CHAPITRE XXI
Sommaire : L'Emile. — I. De la religion considérée comme moyen d'action sur les passions. — Autres moyens. — Emile apprend à connaître le monde. — Études qui conviennent alors; éloquence, poésie, langues. — Moyens de se former le goût.
II. Sophie , ou de l'éducation de la femme. — Premier principe de Rousseau : la femme est faite pour plaire à l'homme. — Différences entre l'éducation de la jeune fille et celle du jeune homme. -- Du respect de Topinion. — Des plaisirs du monde.
m. Amours d'Emile et de Sophie. — Épisodes. — Voyage à la recherche de la meilleure des constitutions. — Choix d'une profession. — Mariage d'Emile.
IV. Emile et Sophie, ou les Solitaires. — Appréciation générale de VÈmile.
Quoique la Profession de foi soit faite un peu trop pour le public, et pas assez pour Emile, on doit penser que celui-ci en a profité, car Rousseau suppose aussitôt, sans autre transition, que son élève connaît au moins les principes et les devoirs de la loi naturelle. C'est peu assurément, mais un retour sur le temps présent nous' fait penser qu'au lieu de nous en plaindre, nous ferions mieux de proposer Jean-Jacques à nos hommes d'Ltat, comme une autorité en faveur de la religion. Aujourd'hui, Ton refuse aux Français, même ce minimum; on ne permet pas de prononcer à l'école le nom de Dieu , de Dieu sur qui repose toute morale , de Dieu grâce à qui Ton « trouve son véritable intérêt à faire le bien loin des regards des hommes et sans y être forcé par les lois, et à remplir son devoir même aux dé-
pens de sa vie... Sortez de là, continue Rousseau, je ne vois plus qu'injustice, hypocrisie et mensonge parmi les hommes... Oui, je le soutiendrai toute ma vie; quiconque a dit dans son cœur, il n'y a point de Dieu et parle autrement, n'est qu'un menteur ou un insensé*. »
Quelles nouvelles prises le maître s'est données sur son élève ! S'il a beaucoup tardé à les acquérir, au moins va-t-il faire en sorte de ne pas les laisser échapper. Et pourtant, c'est le moment qu'il choisit pour le traiter, non plus en élève, mais en ami, pour lui rendre ses comptes et lui parler comme à un homme.
« Quoi, dirons-nous avec Rousseau, faut-il abdiquer mon autorité lorsqu'elle m'est le plus nécessaire? Faut-il abandonner l'adulte à lui-même, au moment qu'il sait le moins se conduire et qu'il fait les plus grands écarts? » Rassurons-nous ; ce n'est là qu'une petite supercherie, à ajouter à beaucoup d'autres. Le maître ne propose d'abdiquer ses droits que pour mieux les assurer. Il sait de quelles nouvelles chaînes il a entouré le cœur d'Emile. Jusqu'ici, il n'avait rien obtenu de lui que par force ou par ruse ; la raison , l'amitié , la reconnaissance vont désormais lui venir en aide; Emile refusera une liberté qui lui serait trop lourde à porter.
Mais aussi ne vous montrez pas trop sévère. Vous devez savoir que la situation est délicate, que les passions commencent à élever la voix; n'allez pas « heurter de front les désirs naissants du jeune homme, sottement traiter de crimes ses nouveaux besoins. » D'un autre côté, si vous ne combattez