‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 39 sur 158 · Lettre à AL X., 13 janvier · texte numérisé non relu

Lettre à AL X., 13 janvier

que Rousseau, toujours indécis, toujours timide, quand il est dans le chemin de la vérité, termine ce beau passage par ces mots : « Mais quelle est cette vie? et Tàme est-elle immortelle par sa nature? Je rignore. Mon entendement borné ne connaît rien sans bornes. Tout ce qu'on appelle infini m'échappe. » Il est donc vrai, Rousseau n'est pas matérialiste ; il déclare n'avoir jamais été tenté de le devenir; mais, « sur un grand nombre de propositions, il est d'accord avec les matérialistes ^ »

« Les bons seront heureux, parce que leur auteur, l'auteur de toute justice, les ayant faits sensibles, ne les a pas faits pour souffrir, et que, n'ayant point abusé de leur liberté sur la terre , ils n'ont pas trompé leur destination par leur faute... Ne me demandez pas non plus si les tourments des méchants seront éternels, et s'il est de la bonté de l'auteur de leur être de les condamner à souffrir toujours ; je l'ignore encore et n'ai point la vaine curiosité d'éclairer des questions inutiles. Que m'importe (5e que deviendront les méchants? Je prends peu d'intérêt à leur sort. Toutefois, j'ai peine à croire qu'ils soient condanmés à des tourments sans fin. Si la suprême justice se venge, elle se venge dès cette vie. Vous et vos erreurs, 6 nations, êtes ses ministres. » C'était se tirer bien légèrement et bien fièrement d'un pas difficile. Questions inutiles, nos destinées éternelles! Question sans importance, le sort des méchants! Saint Paul se demandait s'il était digne d'amour ou de haine ; mais Jean-Jacques Rousseau est bien plus sûr de lui que saint Paul.

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