COMMENT
Comment je la voudrais ? Je ne sais point. Pourtant. Je me souviens de clairs lever? d'aubes rieuses, Au bord d'un horizon si pur et si chantant Que mes yeux s'emplissaient de larmes glorieuses!
Et puis, je me souviens de blonds soirs de chez nous. Oj si rose était l'air, si tiède le zéphyre Qu'on eût voulu tomber dans les champs, à genoux, Et lever ses deux mains vers le ciel, sans rien dire.
Et c'est pourquoi, tenez, je crois l'apprendre ici Faite de crépuscule incarnat et d'aurore, Couleur de matin tendre et de soir adouci. Et couleur de couleurs plus fugaces encore...
Iiair, oh! oui. sa chair, je la voudrais ainsi!
Comment je la voudrais? Je ne sais trop. De'. Je suis resté parfois, le dos blanchi de lune. Pour sentir s'épancher lentement sur mon eo urne lénitif et doux delà nuit brune.
Etoiles : yeux du ciel, ouverts sur nos tourments! A -très, ver- qui dos bras se dressent, extatiques, Oh! vous montrer mon cœur et ses déchirements! Oh ! fondre en pleurs d'amour sous vos regards mystiques!
Et c'est pourquoi, tenez, je le découvre ici : Faits de lune et de nuit, faits de baume et de flamme, Et si bons, et si doux, et si tendres, et si Miséricordieux qu'ils me dissoudraient l'âme...
Ses yeux, oh! oui. ses yeux, je les voudrais ainsi!
Comment je la voudrais ? Le sais-je bien? Le soir, Oh! oui, souvent, le soir, quand des mains inconnues, Comme des mains de pape élevant l'ostensoir. Promènent un soleil de pourpre par les nues,
J'aime entendre des voix de rossignols siffleurs Me dire— oh! bonnes voix menteuses qu'il faut croire ! — Que mes jours, autrefois tout ténèbres et pleurs. Seront dorénavant tout sourires et gloire 1
Et c'est pourquoi, tenez, je m'en convaincs ici : Faite de chants d'oiseaux et de brise qui glose, Et puis mentant si bien que mon cœur endurci. En Eoyant. puisse croire encore à quelque chose.
Sa voix, ob ! oui, sa voix, je la voudrais ainsi!
Puis, ce que je voudrais 7 Tenez : rien : Seulement. Qu'elle fût belle, et grande, et forte ! et que sa gorge, Montueuse el charnue, impétueusement Haletât sou- mon corps comme un soufflet de forge!
Et qu'en ses bras vibrants on m'entende hurler! Et que. -entant surgir des soleils dans mes moelles. Mon être gonfle, gonfle, et puis, las de gonfler, Se dissolve en lumière et s'écroule en étoiles!
Mais, si point n'en mourais, las : moi qui sais ici Combien les lendemains d'amour torturent l'âme... Qu'en un spasme éperdu, sans remords, sans merci. Elle me transperçât le cœur d'un coup de lame!...
Oui, peut-être, après tout, je la voudrais ainsi !