REVE
J e sens.. . quoi donc ? Je sens comme un grand astre chaud, Un astre qui m'aborde, un astre qui m'embrasse. Et, sous lui, je me vois devenir large et haut, Et j'enfle comme un fruit que le soleil harasse.
Je sens... quoi donc? Je sens, dans un vaste frisson. Que j'acquiers lentement des ampleurs inconnues; Et que mon bras énorme enserre lTiorizon ; Et que mon front vainqueur rayonne dans les nues.
Je sens... quoi donc? Je sens que mon corps véhément Absorbe d'autres corps en sa géante enflure; Que la terre devient ma chair, et, vaguement, Que les arbres des bois forment ma chevelure!
Et que je m'assimile, en passant, des rochers; Et que mon cœur s'adjoint pour veines les rivières; Et que, plaine infinie où pointent des clochers, Mon derme monstrueux se fleurit de bruyères!
El que tous les condors, que tous les alcyons,
Dans mon cerveau qui chante, ouvrent leurs ailes grises!
Et que mon œil absorbe au ciel tous les rayon-!
El que mon souffle absorbe en l'air toutes les bri-
Hosanna! je grandis! le tonnerre est ma voix ; L'aurore, mon espoir; l'ouragan, mon alarme: Et je me ressouviens que j'ai lait autrefois Le printemps d'un sourire et la mer d'une larme !
Hosanna! je grandis! je suis un globe ardent; Ma vie est faite avec des milliards de vies, Et, gigantesque et lourd, je trône, en regardant Tourner autour de moi les lunes asservies !
Hosanna! je grandis! je grandis! et j'ai faim! Et j'engloutis des vols d'étoiles minuscules: Et je deviens un corps immense, un corps sans fin, Un corps dont les soleils forment les molécules !
Et ma pensée altière est un brasier de feux ; Et mon souffle est la loi qui fait tourner les mondes ; Et, de mon front auguste, éblouissants cheveux, Partent pompeusement des jets d'étoiles blondes!
Hosanna! Hosanna! je suis grand et béni ! Je sens en moi tout naître, et mourir, et renaître! Je peuple tout le ciel, je peuple l'infini! Je suis Seul, je suis Tout, je suis Dieu, je suis l'Être!
Mais, soudain, je sens... quoi? dans l'espace houleux, Deux mains de feu, deux mains larges, plates, immondes. Deux vastes mains pesant de leurs doigts fabuleux Sur tout mon corps,sur tout mon ciel,sur tous mes mondes!
Et je sens... oh! Quoi donc? Que mon être se fond, Rapetisse, décroît sous les deux mains de flamme Et qu'à grands coups de poing ces deux mains-là me font Rentrer de lourds monceaux d'astres brisés dans l'âme!
Et je deviens petit, de plus en plus petit! Et je hurle, et je sens la paume Impitoyable Des mains qui me triture et qui s'appesantit, Pétrissant dans mon corps l'univers etfroyable !