‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 133 sur 158 · novembrel770.— 2. Lettre à Th. Le Vasseur, 12 aoûU · texte numérisé non relu

novembrel770.— 2. Lettre à Th. Le Vasseur, 12 aoûU

— 3. Lettre à M, Musset-Pathay y etc., in-8o, 1824, par Stanislas DB GiBARDiN ; — Réponse à la lettre de M. Stanislas de Girar-

din , etc. , par Mussbt-Pathat, in-8o, 1824. Voir aussi Particle de QuBSNÉ, inséré au Moissonneur du 12 juillet 1824, en réponse à VHistoire de Musset- Pathay,

rancez, à M"" de Staël , même au maître de poste de Louvres. — Ne lui citez pas les procès-verbaux des médecins et des magistrats. Que de procès-verbaux qui ne sont dus qu'à la complaisance ou à l'ignorance ! — Ne lui opposez pas les contradictions de Corancez et de M"' de Staël. Ils ne se contredisent pas; ils diffèrent simplement et n'en méritent que plus de confiance. L'un parle de pistolet; l'autre de poison : pourquoi , si la dose de poison était insuffisante, Jean-Jacques n'aurait-il pas eu recours ail pistolet? — Mais on n'a trouvé aucune trace de poison dans l'estomac : cela prouve que le poison était peu violent; on n'a pas entendu le coup de pistolet : c'est faute d'attention , ou parce que personne ne passait par là dans le moment. C'est donc bien en vain que Girardin s'était flatté de faire changer Musset-Pathay. Musset-Pathay, pas plus que Corancez, ne consentit à reconnaître son erreur. Seule, M°° de Staël eut assez de largeur d'esprit pour avouer qu'elle s'était trompée.

La discussion paraissait épuisée. Cependant la médecine, la médecine aliéniste principalement, voulut dire aussi son mot dans la question. Il ne semble pas toutefois qu'elle y apportât un contingent de lumières bien considérable, car les médecins ne se sont guère moins divisés que le commun des simples historiens, ou même n'ont pas craint de conclure à rencontre des données de la science.

Nous connaissons l'opinion de Morin. Mercier, dans une brochure qui parait fort savante, se vanta d'expliquer^ par la maladie de Rousseau, son caractère, ses habitudes, et presque sa vie toute entière. Cependant, après avoir déclaré que cette maladie le disposait incontestablement au suicide, il n'en fut

pas moins forcé de s'incliner devant les faits et, de même que Morin^ il se prononça en faveur de la mort naturelle * .

Enfin, il arriva un moment où l'Académie de médecine elle-même et les revues spéciales retentirent de ces débats.

Dubois d'Amiens s'engagea le premier dans cette voie. Son mémoire, lu par Bouchardat à l'Académie de médecine, conclut hardiment au suicide. Rousseau avait le cerveau dérangé; il était hypocondriaque, malade, en proie au délire de la persécution ; tout, dans son état, favorise Thypothèse du suicide. Il est un point notamment qui est capital : il a renvoyé M"" de Girardin. « Tout le suicide est là, s'écrie Dubois. Qu'on me cite, à moi, médecin, un malade qui ne demande pas de secours, qui ne veuille aucun témoin ' ! »

Mais, lui répondent, chacun de leur côté, les docteurs Chéreau et Delasiauve, cette méthode est bien dangereuse. Un individu est fou, donc il s'est donné la mort ; qui ne voit le vice d'un tel raisonnement ? D'une façon générale, on a beaucoup abusé de la folie pour expliquer les crimes et les actions des hommes. Dans le cas particulier de Rousseau, elle fournit à peine une considération dont il y ait à tenir quelque compte.

Que le rapport ne soit pas très scientifique, personne ne le nie ; il est, en tous cas, ce qu'étaient la plupart des rapports de l'époque. Qu'on le remarque d'ailleurs ; s'il y avait eu un trou de balle^ ce ne

1. Docteur Mbrcibr, ExpLication de la maladie de Rousseau, etc., iQ-8«, 1839.— 2. Bul-

letin de V Académie impériale de médecine (mai 1866). Article de Dubois d'Amibns.

DE JEAM-JÀGQUES ROUSSEAU.

serait plus une simple faute d'ignorance qu'il faudrait reprocher aux six ou sept médecins et magistrats qui ont figuré dans cet acte, mais une véritable complicité. En définitive, conclut Delasiauve, si peut-être la mort naturelle n'est pas absolument prouvée, il est certain que le suicide manque totalement de preuves*.

On n'en finirait pas, si l'on voulait citer toutes les autorités. Dernièrement encore, un médecin allemand a voulu soumettre la question à un nouvel examen. Il attribue la mort de Rousseau à une paralysie du cœur. C'est une opinion qui, à notre connaissance, ne s'était pas encore produite'. En tout cas, on trouverait aujourd'hui fort peu d'auteurs ayant étudié la question, qui, d'une façon ou d'une autre, ne se prononcent pour la mort naturelle.

Nous ne sommes plus au temps où certains amis de Jean- Jacques mettaient une véritable complaisance et une sorte de passion à raconter et à démontrer son prétendu suicide. Pourquoi tant d'acharnement? Dans l'absence de preuves de part et d'autre, les présomptions seraient déjà en faveur de la mort naturelle, précisénient parce qu'elle est naturelle ; elles seraient encore de droit, parce que le suicide étant toujours, quoi qu'on dise, un acte infamant^ il n'est permis de l'imputer sans preuves à

1. Union médicale^ 5 juillet 1866 ; Article de Achille Châ- HBAU et brochure in-8». (A consul ter, à cause des nombreuses autorités citées.) — Journal de médecine mentale, 1866; article de Dblàsiauvb. — Voir aussi

B ARNI, Histoire de» idées morales et politiques au XVJII* siècle^ 1867. — 2. P. J. MÔBIXJS, J.-J, Rousseau's krankheitgeschichte {Histoire de la maladie de J.-J.

Rousseau») Leipzig, Vogel, 1889.

personne. Mais il se trouve qu'ici, c'est la mort naturelle qui est prouvée, tandis que le suicide n'est fondé que sur des doutes, sur des suppositions, sur des bruits sans consistance, sur des témoignages apocryphes ou sans valeur.

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