‹ La vie & la mortChapitre 25 sur 43 · L'AMOUR DES YEUX · texte numérisé non relu

L'AMOUR DES YEUX

Où, quand, comment, pourquoi cette histoire? Qu'importe! Donc, un homme, une femme. Elle belle, lui beau. Face à face, à trois pas. Dans le fond, une porte Près de laquelle un pâle et solennel flambeau.

Ils étaient là, muet>. immobiles et hàve>.

Ils se considéraient, hagards, extasiés,

Avec de grands yeux ronds, avec de grands yeux graves

Flamboyant dans leur tète ainsi que des brasiers.

Or c'était la façon dont cet homme très sage Adorait cette femme : il l'aimait par les yeux. Il ignorait son nom. sa Voix, sa chair, son âge Il l'ignorait, entière, afin de l'aimer mieux.

Et. tous les soir-, ainsi, voluptueux, farouches. Haletants de bonheur, a trois pas, ils s'aimaient : Et des baves d'amour écumaient dan- leurs bouches Et des astres de joie en leurs ^mes germaient.

Ce soir, l'homme darda ses yeux insatiables. Il les sentait plus gros, plus virils, plus brûlants, Et la femme trembla sous leurs jets effroyabl Comme si des soleils lui traversaient les flancs.

Pour l'idéaliser, il avait, autour d'elle. Allumé de l'encens et des bois de santal; Et son im ie outrait dans sa prunelle

Comme une vision de rêve oriental.

Les yeux, les larges yeux de l'homme palpitèrent : Il sembla s'agrandir, par l'extase tendu, Et véhémentement des livrâmes éclatèrent Sou- les vieilles parois de son crâne éperdu :

« Amour des yeux, amour seul grand et seul durable, Amour des séraphins sans corps pour s'approcher. Amour qu'ont, dans les cieux. la cohorte innombrable Des étoiles, s'aimant sans jamais se toucher.

« Oh! je te dois, disaient ses yeux fous, des délices, Mes transports les plus doux, me* frissons les plus chers Moi qui n'ai recueilli que larmes et supplices

Dans l'amour trivial et primitif des chairs!

« Ouvre, ouvre-moi tes yeux, ô femme, ouvre te dis-je Regardons-nous ainsi, longtemps, encor, toujours, Jusqu'à ce que nos yeux, dans un vol de vertige, S'élancent, l'un vers l'autre, ainsi que des vautours.

« Regardons-nous de loin, sans contacts, sans paroli En sentant l'incendie éclore dans nos fronts : Regardons-nous jusqu'à ce que nos tètes folles Comme deux lourds boulets éclatent sur nos troncs!

9 Oh! je sen^ par mes yeux fuir tout mon être vague Oh! je sens par mes yeux tout s'engouffrer en toi, Je plane en toi, je chante en toi, j'y vais, j'y vague Comme un grand aigle entré dans un palais de roi!

a Me sens-tu dans ton cœur? Me sens-tu sur tes lèvres ? Oh ! moi je te sens toute en mon être joyeux! Et je crois que c'est moi qui tremble dan> tes fièvres, Et je crois que c'est toi qui pleures dans mes yeux !..

Mais soudain il frémit. Oubliant la consigne. Apparut un valet, qui. confus, salua.

La Femme regarda cet étranger... « Indigne! a Rugit l'homme. Et. ^autant sur elle, il la tua.

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