‹ La vie & la mortChapitre 21 sur 43 · SYLPHIDE · texte numérisé non relu

SYLPHIDE

Bossue. Oui-da! puis maigre et toute chétivette. Membres petit s, yeux grands, grands comme deuxmiroir: Oh ! la pauvre ! Vraiment elle dut être faite Un jour où Dieu n'avait que des fonds de tiroirs.

On l'appelait Sylphide. « Eh! pourquoi n'es-tu droite Comme une autre ? » disaient les gars et les badauds. On voit des grains gonfler leur gousse trop étroite : Moi, je crois que son cœur gonflait ainsi son dos.

Elle avait dix-huit ans — l'âge des épousées ! —

Oui — L'an dernier, un soir de juin, plein de chanson?

Où la brise disait des choses très osées,

Elle pleura beaucoup sous un nid de pinsons.

Mais pourquoi regarder les nids et les fleurettes [ue l'on esl bossue? Ah : écoutez pourtant : Sous un acacia tout panache- d'aigrettes Blanches, et tout charmé dV»iseaux. et tout chantant,

it prospère, et dont les hranches paternelles lux promeneurs qui payaient au-des-ou>.

le l'ombre, des parfums, de? fleurs, des ritournelle-. tme un vieillard qui jette aux mendiants des sous.

Un jour — un jour de joie, et d'orgueil, et de fête ! Un gar? lui prit le- puis la regarda.

rai. grands dieux! Elle, la chétivetl • Eut aussi du bonheur, une seconde. Oui-da !

Tenez, Dieu fit très Lien delà créer bossue ! Comme ce bonheur-là fut doux, fut savoureux ! — La joie après la joie est chose inaperçue : Il faut beaucoup souffrir pour beaucoup être heureux

Le gars n'y pensa plus : c'était un badinage Qu'importe ? Elle en garda le souvenir chéri, Et, chaque jour d'été, fit un pèlerinage Sous cet acacia chantant, joyeux, fleuri.

Oh! si chantant ! partout, voix d'oiseaux et risées

Oh! si joyeux! partout, ailerons palpitant !

Oh ! si fleuri ! partout, cascades ou fusées

De fleurs ! Oh ! si fleuri, si joyeux, si chantanl :

Et l'arbre lui lit fête ! Oui! Les bonnes ramure-. Voyez-vous, sont les bras de nos amis défunts : Bras métamorphosés, bras emplis de murmures. Et qui, pour nous bénir, nous jettent des parfums.

Oh ! le bon cœur, oh ! les bons bras, oh! la bonne ombre Qu'avait l'acacia ! Ses rameaux chevelus Jetaient, toujours jetaient des fleurs, des fleurs sans nombre. Puis, se courbant, semblaient esquisser des saints.

Et Sylphide, parfois, en sortait toute blanche. Tout éblouie, avec des pleurs silencieux !... Alors, l'arbre lâchait ses fleurs, en avalanche, Et quelque blanc pétale essuyait ses deux yeux.

Oh ! l'aima-t-elle:... Et puis, toutes ces feuilles, dame Avaient vu son bonheur ! Et. pour l'enorgueillir,

fleurs, tout comme par des doigts de belle dan Par ses doigts de bossue, oui. se laissaient cueillir!

Oh ! bon acacia ! Va ! si tes dards moroses >ont l'expiation d'un péché véniel.

Tu renaîtras rosier, rosier sans dards, tout i Car pour toi la bossue a bien prié le ciel.

Mais vint l'hiver, l'hiver barbare, impitoyable. Le Trône doit avoir, là-haut, deux prétendants : L'été, c'est Dieu qui règne, et, l'hiver, c'est le Diable. L'acacia jaunit sous les souffles mordants.

Ah ! oui ?... personne alors n'aimera plus Sylphide? Un jour, un jour d'octobre, elle le vit tout roux ! Grands dieux 1... et dépouillé dafleurr.l et d'oiseaux, vide!

Bonsoir, chansons ! bonsoir, musiques et froufrous !

Bonsoir !... — Toujours, toujours, sèches, grises, flétries. Les feuilles s'écroulaient de l'arbre jadis vert. Oh ! Sylphide leva vers Dieu ses mains maigries !... Mais vous savez que Dieu n'est pas là-haut, l'hiver.

Bien ! Elle regarda cette chose effroyable ! Et. comme si l'amour de l'arbrisseau béni L'avait faite arbre un peu. sa face pitoyable,

Comme l'acacia, sous les vents a jauni.

Oui-da : — L'autre matin, jour de bise perfide. Elle est morte, humblement, -ans regret, sans douleur. Oh ! ne la plaignez pas : au mois d'avril, Sylphide Renaîtra, toute droite, et toute belle : fleur !

nne assurément n'a pleuré sur sa bière. Mais quand le noir convoi passa sous l'arbre en deuil. L'acacia jeta sa feuille — la dernière — Gomme un grand pleur muet sur le petit cercueil.

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