BOHÉMIENNE
Ne les aimez-vous point ces femmes d'Italie, De Corse, de Bohème, ou l'on ne sait trop d'où, Dont l'oeil a des clartés suaves d'embellie, Et la gorge, des tons roussâtres d'amadou ?
N "aimez-vous point surtout leurs loques mirifique Leurs rouges cotillons, leur- caracos,
Qui l'ont peur aux chevaux de fiacre pacifiqui
Croyant voir amhuler de grands coquelicots ?
5fl LA VIE ET LA MORT
J'en vis une, un matin de froidure mortelle ; Elle était mendiante, elle avait des yeux creux ; Elle avait huit, ou neuf, ou dix ans, croyait-elle : On n'aime pas compter quand on est malheureux,
Elle pleurait. De faim ? De froid?... La mendiante N'était pas curieuse et peu s'en tracassait. Et près d'elle, la foule allait, venait, bruyante, Sans amertume au cœur et sans trouble au gousset.
On lui jeta deux sous. Elle sourit, heureuse. Décidément, c'était de faim !... Elle acheta Un pain tout frais, tout chaud, à croûte savoureuse. Un pain qui dans 3es doigts engourdis craqueta.
C'était au Luxembourg. Toutes les promenades Étaient blanches de neige. Au lointain, des buissons, Vagues pâtés, avaient de vague.- cassonades Dont la bise en soufflant mâchonnait des tronçons.
•L'enfant entra, joyeuse. Avec- -es mains rougeaudes.
Elle voulut casser sa croûte ; or, il advint
Qu'elle laissa tomber deux miettes toutes chaudes.
Et qu'un moineau, puis deux, puis trois, puis dix. puis vingt.
Puis cent, puis tout le tas des pillards redoutables Arrivèrent, traînant de l'aile, zézayant. Ouvrant des yeux navrés et des becs lamentables En braillant des pater confus de mendiant.
Oh 1 les pauvrets ! a Cuic ! cuic ! — Oyez, les bonne âmes ! Cuic, cuic ! nous sommes, nous, les victimes des vents ! Nous sommes mariés — cuic ! cuic! — et nous laissâmes Au nid nous ne savons plus trop combien d'enfants ! »
Oh! les pauvrets ! Autour de la bohémienne, Ainsi douillets, frileux, ils marmottaient en chœur Je ne sais quelle étrange et plaintive antienne Qui vous troublait l'oreille et vous sonnait au cœur!
Et Tentant leur donna des miettes : « Voilà, frère- : Oh ! comme on se jetait dessus ! Comme on bâfrait En allongeant le col ! Oh ! les doux téméraires Qui prenaient dans les doigts le pain qu'on leur offrait !
« Voila. fri 'était si doux, si beau, si tendre
A voir ces nourrissons vous entourant ainsi ! Et puis c util et c'est si bon d'entendre
Quelqu'un— même un oiseau— vous dire : « Guic!»Merci!
Il en venait d'an peu partout : 5, des frèl s,
, des roux, oh! les chers détrousseurs
raient des tons hu tourterell
D'autres, des tons cassants et ii. rs d< urs :
Frou ! frou ! frou! Chaque miette en attirait des Landes.
Du Sud, du Nord, d'Alger ou de Samt-Pétersboure
«. Guic : bonjour! cuic : holà : donnez-D ades .
i t a u pain qu'on i oange au Luxembo
Et la bohémienne aux jupon- écartâtes,
Au foulard jaune, aux chairs hâves, aux yeux vitreux.
Et dont le froid faisait saigner les omoplates,
Et dont la faim faisait crier l'estomac creux.
Jeta, jeta son pain, tout son bon pain, par miettes ! o Voilà ! mangez, pierrots que l'hiver harcela '. Mangez, les gueux de l'air! mangez, les pique-assiettes Et les bohémiens du ciel ! mangez, voila :
Elle les regardait, émue et radieuse.
N'ayant plus faim, plus froid, oh! non! certainement !
Et très-fine, très-drue et très-silencieuse,
La blanche neiere ouatait la terre, lentement.
Elle tombait, tombait, de l'espace livide : Elle tombait, tombait, comme si. blancs et doux, Tous les anges du ciel étaient morts dans le vide En jetant le duvet de leurs ailes sur nous.
- Ldain les oiseaux partirent. Adieu, frères
in était fini. L'enfant jeta les yeux Au loin : rien : en haut : rien ! Froid-. m
eux font mal à voir, cela n'esl plus les cieux.
Et la bohémienne, alors, eut de? vertige-...
Elle vit. vaguement, du soleil, d irais,
ux entre de jeunes ti Et de nouveaux avrils sut de neuves foré
Elle voulut marcher, m 5 ses Fléchirent ; elle chut, inerte, au premiei Et la neige boucha ses orbites grandi Un moineau vint, mais il ne la regarda |