‹ La vie & la mortChapitre 18 sur 43 · SENSATION D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

SENSATION D'ÉTÉ

Des seins, des seins, encor des seins, partout des seins! Desseins ronds, des seins lourds, d'énormes seins de femme. Pendus au haut des corps comme de gros raisins Dont la pulpe charnue et savoureuse affame 1

Des seins! à l'infini, des seins ! des seins mouvants! Un grand moutonnement de seins drus qui m'effare, Un océan de seins dont les flots énervants Se brisent sur mon torse ainsi que sur un phare!

Des seins ! oh : je ne vois que des seins, que des seins! J'en vois partout, j'en sens partout, j'en prends, j'en tâte Tout en est : les gazons en semblent des coussins, Et l'air blond que je bois en semble être une pâte.

Et j'en ai plein mon cou, mes narines, mes yeux : Et tout ce que j'entends de chanson- sans pareilles Me vient, non des oiseaux qui chantent dans les H eux. Mais de deux seins rosés entrant dan- mes oreille-. '

Je marche dan- des seins : Quand le soleil paraît,

Je crois voir ruisseler sur moi des seins en tranches. Et je suis comme un arbre immense qui verrait S'ouvrir au lieu de fleurs de grands sein- sur se- branches

Tout esl seins : il eu passe, en l'azur, en l'air chaud. On en trouve des bouts dans les fleurs purpurine-. Et tous ces mamelons nuageux sont, là-haut.

. mds -<-;n- déformés, ô dieux, sous vos poitrines.

Tout est seins: le soleil est un sein enflammé, La terre est un sein rond aplati sur ses pôles. Et cette bonne vie où je nage, pâmé, Doit être un sein géant fondant sur mes épaules.

Vivent les seins ! les seins sont seuls grands, seuls sacré- : Bouches, fronts, lèvres. yeux, tout ment, tout est infâme! Tout e-t l'œuvre infernal des démons conuu Dieu n'a fait que les seins dans le corps de la femme :

0 seins, lumineux seins, béatifiques seins, 0 rougeurs de ceri-e. ù blancheurs de carrares. O vous qui dans nos flancs ébranlez des tocsins. 0 vou< qui dan- nos chairs éveillez des fanfares,

Vous qui faites surgir des astres dan- nos yeux, Vous qui faite-, parfois, trouver douce la vie, 0 seins, soyez loués! et, sou- l'azur joyeux. Qu'en chœur tout vous exalte et tout vous glorifie

Et que pour vous, ô seins, dévotieusement,

Je délaisse les bois, les nids, les cieux, le- ros S'éteignent les soleils au fond du firmament, Si brillent deux seins nus devant mes yeux moi

Et soit hué mon nom. et soient mes vers maudits,

Et me le corps, et me sanglote l'âme,

Que je tombe en enfev : j'aurai le paradis

S'il me reste deux seins pour mes lèvres de flamme.

die mon cerveau sous mon crâne enchanté, Et qu'à la fin je meure, inconnu, pauvre et blême. Pourvu que mon front las dorme l'éternité Entre les seins bénis d'une femme qui m'aime.

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