‹ La vie littéraire de StendhalChapitre 66 sur 127 · Collection de M. P. -A. Cheramv · texte numérisé non relu

Collection de M. P. -A. Cheramv

sensationnel, lui-même, ne le laisse pas indifférent : il se fait envoyer le portrait de M°^^ Manson, impliquée dans l'assassinat de Fualdès qui passionne la France et même l'Europe. Tout ce qui se passe au-delà des Alpes l'intéresse au plus haut degré : ses lettres au baron de Mareste sont, à ce momentlà, un véritable questionnaire en règle, et c'est avec raison qu'il signe l'une d'elles du pseudonyme Curiosité, qui le peint tout entier.

Les renseignements ne lui suffisent pas ; il lui faut des documents, des pièces probantes ; si le présent excite « sa soif de connaître », le passé le sollicite également. Le pauvre de Mareste, son commissionnaire, aussi dévoué qu'infatigable, est sur les dents. Il doit se multiplier pour approvisionner son ami de manne intellectuelle. Les envois de librairie se succèdent, apportant non seulement les brochures politiques et littéraires, mais aussi les récentes éditions des classiques : Voltaire, Rousseau, Helvétius, etc. L'Angleterre a toutes les préférences de Beyle, comme littérature étrangère, et surtout VEclinburgh Review, dont les 37 volumes franchissent les Alpes, pour entretenir une admiration si fervente qu'elle va jusqu'au plagiat le plus amusant !

Toutes ces choses apparaissent dans les documents qui suivent. Ce sont de simples notes du baron de Mareste et des factures de librairies. — « Quoi ! diront quelques, disciples de François

Coppée, avec une moue de dédain, des notes de libraires ?» — Pourquoi pas ? Rien de ce qui touche un grand homme n'est indifférent à ses admirateurs. Il y a toujours quelque chose à glaner dans le document le plus modeste en apparence. Ces factures sont, en quelque sorte, les pièces justificatives de la Correspondance de Stendhal qu'elles suivent pas à pas, en soulignant sa véracité. Et voyez ce curieux détail : elles sont libellées au nom de M. de Beyle ! n'est-ce pas piquant ? Moi, je trouve très avisé ce Jombert, directeur de la Librairie Lexique ; il anoblit d'instinct, celui de ses clients que 37 ans plus tard, Barbey d'Aurevilly, déclarait « être né duc, intellectuellement parlant ».

J'ajouterai pour mon excuse, que je suis en progrès. En 1910, au cours d'une étude au Mercure de France, j'ai publié une note de coiffeur, attestant que Beyle payait cinquante centimes une simple séance de rasoir, en l'année 1819, ce qui me valut l'épithète de « barbier » dans V Intransigeant. Je suis « bouc[uiniste » aujourd'hui, c'est plus relevé.

Enfin, le l^'^ janvier de cette même année 1910, M. Henry Lapauze m'a placé dans Le Gaulois, « à la tête des stendhaliens acharnés et délirants ». Je fais de mon mieux pour justifier ce beau grade décerné par un confrère aussi follement épris d'Ingres que je le suis de Stendhal.

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