L'INORGANIQUE ET L'ORGANIQUE
Avant de procéder à la démonstration du transformisme, par toute la série des représentants organiques qui se sont succédés sur la terre depuis que la vie y est apparue, j'insiste encore sur la continuité ininterrompue qui existe entre les substances organiques et les inorganiques. Et je m'appuierai maintenant sur la chimie pour en fournir un autre faisceau de preuves. Jusqu'à ces derniers temps, — l'on pourrait dire jusqu'à Berthelot, pour fixer une époque, — la plupart des chimistes croyaient qu'il existait une barrière infranchissable entre la synthèse inorganique et la synthèse organique. La chimie était bien parvenue, dans le domaine minéral, à réaliser un nombre prodigieux de réactions synthétiques, de composés nouveaux de corps complexes, mais dès qu'elle s'essayait à produire les substances qui servent de base à la vie, ou même plus simplement celles qui en dérivent, elle était forcée de reconnaître son impuissance ; ce qui a fait dire à Berzélius que “la synthèse des produits organiques était une impossibilité chimique”, Oh! que de jugements analogues ont été infirmés par la science, Thiers affirma ‘que les voies ferrées ne seraient toujours que de simples joujoux, pour les enfants”; — Velpeau professa “qu'il était chimérique de chercher à supprimer la douleur dans les opérations chirurngicales” ; et Riolan avait écrit “que M. Harvey ne ferait pas de cir-
culateurs en France” (1); qui ne sait que Arago avait prédit que les
(1) A l'époque de Riolan et Patin, ‘‘circulateur’” signifiait ‘‘charlatan’.
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voyageurs ne pourraient jamais respirer dans les tunnels”, que Cuvier avait décrété “que l'homme fossile n'existait pas”, 11 semble mème qu'il appartient souvent aux grandes intelligences de commettre de grandes erreurs, Dune, les chimistes d'avant Berthelot, déclarèrent que les êtres vivants avaient à leur service des forces que la chimie ne pouvaient capter, un deus er machina mystérieux, en dehors du règne minéral: c'était bien là la force vitale qui Jominait la physiologie depuis longtemps. En face de son impuissance, trop souvent, l'homme exaspéré, prononce le mot “impossible”; et le malheur est, qu'alors il est tout prét de tomber dans la métaphysique, —
voie qui l'égare infailliblement et pour longtemps parfois,
Dans le cas qui nous occupe, l'erreur provenait du fait, que Fon
croyait devoir mettre au service des deux chimies, les mêmes méthodes,
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les mêmes procédés ; tandis que, en fait de synthèse organique, il fal
lait prendre exemple sur la nature, qui elle, dans ce ‘lomaine, procède
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insensiblement, graduellement, passant du simple au composé sans à
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coup, comme l'avait deviné Linné, il y a plus d'un siècle et demi, C'est ce que le génie de Berthelot a compris, et l'on peut dire que ce savant a fait pour la chimie organique, ce que Lavoisier avait fait pour son aînée, l’inorganique.
l'ous les éléments organiques sont formés de trois gaz: l'oxygène, l'hydrogène et l'azote, et d'un corps solide : le carbone. Quand l'on procède à l'analyse des substances organisées, l'on constate que ces corps vont se dégradant sur une échelle régulière, en une série de composés de plus en plus simples: ainsi le ligneux, l'amidon se décomposent en sucre, le sucre en alcool, l'alcool en carbure d'hydrogène, celui-
ci en carbone et en hydrogène. Pour faire de la synthèse, il faut suivre
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la mème voie en iens contraire : l'on débute par Un composé binaire : le carbure d'hydrogène, puis l'on fixe de l'oxygène, où plus exactement la molécule de l'eau sur ce premier composé et l'on obtient de l'alcool, corps ternaire: l'akcoo! uni à l'ammoniaque, celle-ci contenant du carbone, — fournira un quaternaire : de l'alcali. Kemarquez que tots les corps qui entrent ans ces diverses combina:sons, ont été crées de toutes pièces dans le laboratoire L'on est parvenu par cette méthode, à fabriquer des carbures, ces alcools, des nel les organiques, des aldéhydes, des camphres, des essences, des acalis, des amides, des matières
coloratites, des peptones, ete,
ILest donc maintenant prouvé que les affinités chimiques, la chaleur, la lumière, l'électricité, suffisent, pour Iéterminer les clements à s'assembler en composés organiques. 11 semble cependant, et ovei est encore conforme aux principes que nous avons developpés, que si l'on considère les élén: nts au point de vue de leur capacité vitale, l'on puisse établir une échelle d'aptitude, de perfection: ainsi le carbone, l'hydrogène et l'azote sont les plus partaits, puisqu'ils constituent partout les bases le la vie, comme je l'ai dit tantôt, Mais un grand nombre d'autres cléments sont aussi associés aux êtres vivants et y participent en moindre proportion cependant, tels : le calcium, le sodium, le potassium, le phosphore, le soufre, le fer, ete.: “tout être vivant jouit de l'incompréhensible pouvoir d'élever la matière minérale à la participation ‘le la vie”, dit Mgr Guibert. Toutefois, certaines substances sont indifférentes, quelques-unes même sont hostiles, nuisibles à toute organisation vivante, incompatible, l'on pourrait dire avec la vie : tels sont certains poisons, etc. Actuellement, l'on peut affirmer que la synthèse
ne voit pas de limites à ses progrès ; et les chimies organique et inorga-