi s'est développé...

9 Comment ce tronçon a-t-il vécu ? Comment ]» s'est-il développé ? Est-ce vaguement, sans » se conformer à un type déterminé ? Non, » assurément : cette queue ressemble à celle 9 qui est restée en continuité avec le corps » d'un animal du même âge, et nous n'au- » rions pas obtenu ce résultat si elle n'avait » pas une force capable de diriger ses efforts D vers le développement.

> Je veux laisser à ces faits leur, éloquence, » et je me borne à énoncer cette loi : qu'il 9 n'y a pas de force vitale unique, indivisi* » ble, que le doute n'est pas permis à ce su- » jet ; et il faut accepter l'autonomie des élé- » ments anatomiques, contenant chacun en » eux toutes les tendances spécifiques. Le 9 principe vital est une chimère. > (Y. Revue des cours scientifiques j l^r avril 1865, p. 301.)

II est clair que si la notion de l'unité vitale disparaît, toute espèce de force irréductible disparaît avec elle, et nous n'avons plus à nous occuper que de discerner dans les ôlres vivants la double iuflaeti^^ "^Yv^x^^-Oc^è^ss^-

que de rattraction, de l'affinité, de Télectromagnétisme, de la Chaleur, etc.

Un homme n'est qu'un cas particulier de combinaisons chimiques, produisant de la chaleur, de l'électricité et de l'inteUigence.

D'autres naturalistes se débarrassent purement et simplement de tous les faits qui ne sont pas matériels, mesurables et pondérables, en les reléguant dans une espèce de pot au noir, qu'ils appellent, non sans une nuance de dédain, la métaphysique^ éliminant ainsi comme imaginaires et insaisissables, comme indignes d'occuper l'homme de science, tous les faits de conscience, toute la psychologie, toute la morale. Ceux-là prennent le nom de positivistes.

Ils ont encore pour ancêtre le poète-philosophe que j'ai déjà cité deux fois :

Proôter inane et corpora, terlia per se Nulla potest rerum in numéro natura relinqui, Nec quœ sub sensus cadat ullo tempore nostros, Nec ratione animi quam quisquam possit apisci.

(LUCRET., I, 4i6.)

« Outre le vide et les corps matériels, une troisième nature de choses ne peut exister, car elle ne tomberait point sous nos sens, et ne pourrait être comprise par notre esprit. »

Donc, ce qui est moderne, c'est le nom même du positivisme, mais il est très-bien trouvé; il sous-entend que tous ceux qui ne se rangent pas sous la bannière de la.philosophie positive, admettent les choses de pure imagination et nagent dans le brouillard ; de$

gens qui ne sont pas positifs sont nécessairement condamnés comme ayant Tesprit léger et superficiel. Cette philosophie n*a eu qu'à se nommer pour enrôler toute la bourgeoisie scientifique.

Enthousiasmés d'une doctrine qui réalisait leurs rêves les plus ambitieux, les chimistes et les physiciens ont fait de la médecine ce que les Piémontais ont fait de l'Italie et les Prussiens du Hanovre, ils l'ont annexée.

Moyennant le très-louable but d'enseigner la physiologie d'après les expériences et la médecine d'après les faits (les faits psychologiques étant considérés comme non avenus), « des maîtres autorisés exposent la strucjf> ture des organes, le jeu régulier ou troublé » des fonctions, en se préoccupant unique- » ment des conditions ynatérielles des phéno- » mènes, » (Wurtz, lettre à S. E. le ministre de Vinstructi^i publique.)

L'approbation qu'a reçue de très-haut la lettre de l'éminent doyen de la Faculté de médecine de Parip a donné à l'enseignement médical uniquement fondé sur les conditions matérielles des phénomènes une solennelle consécration.

Enfin les matérialistes purs, dont il faut louer en cela la logique et la sincérité, refusant sans ambages d'admettre que la vie puisse être en aucune façon distinguée de la matière, déduisent hardiment les conséquences de leurs prémisses. Vo\cv covsvvcv^^Cv.'ei^^rtw-

prime le célèbre physiologiste MoleschoU :

« La pensée est un mouvement de la ma- » tière cérébrale, et ce mouvement est la oona séquence d'une perception des sens. L'hom- » me est la résultante de ses aïeux, de sa » nourrice, du lieu, du moment, de l'air et » du temps, du son, de la lumière, de son ré- » gime et de ses vêtements ; sa volonté est » la conséquence nécessaire de toutes ces » causes, elle est liée à une loi de la nature, » que nous reconnaissons dans sa manifesta- * tion, comme la planète à sa marche et la > plante au sol sur lequel elle croît. » (Mo- LESCHOTT ; Circulation de la vie)

En résumé, c'est la renaissance de l'atomisme antique. L'esprit mécanique et mathématique ne veut voir partout que des mouvements communiqués et transformés ;

L'attraction est due à certains mouvements de l'éther, l'aflinité à des conditions analogues;

Les corps vivants se meuvent parce qu'ils sont le siège de combinaisons chimiques dégageant de la chaleur, qui se transforme en mouvement ;

La loi générale des phénomènes cosmiques est la transformation indéfinie des forces. La science naturelle a son principe et sa loi, elle est constituée dans une majestueuse unité ;

Le soleil verse sur la terre un seul et mëmp

principe, le mouvement , sîous la forme de lumière et de chaleur. Ce principe s'immobilise temporairement ou devient latent, dans les combinaisons chimiques plus ou moins stables ou dans les changements d'état, et reparait, selon les échanges infmis des combinaisons, et selon les transformations des corps.

Cela est beau, messieurs ! — c'est un beau rêve.

Je n'ai pas l'intention de sortir du domaine expérimental et de vous entraîner sur le terrain de la métaphysique. Je veux seulement examiner avec vous si les savants qui prétendent faire rentrer les fonctions de la vie dans les lois dont les chimistes et les physiciens observent chaque jour les effets, ne se rendent pas coupables de ce faux raisonnement, étemel ennemi des progrès de l'esprit humain, qu'on appelle la généralisation anticipée ou la déduction illégitime.

Je veux examiner si réellement les phéno-, mènes vitaux ressemblent tellement aux phé-' nomènes que les chimistes et les physiciens ont l'habitude d'observer, qu'il faille abandonner comme une hypothèse superflue cette idée d'une force particulière , d'une cause autonome de mouvement qui s'unit à la matiëro au moment où elle s'agrège dans l'être vivant, et qui la quitte au moment où elle se désagrège dans le cadavre.

Pour cela, je commencerai ^^.^ vcv^t^^x

que les phénomènes physico- chimiques d iflia rent par définition des phénomènes vilaux/ ensuite, j'examinerai jusqu'à quel point lej principales fonctions vitales peuvent être est pliquées par l'aLLraclion, l'aftinité, t'ëlectrc^ magnétisme, etc. i

Il est une proposition que personne ni conteste; prenons-la pourpoint de déparu qu'elle soit notre axiome: '

La vérité dans les sciences d'observation ne nous apparaît jamais que sous la forme d'une relation et de ses conséquences ; l'essence des choses nous échappe absolument.

Ainsi le charbon chauHè en présence de l'oxygène se combine avec ce gaz et disparait dans un gaz nouveau, l'acide carbonique; en même temps nous constatons un dégagement de lumière et de chaleur. Nous pouvons reconnaître les propriétés particulières du gaz produit : il éteint les corps en combustion, il tue les animaux qui le respirent, il précipite l'eau de chaux ; nous pouvons apprendre dans quelles proportions sont unip le charbon et l'oxygène pour le former.

Nous pouvons aussi constater les propriétés du calorique : cause d'une sensation particulière, il pénètre les corps, il augmente leur volume sans augmenter leur poids, il traverse l'espace sous forme de rayons, c'est lui nui fait le travail de nos machines, il se transforme en mouvement : la quantité de chaleur nécessaire pour élever de un degré

la température de un kilogramme d'eau, lorsqu'elle se transforme en mouvement, élève à la hauteur de un mètre en une seconde une quantité de matière pesant 425 kilog.

Nous pouvons aussi constater les propriétés de la lumière : elle produit une sensation sur nos yeux, elle est impondérable, elle traverse les milieux transparents, sous forme de rayons qui sont des vibrations excessivement rapides ; elle est réfrangible, décompo- ^ble en sept rayons, etc., etc.

Mais quelle est la cause première du phénomène de la combustion ?

Voilà un phénomène complexe, dont nous connaissons les relations, les conditions; nous pouvons le reproduire à volonté, le déterminer; mais d'où vient la tendance du carbone et de l'oxygène à former un corps nouveau avec dégagement de calorique et de lumière? Nous n'en savons rien.

Cependant il nous déplaît d'embarrasser notre discours d'un aveu perpétuel d'ignorance, et de dire, par exemple : le carbone et l'oxygène, dans certaines conditions déterminées, se combinent en vertu du quid ignotum qui les pousse l'un vers l'autre ; le quid ignotum les maintient unis dans un corps nouveau nommé acide carbonique, jusqu'à ce qu'intervienne, en vertu de ce même quid ignotum^ un nouveau corps capable d'attirer à lui l'oxygène, qui alors abandonne le carbone.

en raison inverse du carn l'ignorons. Néanmoins n des mots ces causes in( étudions les eflets; nous gnétisme et attraction.

Les mots attraction, aff chaleur, expriment des eau spéciaux, et voilent notre l'essence de ces causes.

Je vois que vous conseï ces prémisses.

Voilà donc certaines eau mouvements de la matièr soient inconnues dans leur reconnaissons distinctes qi

La matière peut-elle offi vation d'autres phénomène

et infatigable observateur des faits biologiques, le docteur Onimus, que « les corps vivants ont en eux-mêmes leur activité et sont Il la fois cau^e et effet. (1) » (Voy. Gaz. des Hôpitaux, 4869, n" 7, p. 27.)

A la rigueur, on concevrait que l'affinité pût être considérée comme un cas particulier de l'attraction : ce serait l'attraction au contact apparent; la lumière et la chaleur sont du même genre, sinon de la niéme espèce, comme le magnétisme et l'électricité ; la chaleur est certainement une terme du mouvement, mais la vie n'est aucunement réductible ni dans l'attraction, ni dans l'affinité, ni dans la chaleur, ni dans l'électromagnétisme; c'est une cause autonome de mouvement.

Reprenons nos définitions; je les réunis dans le tableau ci-après :

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