‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 111 sur 158 · LeUre à M»» Rousseau, 12 août · texte numérisé non relu

LeUre à M»» Rousseau, 12 août

par Tentremise de Bovier. Il ne pouvait choisir un plus mauvais commissionnaire. Bovier avait été sur le point de payer sans rien dire ; puis il s'était décidé à en écrire à Jean-Jacques, comme d'un fait très simple et sans importance ; mais eelui-ci ne l'entendait pas ainsi. Non content de mander à Bovier qu'il ne reconnaissait pas cette dette ^, il pressa le comte de Tonnerre, gouverneur de la province, de faire comparaître et d'interroger Thévenin*. Il était bien résolu à ne pas remettre le pied dans une ville où Ton fabriquait contre lui de pareilles histoires, mais il avait encore plus à cœur d'approfondir cette grave affaire. Il demanda une confrontation avec son prétendu créancier. Le comte de Tonnerre lui assigna un jour et ne s'y trouva pas. Rousseau avait emmené avec lui Champagneux ; il en fut réduit à voir Thévenin chez Bovier. Les explications furent longues et orageuses, à en juger par le compte rendu qu'il adressa au comte de Tonnerre. Quoi qu'il en soit, deux choses paraissent établies: la première , que Bousseau ne devait rien , et la seconde, que Bovier était parfaitement innocent, et avait tout au plus ajouté là une maladresse à plusieurs autres. Dès les premiers mots d'explication, ce dernier s'était empressé d'avouer qu'il avait bien pu se tromper; mais Jean-Jacques n'était pas en humeur d'accepter des excuses.

Il jugea pourtant à propos d'envoyer un" cadeau à M"" Bovier ; il le lui devait bien , ainsi que ses remerciements, pour tout le mal qu'il avait donné à son mari. Peut-être, néanmoins, eût- il mieux fait

1. LeUre à Dupe^rou, 9 sep- | comte rf« Tonnerre, 23-26 août et tembre 1768. — 2. UUres au \ !•' septembre 1768.

de s*en dispenser, tant ses lettres, aussi bien celles qui suivirent son premier départ que celles qu'il écrivit après son second voyage^ sentent le persiflage. Bovier en fut froissé et attristé, et renvoya le cadeau. Quatre lignes cordiales et franches lui auraient fait plus de plaisir ; mais c'était demander à Rousseau plus qu'il ne voulait donnera

Quant à Thévenin, était-il de bonne foi? Les uns disent oui, les autres disent non, et cela au fond importe assez peu. Quoi qu'il en soit, Rousseau se donna bien du mouvement pour obtenir des éclaircissements. Pendant des mois, il ne rêva, il ne parla, pour ainsi dire, pas d'autre chose, et au bout de deux ans il y pensait encore*.

Il disait quelquefois que raifaire Thé venin lui ferait quitter le pays ; il chercha en effet à se pourvoir ailleurs ; mais ses hésitations perpétuelles le sauvèrent d'un nouveau déplacement. Si la longueur du voyage ne l'avait effrayé, il aurait pensé à l'Amérique ; sa passion pour la botanique lui suggéra toutefois un autre projet plus modeste^ celui d'aller finir sa vie dans une lie de TArchipel, dans celle de Chypre ou dans tout autre coin de la Grèce, n'importe lequel, pourvu qu'il y trouvât un beau climat, fertile en végétaux. Comme il voulait s'y rendre utile au progrès de la science, en se consa-

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