Article de la Biographie universelle de MiCHaud
— 2. Correspondance lilléraire, 1er janvier 1766. — 3. Lettres à de Luse, 16 décembre; à Dupeyrou, 17 décembre; à d'Iver^ nais, 18 décembre 1765. — Ba-
ch aumont, 18 décembre 1765.
— 4. Lettre de M»'* de Verdelin à Rousseau, 18 novembre 1765.
~ 5. Lettres à Dupeyrou, 24 décembre ; à de Luse, 26 décembre 1765.
. thousiasme qui s'étendait même à sa gouvernaote, même à son chien, enthousiasme dont lui, Hume, prenait largement sa part, et auquel Rousseau, tout le premier, se croyait tous les droits. « Je suis assuré, dit Hume, qu'à de certains moments, il croit qu'il a des communications immédiates avec la divinité... Je trouve qu'en beaucoup de points il ressemble à Socrate ; mais le philosophe de Genève me parait seulement avoir plus de génie que le philosophe d'Athènes*.
Quant aux visites qu'il aurait faites, on n'en connaît bien qu'une, à M""* de Verdelin*. Il n'alla pas chez sa tendre et exigeante amie, M**" Latour de Franqueville, et bien qu'il ne l'eût jamais vue, il ne la reçut qu'une seule fois pendant son séjour à Paris '. Il ne vit pas même M°" de Créqui *. Il n'est donc pas étonnant qu'il n'ait pas vu Diderot, o Je ne m'attends pas à sa visite, écrit Diderot ; mais je ne vous cèlerai pas qu'elle me ferait grand plaisir. Je serais bien aise de voir comment il justifierait sa conduite à mon égard'. »
Pendant son séjour à ITiôtel Saint-Simon, Jean- Jacques fut, de la part du prince de Conti, l'objet des attentions les plus délicates. « Ses bontés même, écrit-il, auraient pu passer pour railleuses, si j'eusse été moins à plaindre, ou que le prince eût
i. Lettre de Hume à Blair, 18 décembre 1765. V. G. Mau- GRA.S, Ch. XIX. — 2. Lettres à M»* de Verdelin, 17 et 18 octobre 1765. M»» de Verdelin perdit son père le 22 décembre ; c^est sans doute ce qui Tempêcha d'aller ellemême voir Rousseau. Lettre
de Rousseau à de Luse, 22 décembre 1765. — 3. Lettres de Bousseau à Jl#»« Latour^ 24 décembre 1765 et 2 janvier 1766. • — U. Lettre de Bousseau à 3f"* de Créqui, 15 janvier 1766. — 5. Lettre de Diderot à ^"» Kolant, 20 décembre 1765. —
DE JEàN-JÀGQUES ROUSSEAU. 375
été moins généreux. Toutes les attentions étalent pour moi; M. Hume était oublié^ en quelque sorte, ou invité à y concourir. » Mais aussi, Jean-Jacques eut la joie (il le dit du moins) de voir Taugmentation de popularité que la bonne œuvre du prince lui rapporta dans tout Paris ^ Réflexion commode pour se dispenser de ]a reconnaissance.
Conti, désireux de rendre à son hôte des services plus effectifs que de simples marques d'honneur, voulut le retenir en France et offrit de l'établir dans un de ses châteaux, à douze lieues de Paris. Il y mit toutefois une condition que Rousseau ne put se résoudre à accepter. Cette condition, que celui-ci ne précise pas autrement, était sans doute de se séparer de Thérèse. Loin de là, il choisit précisément ce moment pour lui faire dire de venir, soit immédiatement, soit seulement au printemps, s*il ne pouvait remmener avec lui'. Car il était résolu à partir le plus tôt possible. Son passeport était valable pour trois mois ; il avait d'abord songé & en rester au moins deux à Paris ; mais la vie d'agitation et de représentation qu'on lui faisait subir le fatiguait, et il lui tardait d'occuper une demeure plus fixe*. D'un autre côté, Choiseul, qui ne voyait pas sans un certain mécontentement toutes les manifestations et Tapparat dont on entourait Rousseau, fit en sorte de hâter son départ. Il était inutile et plus qu'inutile que cet ordre ou ce désir lui fût signifié, puisque lui-même était dans la môme intention ; Choiseul aima mieux le traiter en enfant et en malade, et se contenta d'en parler à Hume *. Il est
1 . Lettre à MaUsherbes, 10 mai 1766. — 2. Lettre à Dupeyrou, 24 décembre 1765. — 3. Lettre
à de Luze, 26 décembre 1765.
— 4. Lettre de Hume à Af»« de Boufflers, 2 février 1767.
même probable que Jean-Jacques n'en sut jamaiis rien, car il n'aurait pas manqué d'ajouter ce méfait aux nombreux griefs qu'il avait contre le ministre.
Au momeut d'aller dans un pays où il ne connaissait pour ainsi dire personne et dont il ne savait même pas la langue^ Rousseau avait particulièrement besoin de se ménager des occupations. Il en prévoyait de deux sortes : la botanique d'abord, que rien au monde ne lui ferait sacrifier; et ensuite ses Confessions, dont il entendait se faire un moyen de justification devant la postérité. En conséquence, il pria Dupeyrou de lui envoyer ses herbiers et ses livres de botanique, plus toutes ses lettres, mémoires et brouillons compris entre les années 1758 et 1762. Quant à ses autres livres, il y tenait peu et aurait même consenti à les vendre*.
Pendant qu'il était à Paris, il demanda, sur le conseil du prince de Conti, quelques sûretés à Dupeyrou, relativement à leurs arrangements. On sait, en effet, qu'il lui avait cédé tous ses ouvrages, moyennant une rente viagère. De plus, il avait laissé en dépôt chez Dupeyrou les trois cents guinées de Milord Maréchal. Il prévint aussi son ami qu'une souscription allait s'ouvrir en Angleterre pour l'impression de ses ouvrages et l'engagea à en tirer parti. Quoique cette opération ne dût rapporter aucun profit à Rousseau, il en fut assurément flatté, et elle contribua à lui faire goûter l'Angleterre. S'il n'y avait eu que lui seul, ses préparatifs auraient été vite faits ; il n'avait pour ainsi dire que sa personne à transporter ; mais il devait avoir deux compagnons, Hume, comme on sait, et de