‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 107 sur 158 · Rêveries d'un promeneur solitaire, 7* promenade · texte numérisé non relu

Rêveries d'un promeneur solitaire, 7* promenade

Voir DuGOiN, dont la bro-

chure est faite en partie sur le manuscrit de Bovier; — Sbrvan, Réflexions sur Us Con-

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Quiconque voulait jouir des rares amabilités du grand homme n'avait pas d'autre moyen que de raccompagner dans ses excursions. Les dames ellesmêmes y avaient volontiers recours. Un jour, après une course fatigante, on arrive à la Bastille, trempé de sueur, exténué de fatigue; on dine dans un ca* baret rustique; Rousseau, coiffé d'un bonnet de coton , fait par ses saillies le charme de la société , et le soir on organise une représentation du Devin; Bovier joue le rôle de Colin, une de ses bellessœurs celui de Colette, tandis que Jean^acques, toujours coiffé de son bonnet de coton , chante avec une expression parfaite celui du Devin^ souffle l'un, souffle l'autre, corrige les fautes de musique, et laisse tout le monde enchanté de son esprit et de sa bonne humeur.

Cependant, tout en cherchant des plantes, il ne négligeait pas tout à fait de s'enquérir d'une retraite. On lui en offrit plusieurs, mais aucune ne lui convenait. Une surtout qu'on lui proposa à Mens, pays en grande partie protestant, ne fit qu'exciter sa fureur. Rien que l'idée de retrouver des ministres de sa religion le mettait hors de lui. Il ne pouvait, du reste, tarder de voir à Grenoble, comme il avait vu ailleurs, des ennemis et des persécuteurs. Aussi, malgré le bon accueil qu'il y reçut, a-t41 parlé peu favorablement de la ville et 4es habitants.

Le temps se passait et il ne paraissait pas songer aux protecteurs que lui avait ménagés le prince de Conti. En revanche, il avait fait la connaissance de Liottard, simple jardinier, mais bon botaniste. Liot-

feuions ; — FOCHIBR, Séjour de l — MORIN, Essai sur la vie elle J.-J. RoiLsseauà Bourgoin,iQQO, \ caractère de Roiisêeau, ch. VI.

tard est sans doute le seul habitant de Grenoble avec lequel il soit resté en correspondance. Bovier lui rappela pourtant, à la fin, qu'il devait au. moins une visite aux autorités de la province. Rousseau alla donc, non sans peine, chez le commandant militaire et chez Tintendant. Il fit encore plus de difficultés pour se présenter chez le président du Parlement, M. de Bérulle. Il le savait, en effet, ennemi des novateurs et des philosophes.

Il fut pourtant bien reçu. De Bérulle le combla de politesses et d'offres de services : « Ce n'est pas, ajouta-t-il, que je connaisse vos ouvrages, je n'en ai jamais lu aucun. » A ces mots, Jean-Jacques rougit, pâlit, gagne la porte et court retenir une place dans le prochain carrosse de Lyon. La veille, avait eu lieu une soutenance de thèse, où les philosophes avaient été très maltraités. Bovier crut découvrir là le motif de ce départ précipité, et s'employa si bien qu'il fit supprimer la thèse , chasser le cuistre mal élevé qui avait osé s'attaquer à l'homme illustre que Grenoble s'honorait de posséder, et détermina le Parlement à prendre Rousseau sous sa protection. Mais l'affront dont celui-ci avait à se plaindre, était, dit-il, d'une tout autre nature, et tel que l'honneur lui défendait d'habiter Grenoble plus longtemps ; et il fut si pressé de partir qu'il oublia une partie de ses effets.

Cependant, il tenait à rendre à la famille Bovier ses dîners. II les invita à la Bastille. Je ne pourrai pas, ajouta-t-il, être du repas, car je pars demain ; mais je serai avec vous en esprit, ce qui est à peu près la même chose. Et sur le refus de Bovier ; le dîner est commandé, dit-il, il sera porté demain à la Bastille, J'ai payé le traiteur; si vous ne vous

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rendez pas à mon invitation, ce ne sera pas de ma faute *.

En somme, il fut en proie à ses idées noires presque tout le temps qu'il passa à Grenoble. Le temps de son séjour y fut pourtant interrompu par une diversion qui, dans toute autre circonstance, aurait dû être pour lui un grand soulagement. A maintes reprises, son ancien voisin des Charmettes, de Conzié , lui avait offert, de la manière la plus pressante ei la plus gracieuse, une retraite, soit à Chambéry, soit à sa maison de campagne d'Arenthon*. La proximité de Chambéry et de Grenoble engagea Jean-Jacques à répondre à ces avances, ne fût-ce que par une courte visite. Son premier objet dans ce petit voyage était d'aller dans ce cimetière de Lemenc^ où, depuis six ans, reposait M"** de Warens, « pleurer sur le malheur qu'il avait eu de lui survivre. » Il ne manqua pas de parler longuement et intimement de cette tendre mère avec le vieil ami qui l'avait connue et aimée jusqu'à son dernier jour ; il put parcourir avec lui les lieux où il avait passé sa jeunesse, et revivre, en quelque sorte, les années qu'il avait vécues alors. Lui qui avait la prétention de faire avant tout l'histoire de son àme, avait dans ce voyage , si favorable à la poésie des souvenirs, une belle occetsion de donner carrière à ses beaux sentiments. Il n'en a rien fait

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