I. — « 10 octobre
« J'achète ce livre estimable, raisonnable, mais bien ennuyeux. Tems magnifique. Je revois beaucoup de choses with M. Primai. Les gravures sont plates et de plus extrêmement fausses, il faut des gravures faites d'après des vues daguerréotypes. La Préface est fort bonne. Le tout est gâté par les noms d'une foule de peintres de 20^ ordre, mais d'un autre côté, comment faire ? Le vulgaire eût <lemandé ces noms, il lui faut des choses complètes...
ma il cacalo a piu metodi. »
IL — (Ecriture diabolique. D'octobre 1841, ces lignes ne précèdent que de cinq inois l'attaque que Stendhal, ici, commence à sentir sous forme de
goutte et qui l'emportera le 23 mars suivant.
« 13 octobre 1841.
« Vu le tombeau des Scipion 3 (?) bien encore, vu le Colombarium des esclaves d'Auguste chez M, (?), vu encore ses (?). Vu un même col. avec peintures, vu le cirque de Romulus. Les Cariere sont-elles au levant ou au couchant ? Tramontane très froide, un peu de goutte.
« Premier froid de l'année. Soleil superbe. Projets de voyage à Subiaco et à Tivoli. »
« 14 octobre.
« Vu la galerie Borghese, Compte 5 et 7 ou 50, 60. Lu Rome antique de Nibby, fort estimée par l'auteur du moins, by Mingres. «
in. — (Cette note très nette est très difficile à lire ; comme le n° II, elle est datée du 14 octobre 1841. Stendhal, le 30 octobre suivant, quittera l'Italie pour n'y plus revenir. (A. C.)
« Ce premier volume doit être beaucoup plus ennuyeux que les autres, 1° à cause de l'historique peu intéressant ou obscur des églises ; 2*^ à cause des noms de 2 ou 300 mauvais peintres ou plats sculpteurs que le pauvre Nibby ne pouvait guère se dispenser d'insérer. Mais, outre les noms de ces artistes médiocres, il se croit obligé de faire connaître la page des plates histoires qui en parlent.
Par ces raisons j'espère que les autres volumes seront moins assommans. Jusqu'ici il n'y a de possible que la Préface ; elle est fort timide ; pauvre et dépendant, il ne voulait pas dire du mal du P., mais au moins, il ne loue pas à contresens \
« 14 octobre 1841. »
20. — J. FiÉvÉE. — Correspondance et relations de J. Fiéçée avec Bonaparte, Premier Consul et Empereur, pendant onze années, de 1802 à 1813, publiées par l'auteur. 3 vol. petit in-8*^ (238, 407 et 362 p.). Paris. Desrez et Beauvais, éditeurs,
Stendhal, qui avait quelques liens de parenté avec l'auteur, par les familles Thiboust et Colomb, tenait en grande estime cet ouvrage. Il a parlé de Fiévée, avec éloges, 1° dans Racine et Shakspearc, 2^ partie (Lévy, 1854, pp. 207, 210), et dans une lettre à M. Stritch à Londres, du 13 avril 1825
Il est à remarquer que, dans cette petite collection, les ouvrages sur l'Italie dominent : Stendhal lisait peu au hasard, il recherchait de préférence ce qui pouvait l'instruire sur sa patrie d'élection.
Ce qui nous touche davantage, c'est cette gram-
1. Sur Nibby, cf. Correspondance, II, p. 399 ; III, p. 248. (A. P.)
maire allemande, attestant que Beyle fit une réelle tentative pour s'assimiler la langue de Goethe et de Schiller. Se trouvant à Trieste, en 1831, il écrivait au baron de Mareste : « Je relis l'allemand. Si j'étais resté ici, j'allais donner un coup de collier, comme dit M. de Clermont-Tonnerre, et me mettre en état de comprendre la prose. » Beyle avait alors 48 ans — âge un peu avancé pour entreprendre l'étude d'une langue étrangère — et il n'avait pas cette facilité qui fit de son ami Mérimée un polyglotte remarquable. Dix ans plus tard, en 1840, se souvenant sans doute des difficultés qu'il avait éprouvées à cet égard, Stendhal écrivait à Balzac, avec une évidente mauvaise humeur : « ... Les Allemands sont tellement à genoux devant un cordon, ils sont si bêtes ! J'ai passé plusieurs années chez eux, et fai oublié leur langue par mépris. » Voilà un mépris qui nous paraît un peu cousin de celui « du renard devant les raisins... »
Quoi qu'il en soit, nous avons là un petit noyau d'ouvrages dont la valeur, pour quelques-uns, réside surtout dans les marges « illustrées » par Stendhal ; reliques vénérables, précieux souvenirs et nous faisons des vœux pour que cet embryon de bibliothèque s'enrichisse encore dans l'avenir, à la grande satisfaction du Stendhal Club et des lettrés.