LA ROSE
Jadis — sous quel grand roi? point ne l'ai retenu. En quel siècle? routeur ne le sait davantage, — Vivait, en quelque endroit que je n'ai point connu. Un tendron fort joli, fort pauvret et fort si
Son teint? Ne sais. >nns doute un beau teint éclatant. Son nom? Ne sais. Sans doute Albine, Luce ou Flore. Mais ce que je sais bien, c'est qu'elle embaumait tant. Ob! tant, qu'à son entmir les fleurs n'osaient éclure.
Mais ce que je sais Lien, c'est qu'elle éblouissait, Et que, pour la créer, n'ayant d'autre amalgame. Dieu dut fondre un soleil dans son large creuset Et le couler, splendide, en un moule de femme.
Et puis je sais encor les choses que voici :
Qu'un jour, le Roi passant au milieu d'un
Elle le vit: l'aima, quoiqu'humble et pauvre ainsi :
Que lui ne l'aima point, las! et qu'elle en est morte.
mps, très-longtemps après, sur son tombeau. Au milieu de l'ortie et de la mandragore, On vit surgir du sol, comme un divin flambeau, lue fleur oui semblait faite avec de l'aurore:
Une ûeur merveilleuse à royale couleur, Pleine d'éclats de joue et de lueurs étrane Une grande, une belle, une suave fleur
Une fleur qui semblait une vogue chair d'anges!
Et cette fleur, un soir, dit aux fleurs d'alentour : « Fleurs, êtes-vous les fleurs sur le Roi mort germ Et les fleurs dirent : « Non! » Et toutes à leur tour Saluèrent leur sœur aux nuances aimées.
C'était un soir très-doux où tout s'émerveillait,
Où des insectes d'or bourdonnaient sur des menthes,
Où la rosée au fond des calices brillait
Comme des pleurs d'amour en des yeux clairs d'amante*
Oh! la Fleur palpita sons le tiède soleil, Avec des gonflements de vieux cœur qui se brise : Puis, s'env'jlant du sol comme un oiseau vermeil, S'en alla, haletante et rouge, dans la brise.
Elle vola, vola, sur les gazon- fleuri-.
Elle vit un lis pâle à corolle neigeuse :
a Lis, n'est-ce point sur feu le Roi que tu t'ouvris?
— Non! » répondit le lis à la fleur voyageuse.