UUre à M, X., 13 janvier
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effet, dit-il plus loin, de purs esprits auraient-ils été capables?
Cette seconde démonstration du spiritualisme parait sans réplique à Rousseau. Cependant, tout en rendant justice à ses bonnes intentions, il faut convenir que la preuve est faible , ou du moins mal présentée. Assurément, il y a une infinité d'actes chez rhomme, qui, tout en étant très spirituels, ne s'exercent qu'à l'aide des sens, et qui démontrent ainsi sa double nature ; mais ces actes ne sont pas nécessairement l'apanage de la passion. Le. spectacle d'une belle campagne, la vue d'un objet quelconque, l'exercice, légitime ou non, de ji'importe lequel de nos sens en dit tout autant à cet égard que tous les mouvements de la passioii ; ce que, du reste, Rousseau finit par reconnaître. D'un autre côté, s'il y a des passions, comme la gourmandise ou la luxure, qui s'exercent par le moyen des sens, il en est d'autres, comme l'orgueil, qui n'ont pas besoin de leur secours. Ainsi, il y a des sensations sans passion, et il y a des passions étrangères à toute sensation. Il était donc difficile de faire une démonstration plus complètement à c6té.
L'activité spontanée et libre est encore une preuve que l'âme n'est pas matérielle. « L'homme est libre dans ses actions, et comme tel, animé d'une substance immatérielle : c'est, dit Rousseau, mon troisième article de foi. De ces trois premiers, vous déduirez aisément tous les autres. »
Le mal n'est que l'abus de notre liberté ; gardonsnous de l'imputer à la Providence. « Homme, ne cherche plus l'auteur du mal ; cet auteur, c'est toi-même. Il n'existe point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres ; et l'un et l'autre te
vient de toi*. » Il s'en faut de peu, par moments, que Rousseau ne nie jusqu'à l'existence du mal physique. Et quant au mal moral, « 6tez nos funestes progrès ; ôtez nos erreurs et nos vices ; ôtez l'ouvrage de l'homme et tout est bien... Où tout est bien, rien n'est injuste ; la justice est inséparable de la bonté... Celui qui peut tout, ne peut vouloir que ce qui est bien. Donc, l'être souverainement bon, parce qu'il est souverainement puissant, doit être aussi souverainement juste. Cependant, à. considérer l'état présent des choses, le méchant prospère et le juste est opprimé... La conscience s'élève alors et murmure contre son auteur ; elle lui crie, en gémissant : Tu m'as trompé! — Je tai trompé, téméraire! Et qui te l'a dit! Ton âme est-elle anéantie? As-tu cessé d'exister? Tu vas mourir, penses-tu; — non, lu vas vivre, et c'est alors que je tiendrai tout ce que je t'ai promis. On dirait, au murmure des impatients mortels, que Dieu leur doit la récompense avant le mérite, et qu'il est obligé de payer leur vertu d'avance. Oh ! soyons bons premièrement, et puis nous serons heureux. N'exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail... Si l'âme est immatérielle, elle peut survivre au corps ; et si elle lui survit, la Providence est justifiée. Quand je n'aurais d'autres preuves de l'immatérialité de l'âme que le triomphe du méchant et l'oppression du juste en ce monde, cela seul m'empêcherait d'en douter. »
Ces choses ont été dites cent fois, rarement elles l'ont été d'une façon plus brillante. Pourquoi faut-il