HT LA MORT
Elle vola sur des cyprès, sur des bouleaux,
Elle vit un œillet à corolle éclatante :
a Œillet, es-tu l'œillet sur mon amant éclos?
— Non! » répondit l'œillet à In fleur palpitante.
Kilo vola, toujours, infatigablement,
Vit des fleurs de tout genre et de toute contrée :
< Fleurs, avez-vous fleuri sur le Roi mon amant ï b Et les fleurs dirent : « Non! » à la fleur éploréè.
Alors, lasse el flétrie, elle se laissa choir.
L'Occident était rouge, et. par vagues cohorte Silencieusement, dans la splendeur du soir, -'envolaient vers les cieux des aines de fleurs mort
Et la grande Fleur dit : a Partez. 6 mes parfum-! Partez, peuplez l'espace harmonieux d'arômes! Métamorphosez-TOUSj Ô mes esprits défunts : Fleurs, redevenez fleurs! atomes, des atomes!
a Mais où qpie vous alliez, quoi que vous deveniez, Quelles que soient demain vos couleurs et vos formes, Et quelque soit le nom de vos êtres dern Emportés dans la vie aux tourbillons énorme
s Ohl toujours, oui. toujours! cherchez avec douleur La plante ou le parfum, raine ou le eorpuseule Du Roi que j'aimai?, femme: et que j "aime encor, tleui Et que j'aimerai, souffle, arôme et moiéeul
Soudain, du fond de l'ombre, une voix retentit : a Renonce à ton amour, fleur tendre et purpurin.-: La mort répare tout. Oui fut grand est petit : Elle t'a faite Fleur : elle m'a fait Epine :
« 0 mon Roi! dit la Fleur en sanglotant d'émoi, Que vous soyez Epine ou Lis. moi je vous ain I Et, vers l'arbuste abject qui poussait sur le Roi, Elle voulut bondir dans un effort suprême.
Mais le joui1 était mort. Rien ne remuait plus. Le ciel morne éteignait ses rougeurs de cratère Et la Fleur expirante aux pétales perclus Ne put joindre l'Epine et resta sur la terre.
Alors, superbement, Dieu qui, silencieux. Allumait au zénith les étoiles sereines, Dans un nuage d'or se Laissa choir des deux. Et ramassa la Fleur dans ses mains souveraines.
Puis, la posant, émue, entre les dards charmé-. Gravement, d"une voix formidable et très-douce
Comme un long hurlement de simoun- enflammés Et comme une chanson de ruisseaux dans la mousse .
Dieu dit : ■ Fleur, sainte Fleur, aimante Fleur, r Revis sur ton amant, revis sur ses épines! Greffe-toi sur son être, et. sous mes yeux ravis, Fais éclore ta joie en floraisons divin...- :
« Sois l'orgueil des jardin-, la parure des bois, Que, devant toi. les fleurs pâlissent, éclipsée
Et que les amoureux te prennent dan- leurs doigts, Quand ils n'oseront plus se dire leurs pensé»
a Que tous mes papillons te fassent des rondeaux! Que tous mes rossignols te consacrent leurs lyres! Que ce qui brille ou chante au ciel ou sur les eaux. Que mes aubes, que mes printemps, que mes zéphyre*
« Que mon soleil joyeux, que mon azur aimant Te fassent en ce monde une incessante fête, Et que ta vue, ô Fleur, fasse éternellement Rêver la jeune fille et chanter le poèl
Il dit; et vers les cieux, superbe, il s'envola, En criblant d'astres d'or le firmament morose. Et l'Homme, s'éveillant après cette nuit là, Sur le premier Rosier, vit la première R