‹ La vie littéraire de StendhalChapitre 24 sur 127 · Mareste lui-même · texte numérisé non relu

Mareste lui-même

en publiant sa critique, Stendhal ajoute : « Je suis fâché que vous n'ayez pas dit dans Paris exactement ce que vous me dites. Il n'y a d'important que la vente et on ne peut pas tirer grand'chose de cette affaire. Dans tous les genres, il n'y a de bon que le naturel... Suivant moi, l'article de votre lettre ferait le meilleur feuilleton possible. On sent tout de suite une franchise qui touche. »

La critique du baron de Mareste, atténuée ou non, fut-elle publiée dans le Journal de Paris ? Quoiqu'il en soit, à la suite de la lettre de son ami, Stendhal a copié, toujours de sa plus belle écriture, les lignes suivantes, qui pourraient bien être le jugement de Lingay que celui-ci trouva plus simple d'exprimer plutôt que de « polir » l'article du baron :

Voici mon sentiment sans nulle acception de l'amitié que vous et moi avons pour l'auteur. Il règne dans la brochure en question une chaleur et une vérité de style qui en sont le principal mérite. On voit à chaque page que l'auteur a écrit sur place et sous la dictée de sa sensation, mais ce dernier mot me révèle mieux le caractère de l'ouvrage : ce n'est ni une suite de récits, ni un enchaînement d'idées, ni une série d'observations, ni une compilation de jugements, ni une galerie de descriptions — c'est tout simplement un journal de sensations. Il s'y mêle bien, et même assez habilement, de fréquentes réminiscences politiques, sous la forme de réflexions ou de conversations avec des interlocuteurs supposés, mais la partie vivante et originale, et

attrayante, et neuve, et rccommandable, c'est la sensation exprimée avec vérité.

Là dedans, je comprends la manière d'être affecté non seulement par les actrices, chanteurs, tableaux, artistes, monuments, clairs de lune, mais encore par les mœurs, caractère, conversation, et attitudes morales de chaque peuple. Tout cela est vivifié par une agréable variété, sinon de couleurs, au moins de sujets, et, au total, il en résulte un livre qu'on achève de lire, ce qui ne m'arrive guère pour des livres nouveaux.

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