‹ La vie & la mortChapitre 7 sur 43 · INFINI · texte numérisé non relu

INFINI

Or, ce jour-là, quittant enfin l'huis de ses pères, Une fourmi sortit. Elle vit des repaires Etranges, de grands bois étranges, de grands cieux Etranges ! Tout était étrange pour ses yeux.

C'était une fourmi jeune : une adolescente.

Donc, elle s'engagea dans une longue sente,

Et là, marcha, marcha, marcha, toujours marcha,

Vit des plaines a n'eu plus finir, chevaucha

Par mont-, par vaux, par lieux pleins de choses superbes ;

Vit ces s qu'on nomme des brins d'herbes.

Et des canaux, et des tunnels, et des cil

Et des ponts au-des nttes d'eau je

Et des foules où l'un contre l'autre on trébuche.

Et des Paris entiers construits sur une bûche.

Puis, plus l.:>in. tout a coup, en débouchant d'un val.

L'océan : l'océan dans un pied de cheval !

0 spectacle sublime !... Et loin, plus loin encore.

monts Himalaya : les cailloux, que décore, Comme un bois de sapins, la mousse aux rameaux :. Et, là-dessus, altiers. se voyaient des manoirs De pucerons, des forts aux lugubres silences.

- créneaux par où des taons montraient leurs lances. Et. tout en bas. étaient des quai-, des dock- grouillants Plein - mds tonneaux que l'on nomme les glands.

Et. tout y. l'horizon, au pied de camomil] Ces longs chemins de fer qu'on nomme 1er- chenille-.

Loi-. &tasia dame Fourn i.

« Holà !

Dit-elle à des vieillards-fourmis qu'elle héla : Ce caillou, n'est-ce pas, est bien le bout du monôj

Et les vieilles fourmis lui dirent, à la ronde :

a Non, moi j'ai vu plus loin un mont dix fois plus grand !

— Et moi j'ai vu. le jour dernier, en parcourant

Un bout de planche, un pont d'une bien autre taille! On le nomme, en patois du pays : brin de paille!

— Moi, j'ai vu tant d'endroits, que mon front en pâlit !

— Moi, j'ai vu ce géant des bois : un pissenlit !

— Moi, cet aérostat que l'on nomme une plume !

— Moi, j'ai lu. de mes yeux lu. dans un grand volume En feuilles de persil, qu'on vit passer, vers l'an

Cinq cent mille, un nuage et si noir et si lent, Qu'il fit la nuit sur nous, dix ans. ainsi qu'un dôme ! « Crapaud » était son nom. rapporte un astronome ! »

Et le chœur des vieillards, alors, se prosterna.

b Dieu, que votre œuvre est grand! Hosanna ! hosarma : n S'écria la fourmi, le cœur plein de mystère.

Et. tremblante, elle mit ses six genoux a terre.

< >r. à celte heure, un jeune enfant ouvrit les yeux.

Il vit 1 azur, il vit le soleil radieux.

les bois, le grand chaos de- créature-: i verts, noirs, roux, statures

Géantes, faisant peur au ciel, avec leurs bras : 1»- hêtres et des lis, des lions et des rai Du grand et du petit : des montagne^ altières.

Lires bossus ayant pour veines des rivières. Et pour ongles des rocs, et pour poils des sapins ; Il vit de grands bonnets de neige aux fronts alpin- : Les nuages : moutons du ciel, à toison blanche; Les lacs : baignoires où des îles font la planche ; Et les continents plats : nénuphars monstrueux ; Et la mer, cette bète aux flots tumultueux. Secouant les vaisseaux qui tourmentent sa face. Gomme un chien, la vermine obscure qui l'agace : Et les volcans enfin, ces vieux monts dégoûtés Qui crachent nuit et jour vers les deux éhontés — Comme on crache en passant devant une senline — Tout ce qu'ils ont de lave amère en leur poitrine !

Et l'Homme, quand il vit tout ceci, frissonna :

« Dieu, que votre œuvre est grand ! Hosanna ! hosanna! » Cria-t-il.

Et son front se courba d'épouvante.

Fourmi-: Hommes! vivant- d'un jour! fange mouvante!

Peut-être en ce moment, peut-être... — Et pourquoi pas?

:re. ce grand être arrondi sous nos pas, La Terre, ce géant obèse qui tournoie Et qu'ainsi qu'un têtard englouti par une oie, Quelque autre être plus grand boira sans doute un jour ! erre...— Oh ! pour l'insecte habitant un vautour, "autour n'est-il pas un monde qui gravite ? rre. oiseau dont l'homme est le vil parasite: La Terre, qui parfois, quand nous rongeons trop fort, — Tel un bœuf sous la mouche abjecte qui le mord — Donne à sa peau ce court Crisse a involontaire

111 tremblement de terre !

La Terre, cette bête au derme cultivé

Dont nous nommons volcan un furoncle crev Cette Terre, pour qui les effrénées

Qu'elle fait, dépuis mille et mille et mille anni Ave tra Vénus. Mars. Vulcain. Jupiter

Et les astres-dondons qui rôdent dansl'éther Autour du Roi-Soleil, ce protecteur illustre. Sont jeux d'enfants valsant une heure autour d'un li La Terre, dis-je, vit, en ouvrant ses grands veux. Cent mille autres soleils trônant au fond des deux. Et puis cent mille encore ! et puis cent mille encore ! Menus comme des grains qu'une poule picore. Oh! des soleils partout ! des soleils ! des soleils ! De grands entassements de grands mondes vermeils Se touchant, Rattachant, se confondant ensemble! Oh ! tant, tant de soleil-, voyez-vous, qu'on en tremble. Et qu'on ferme le- yeux, et qu'( r de voir !..

« Dieu, qui tic. upeaux d'asti q pouvoir,

i dois être grand ! dit la Terre oppres

Et peut-être...

Oh ! tenez, ôtez-moi la pensée !

Otez-moila pensée, ou bien je deviens fou:...

- soleils venant oti ne sait d Tous ce- tas de soleils peuvent n'être, vous dis-je,

Que des gouttes de lait, que quelque Être-prodige Cent mille fois plus grand encor, d'un doigt luron, Fit jaillir par mégarde en pressant un sein rond !

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