‹ La vie littéraire de StendhalChapitre 45 sur 127 · I. Une Chanson de Béranger · texte numérisé non relu

I. Une Chanson de Béranger

Notre excellent ami, M. Paul Guillemin, auteur de V Imagerie de Stendhal entrebaillée, a reçu cette pièce de vers, découverte par un anonyme, parmi les nombreuses productions du célèbre chansonnier.

Aucun historiographe de Stendhal n'ayant signalé ce document, nous le publions ici tel qu'il nous est parvenu.

Le Rouge et le Noir

Chanson

Air : Ce magistrat irréprochable

Mars 1831.

Mes enfants, j'ai connu des sages

Que le monde a traités de fous,

Et qui berçaient, divins rois mages,

La Liberté sur leurs genoux.

J'ai vu Saint-Simon, dans son rêve,

Aux malheurs de l'humanité,

Prédire une prochaine trêve, Et mourir en déshérité.

J'ai vu le Fourier, le débonnaire,

Vouloir lutter avec le sort.

Pour égaliser sur la terre

Tous les hommes avant la mort.

Enfantin, imprudent programme.

Désirait, hier, partager

Nos droits civils avec la femme,

Pour un peu plus l'émanciper...

Moi, j'applaudissais, complaisant, — Et quelle que fût la chimère — De chaque prophète naissant L'évangile, hélas ! éphémère.

On dit aujourd'hui qu'à Grenoble Un sceptique désenchanté Exalte, en un roman peu noble.

Le crime et la méchanceté.

Il hait l'honneur pusillanime Et, dans son sot égarement, N'accorde un cœur un peu sublime Qu'à l'homme qui tue et qui ment.

Ne croyez pas ce songe-creux Qui fait souffler de l'Italie, Pour troubler les cœurs vertueux, Un vent étranger de folie.

Mes enfants, gardons nos mains pures,^ Laissons au pays d'Arétin Les trahisons et les parjures Que punit toujours le Destin.

Et toi, fils des monts libéraux.

Reprends une plume assagie, Chante encore le seul héros Qui peut enseigner l'énergie.

Tes Alpes ont vu, par deux fois, Passer sa redingote grise ; Les peuples couraient à sa voix, Malgré l'hiver, malgré la bise.

Et ton cœur jadis a bondi.

Epris d'un bel amour de gloire, Quand ce capitaine hardi, Te conduisait à la victoire !

P.-J. DE Béranger.

La « Muse populaire » fut bien rigoureuse envers. . . Julien Sorel. Mais, au fait, cette chanson est-elle réellement l'œuvre du père de Lisette ? N'ayant pu nous en assurer, nous en appelons à nos lecteurs ^.

IL Stendhal et le Code Napoléon.

L'auteur de la Chartreuse de Parme lisait tous les matins une page du Code civil pour tonifier son style, mais il ne paraît, pas avoir honoré de la même façon le Code pénal.

On lit, en effet, dans le Bouge et le Noir, édition originale, tome II, p. 386:

« Un juge parut dans la prison. — J'ai donné la mort avec préméditation, lui dit Julien. J'ai acheté et fait charger les pistolets chez un tel, armurier. L'article 1342 du Code pénal est clair. Je mérite la mort et je l'attends. »

1. Un stendhalien « bien informé » nous a révélé, sous le sceau du secret (!) que ce pastiche est l'œuvre de M. Paul Berret, originaire de Saint-Véran (Isère), né à l'aris et professeur de rhétorique au Lycée ■de Versailles. (A. P.)

Cette page fut écrite en 1830. Or, le Code pénal promulgué par la loi du 22 février 1810 renferme 484 articles ; et le crime de Julien tombait sous l'application de l'article 296 qui qualifie le meurtre avec préméditation d'assassinat, et de l'article 302 qui punit de mort les assassins.

Certes, la déclaration de Julien Sorel a une belle allure de courageuse précision ; mais le juge d'instruction aurait pu rectifier le numéro de l'article, s'il avait été moins préoccupé « de multiplier les questions pour faire en sorte que l'accusé se coupât dans ses réponses ! »

Où, Stendhal, qui se piquait d'exactitude, a-t-il pris l'article 1342 du Code pénal ?

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