Fréron, Année liltéraire, 1778, t. V. — 2. Grimm, Corr
W«., juillet 1778. — 3. Bachau-
mont, 5, 7, 21 juillet, 17 août 1778 et 9 mars 1779.
ont été écrites dans ce but ^ On y a vu des motifs intéressés et un parti-pris ; en tout cas, on n'a rien trouvé de sérieux à leur opposer. Personne n'a entendu le coup de pistolet ; personne n'a vu d'armes entre les mains de Rousseau ; Corancez n'a pas même voulu voir son corps, pour y constater cette blessure qull prétend si profonde. Il craignait alors de paraître révoquer en doute la parole de Girardin ; il a préféré le taxer plus tard de mensonge. Mais sur ce point, la réponse anticipée de Girardin est toute prête.
U ne craignit pas, en effet, de faire mouler la tête par le sculpteur Houdon ; d'où Ton peut conclure que le crâne n'était pas fracassé, comme il arrive d'ordinaire en cas de coup à bout portant, que les traits n'étaient pas altérés, comme après un empoisonnement. Corancez dit tenir de Houdon que le trou était si profond qu'il avait été embarrassé pour en remplir le vide ; mais cette affirmation est contredite par Houdon, qui nie formellement avoir tenu ou pu tenir ce propos*, et par l'inspection même du moule. Morin, qui était médecin, en a observé l'original. Il a constaté deux blessures au front, présentant l'une et l'autre l'aspect d'une forte contusion avec déchirure de la peau, et laissant apercevoir çà et là le crâne dénudé, mais intact. Rien n'indique qu'il y ait eu un remplissage à faire *.
1. Voir ces lettres et ces documents. — 2. Lettre de Houdon à Pelitain, 8 mars 1819. — 3. G. H. MOBlN, Essai stir la vie et le caractère de J.-J, Rousseau, On peut voir la reproduction du moule de Houdon à la Bibliothèque natio-
nale, cabinet des estampes, portefeuille des portraits de Rousseau, coté D. C 166. L'original lui-même appartient à M. Benjamin Baspail. (John GRAND-CARTBRBT;note à Tarticle du D' Roussel).
Là vie et les ceuvres
Enfin, Girardin a eu recours à une troisième preuve, qu'on peut appeler péremptoire, c'était Tautopsie et la constatation légale du genre de mort. Cinq médecins procédèrent à l'opération. Ils ne trouvèrent rien qui pût faire supposer une mort violente. L'ouverture de la tête et l'examen des parties renfermées dans le crâne leur montrèrent une quantité considérable (évaluée à huit onces) de sérosité épanchée entre la substance du cerveau et les membranes qui la recouvrent. Ils virent dans ce fait la cause de la mort, et l'attribuèrent dès lors à une apoplexie séreuse. Du reste, toutes les autres ' parties du corps étaient saines , sauf une légère cicatrice au front. Deux petites hernies inguinales , sans étranglement ni inflammation , ne pouvaient constituer un danger; l'estomac ne contenait que le café au lait absorbé le matin. Ils remarquèrent aussi que la maladie constitutionnelle dont Rousseau s'était plaint toute sa vie ne présentait aucune trace, ni intérieure ni extérieure*.
Les autres preuves ne peuvent venir que comme appoint, et pour fortifier une opinion directement établie d'ailleurs. Rousseau se déplaisait-il à Ermenonville? Peut-être; surtout par moments. — Thérèse s'adonnait-elle à l'ivrognerie? Nous l'ignorons, mais elle en était bien capable. — Était-elle une épouse infidèle? Sa conduite ultérieure peut rendre cette supposition vraisemblable, quoiqu'il ne suive pas de là que son mari en fût instruit. Mais de ce qu'un
1. Procès- verbal des chirurgiens (en date du 3 juillet 1778, lendemain du décès) légalisé par le lieutenant du baillage et vicomte d'Ermenonville. —