‹ La vie littéraire de StendhalChapitre 39 sur 127 · DE L AMOUR » A LA COUR DE SERBIE · texte numérisé non relu

DE L AMOUR » A LA COUR DE SERBIE

Un exemplaire de V Essai sur V Amour ayant été trouvé, paraît-il, à la Cour de Serbie, lors des tragiques événements de 1903, voici en qviels termes cette trouvaille fut annoncée, avec deux versions différentes :

« Un des conjurés a trouvé dans cette chambre un petit livre c{ue le roi Alexandre avait annoté en français : c'est V Amour de Stendhal. A côté de cette phrase : « Vous la voulez tendre ? Elle est tendre «, le Roi a écrit : « Mon ange est tendre et fière. » Plus loin, Stendhal dit : u Le remède à l'amour est presque impossible à trouver. )> Alexandre annote : « Pourquoi le chercher quand on ne désire qu'arriver à être aimé ? « Tout le livre est couvert de ces crayonnages naïfs. Il aimait... Ce sera son excuse devant l'histoire. (Emile Berr, Notre enquête à Belgrade. Le Figaro, 23 juin 1903.)

« Lorsque les assassins du roi Alexandre et de la reine Draga jDénétrèrent dans la chambre à coucher des souverains, ils trouvèrent, au pied du lit, parmi les draps qui traînaient, un livre. Ses pages froissées indiquaient qu'on l'avait jeté en hâte, aux premiers bruits qui troublèrent la nuit tragique.

Un ofTicier se pencha, prit le volume, en lut le titre et s'écria : « Cochons ! » Il était question de l'amour, et comme le lit gardait encore l'empreinte des corps qui venaient de s'étreindre, l'officier ajouta, en laissant tomber le livre avec dégoût : « Voilà donc les lectures de cette femme impudique ! » Ce livre était celui de V Amour de M. de Stendhal.

La personne de qui je tiens ce détail, et qui a visité le palais de Belgrade quelques jours après le crime, a eu le volume entre les mains, les pages en sont annotées par la reine, au crayon, et d'une petite écriture très fine...

Ni l'agonie effroyable, ni le massacre sauvage, ni les corps jetés sur le pavé de la cour, rien dans cet horrible drame ne m'émeut davantage que cet exemplaire de VAmow trouvé au pied du lit et que la reine Draga lisait au moment où la mort s'approchait. » (Jean de Mitty, Coins de Paris. Le Cri de Paris, 5 juillet 1903.)

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