‹ La vie & la mortChapitre 20 sur 43 · VERTIGE · texte numérisé non relu

VERTIGE

Oh! tes yeux, tes chers yeux, tes lx,ns yeux que -j'adore! Tes yeux pleins de soleil, tes grands yeux arrondis ! Moi, j'ai tes yeux. Holàî qui veut ma part d'aurore? Moi. j'ai tes yeux. Qui veut ma part de paradis?

Ta chair, ta blonde chair, ta sainte chair, ô femme : Oh! ta chair qu'éperdu j'inonde de mes pleur.-: Ta chair qui fait trouver l'odeur des lis infâme! Moi, j'ai ta chair. Holà! qui veut ma part de fleurs?

Moi, je t'ai! Moi. je t'ai! Mais cela terrifie! Oh! qu'on prenne ma part d'azur et de clarté. Et d'astre?, et de joie, et d'espoir, et de vie! Oh! qu'on me prenne tout enfin puisque je t'ai !

Je t'ai! Sachez cela, soleil, zéphyr, nuées! Je t'ai! J'ai le vertige! Oh! qui me donnera Une voix plus puissante, ô vent, que tes huées, Plus puissante que ton simoun, ô Sahara?

Oh! qui me donnera la voix de vos trompeU Anges du Jugement ? Oh ! qui me donnera Un souffle plus fougueux qu'un souffle de leur 'les Pour faire entendre à tout ce qui vit et vivra,

Pour faire entendreaux dieux. pour faire entendre au vide, Au vide inabordable, au vide inhabité.

•■ri qui s'en va de ma bouche livide, Ce grand cri de triomphe et de gloire : je t'ai !

Car je veux, mon amour, que tu sois proclamée Par delà le nadir, par delà le zénith. Par delà le néant, par delà l'innommée Etendue où jamais chant d'amour n'atteignit!

Car je veux, mon amour, que l'avenir retienne Ceci : que tu m'aimas : car je veux, vois-tu bien, Qu'il ne reste ici-bas qu'une gloire : la tienne!

Qu'il ne reste ici-bas qu'un seul culte : le tien!

Car je veux, mon amour, je veux qu'on se souvienne Que je fus plus proscrit que nul galérien ; Et qu'une seule main pressa ma main : la tienne ! Et qu'un seul cœur comprit mon triste cœur : le tien!

Car je veux, car je veux t'érigcr un grand temple, Un grand piédestal d'or, un grand socle immortel, Où l'œil émerveillé des siècles te contemple Comme un moine contemple un Christ sur son autel.

Oh! je t'érigerai. temple aux fières murailles! i h! je t'érigerai, temple resplendissant ! Dussé-je, pour granit, y tailler mes entrailles, Dussé-je, pour mortier, y pétrir tout mon sang!

Et je te remplirai d'éternelle harmonie!

Et mes vers comme un orgue immense y chanteront!

Car je te lâcherai, farouche et fier génie

Dont je sens s'éployer les ailes dans mon front!

Oh! dût ce grand départ faire des catastrophes, Dût mon cerveau jaillir jusqu'aux cieux affolés, Partez, chants! partez, vers! partez, toutes mes strophes! 0 colombes d'amour, allez, allez, allez !

Allez ! essorez-vous enfin de ma cervelle ! Allez ! moi j'éclatais, plein de ros trilles fous Le génie est peut-être un crâne qui se fêle : 0 colombes d'amour, allez ! e^sorez-v

Allez, faites liesse, oiseaux! faites tapï

Quand ma bouche rendrait mes poumons écroulés,

Quand mon cœur tomberait, saignant, sur cette page, N'importe, oiseaux d'amour! Allez toujours, allez!

Allez loin, large, haut, plus haut que la prière! Enlevez-moi, hagard et fou. parles cheveux! Et que j'aille hennir d'amour dans la lumière, Comme un grand centaure ivre éclabousse de feux

Femme, j'ai dit aux cieux souriants : Anathème! Femme, j'ai dit à l'homme, à Dieu : Soyez maudit ? Eh bien, je bénis Dieu, je bénis tout : Je t'aime ! Et je crois au soleil puisque tu resplendis !

Femme, pour célébrer le bon Dieu qui l'a faite.

Je voudrais, dans le ciel, en ver- extasié-.

Lui dire à jamais : Gloire! » et chanter, Laine en fête,

Gomme un grand astre-luth tournoyant sous >es pied-.

Femme, oh: je tremble! femme, oh: j"ai peur de la vie!

. je sens sur mon corps, comme sur un fétu, Passer un tourbillon d'amour qui stupéfie, Et je roule, et je râle, et je pleure, vois-tu!

Et je voudrais... Quoi donc?... Oh! d'un vol d'aigle avide, l'emporter par des ciels aux géantes ampleurs, Baiser ton petit doigt rayonnant dans le vide. Et puis me fondre en joie ou me dissoudre en pleurs '.

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