‹ La vie & la mortChapitre 26 sur 43 · DIVAGATIONS · texte numérisé non relu

DIVAGATIONS

Oui ; nous sommes heureux, très heureux, te dis-je ! Oui. Vois : le heau soir, le beau soleil, les beaux feuillages! Je divague, ivre d'air, ivre d'aise, ébloui; Et je vais dire, oh ! dire un tas d'enfantillages !

Oh! tes deux seins tout nus! oh! ton corps affamant! Oh! comme un loup guettant une brebis laineuse, Me ruer sur ta croupe et, sensuellement, Manger toute ta chair vibrante et lumineuse!

Je suis heureux! J'ai soif. Oh: comme au bord d'un puits, Me pencher sur ta bouche et boire à gorge pleine! Dieu, pour créer Les fleurs, prit des herbes, et puis Il rit passer dessus, ô femmes, votre haleine.

Oh! mais je suis heureux, heureux à faire peur! Voudrais-tu point parfois être montagne? Écoute Un homme c'est petit, c'est un flacon trompeur Qui ne peut contenir du bonheur qu'une goutte!

Moi. j'éclate. Vois-tu ces peupliers grisons Élancés vers le ciel et dont les feuilles crient? Dirait-on point des bras qui font des oraisons? Dirait-on point, amour, que c'est pour nous qu'ils prient?

Et ces éplorements des saules sur les eaux? Pourquoi vous tordez-vous, ô chevelures grises? Femme, sais-tu pourquoi sanglotent les roseaux, Et les ondes, et 1er- ramures, et les brises?

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Et pourquoi tout es. pâle? et pourquoi le ciel mit Toujours près d'un bonheur une tristesse infâme? Pourquoi tout est heureux et pourquoi tout gémit? Et pourquoi nous pleurons tous deux? le sais-tu. femme?

Moi, c'est que je m'écroule en joie, oh ! c'est bien vrai ! Tiens, je crois que le vent m'effeuille comme un orme. Et que je vais, bruyant, multiple, démembre, Emplir, emplir de moi le firmament énorme !

Et que je m'éparpille aux quatre coins des cieux! Et que la terre entière a jailli de mes moelles! Et que mes yeux ardents, embrases par tes yeux. Faisant explosion, vont peupler l'air d'étoiles!

Je t'assure! je suis très heureux! N'es-tu pas Belle? Ne suis-je point jeune? Dieu uous assiste! Que nous faut-il de plus! Cet arbre blond, là-bas, Pense-t-il seulement qu'un bûcheron existe?

Vive, vive la joie! Aimons-nous 1 Gorgeons-nousl

Tes lèvres ont bon goût: foin des choses acerbes!

Je divague, te dis-je! et je tombe à genoux:

Et je bénis les bois, les eaux, les deux, les herbes 1

Penses-tuque ce chêne y voie? Oui, n'est-ce point? Bien. Chêne, tu diras aux fleurs, aux vents, aux nues. Aux maestros ailés qui font du contre-point Soir et matin, parmi tes feuillaisons chenues.

Aux esprits de l'azur, aux gueux des grands chemins Oui pourront s*endormir sous ton ombre, par groupes, A ceux dont tes copeaux pourront chauffer les mains, A ceux dont tes rameaux pourront fouailler les croupes.

Toujours, chêne, toujours, oh! tu proclameras

Mon bonheur écrasant, mon bonheur incroyable 1

Et. toujours, chêne allier, tu diras... lu dû . .

Que v Lis rien 1 chêne '. chêne effroyable !

Oh! ehène abominé que le démon pela!.,. Vois, vois son bois hideux sous Fécorce entamée ! Les cercueils sont-ils point de cette couleur-là ? De cette couleur-là, vois-tu, ma bien-aiinée ?

Oh! ses planches, un jour, te tiendront-elles point, Comme à présent mes bras ? dis, dis ! quoique tu veuilles? — Horreur! oh! bouche-moi l'oreille avec ton poing : J'entends des Libéra qui passent dans ces feuilles!

Oh! je suis malheureux!... Oh ! si vous le savez.

Morts, morts! est-il vraiment des dieux quelque part, dites?

Afin que nous allions, troupeau de réprouvés,

Cracher en rugissant à leurs faces maudites!

Quoi? faire des vivants? faire des amoureux? Rage! et les attacher d'un lien incassable? Et puis, hideusement, mettre la mort entre eux. Comme un mur noir à tout jamais infranchissable?

À tout jamais? à tout jamais? à tout jamais?... Entendez-vous : a tout jamais, âmes aimant. Quoi? ne pas s'envoler à deux, vers les sommets? Ou ne pas faire, à deux, épanouir des menthes ?

Séparés? pour toujours? Abominations i

Séparés? oubliés?... Non. non! je le proclame Par mon cœur trop gonflé qui se met en haillons. Et par tout ce que j'ai de cratères dans l'âme!

Et par ce ciel qui peut me broyer si je meu- ! Et par ton petit doigt que je baise, ô ma Reine! Prêtres, savants, docteurs, trêve aux raisonnements ! Car nul de vous n'a vu la vérité sereine.

La vérité, mortels? Oyez! je vous la dis : On ressuscite, on vit dans la joie embaumée, .'extase, toujours] Mais, dans le paradis.

I l'on voit. Non! C'est 1 1 Femmeaiinée.

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