‹ La vie & les œuvres de Jean-Jacques RousseauChapitre 45 sur 158 · Profession de foi et Lettre à J. Bumand^ 28 mars · texte numérisé non relu

Profession de foi et Lettre à J. Bumand^ 28 mars

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pas vues et voulues. Toutefois, cet assemblage de pièces disparates, qui jurent de se trouver réunies, ces affirmations contraires, ces doutes, ces audaces, ces hésitations sont assez Tirnage de Fauteur, de sa tète mai équilibrée, qui ne se plalt qu'au milieu des paradoxes, de son àme faible et incertaine, accessible à tous les entraînements, capable de toutes les sagesses et de toutes les folies, religieuse^ sceptique, incrédule, poursuivant le bien moral, et trop souvent ne sachant où le prendre, aimant la vertu, et n'ayant pas le courage de la pratiquer.

D'un autre côté, on ne peut nier que le procédé de Rousseau ne fût habile, pour attaquer la religion. Cette sorte de position d'assembleur de nuages est, à ce qu'il parait, assez forte, car elle réussit presque toujours. Gomme il le dit, il n'y a point de vérité contre laquelle on ne puisse élever des objections insolubles. Lui-même connaissait bien ce moyen, pour ravoir expérimenté de longue date. Ses deux premiers Discours n'étaient guère, en effet, qu un amas de difficultés, et son Emile, avec son éducation négative, était presque dans le même cas. C'est encore la tactique de sa Profession de. foi. Laissant à la religion la tâche, toujours longue, d'établir ses preuves, ne se donnant pas la peine de les détruire, ni presque de les attaquer de front, il se contente de les entourer d'un tissu d'objections, de dérouter les esprits, d'ébranler le Christianisme par le doute, au lieu de le combattre par une affirmation contraire. Ses ménagements même ont leur place dans son plan et servent à lui donner un vernis d'impartialité, presque de bienveillance. Objection n'est pas preuve, dit-on, et il sert peu de détruire, si Ton ne peut remplacer. Ceci n'est pas tout à fait exact

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dans cette circoDstance. Celui qui doute n'a plus la foi, et cehri qui n'a pas la foi n'est pas chrétien. On ne peut donc pas dire que Rousseau flotte entre le Christianisme et l'incrédulité. Il n'est pas possible de n'avoir qu'un pied dans l'Église : l'on est dedans ou l'on est dehors.

Quel qu'ait été, au fond, le but qu'il se proposait, Rousseau, qui se donnait comme l'adversaire des philosophes, et qui l'était à certains égards, entrait pleinement par son système de doute religieux dans le courant à la mode. Les incrédules, Voltaire en tête, en critiquèrent pour la forme la première partie et firent des réserves sur la seconde ; mais le tout ensemble faisait trop bien leur affaire pour qu'ils ne se montrassent pas satisfaits. Aujourd'hui, on serait peut-être plus difficile. L'incrédulité, sans être plus profonde, est plus affirmative, parce qu'elle a une situation plus assurée et peut plus hardiment lever la tête. Mais alors la religion avait^ dans les mœurs et dans l'État, une foule d'attaches officielles et officieuses, qui obligeaient à certains ménagements. C'était le temps où Helvétius faisait amende honorable de son livre de l'Esprit; où Voltaire faisait des protestations d'ortliodoxie, désavouait ses livres les uns après les autres, et érigeait ses désaveux à la hauteur d'un principe. « Il ne faut jamais rien donner sous son nom, écrivait-il à Helvétius, je n'ai pas même fait la Pucelle^. » Sans s'abaisser aux mêmes procédés, Jean-Jacques servit puissamment la même cause. Sa religion, s'il en eut une, a eu peu de fidèles. Des pasteurs genevois, dit-on, sans l'approuver entière-

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