V. — Stendhal et Jules Janin
En novembre 1830, Henri Beyle, écrivant à l'éditeur du Rouge et Noir, Levavasseur, terminait sa lettre par ce post-scriptum : Bien des compliments au puissant ]\t. Courtepi..., aristarque du
quai Malaquais ». (Correspondance de Stendhal^ 1908, tome II, p. 538.)
Une note en renvoi laisse à supposer que ce sobriquet, qui rappelle un peu une variété de cerises très savoureuses, désigne Jules Janin ?
Mais, à cette époque, l'auteur de Y Ane mort avait vingt-six ans, il n'avait pas encore acquis sa grande célébrité, ce qui exclut toute idée de « puissance », et il demeurait 8, rue de Tournon. De plus, Stendhal le nomme en toutes lettres, quelques lignes plus haut. La note dubitative ne résiste donc guère à l'examen.
Mais alors quel est le critique influent de 1830, à qui ce pseudonyme pourrait décemment s'appliquer ? La question est délicate et l'investigation malaisée...
Néanmoins, ce que Stendhal savait devait être assez notoire pour qu'il reste un vestige de ce curieux signalement ?
Hyacinthe de Latouche ne serait-il pas « le puissant aristarque du quai Malaquais, M. Courtepi... », à qui Beyle envoyait ses compliments, par l'entremise de l'éditeur Levavasseur ? En 1830, Latouche exerçait la critique littéraire, notamment au Figaro, dont il fut, un instant, le rédacteur en chef, aussi brillant que redouté. Très lié avec Stendhal, il l'était davantage avec Levavasseur, à ce point qu'un dictionnaire des hommes de lettres, édité en 1834, leur attribue, à tous les deux, la paternité