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CONSIDERATIONS GENERALES

Nous allons maintenant entrer de plain-pied dans le transformisme organique.

Le transformisme, comme chacun sait, est une doct'ine biologique, qui veut que tous les êtres organiques dérivent d’un où de plusieurs types primitifs, par transitions insensibles, d'une manière ininterrompue. Je me sers du mot transformisme, pour désigner les changements morphologiques survenus dans toute la série organique depuis l'origine «le la vie sur la terre jusqu'aujourd'hui; le transformisme, suivant cette acception, n'est donc qu'un chapitre de l’évolutionnisme. Et maintenant que l’on sait comment s’est opérée l'évolution inorganique, la dernière partie de ce travail sera plus facile à comprendre. En effet, beaucoup de naturalistes très instruits, se rendant bien compte de l'évidence des faits et des lois du transformisme, se butaient à une objection : “Quelle est la cause de cette progression dans la vie?” Par l'étude que nous venons de faire, nous croyons être en état de répondre

à cette question, en nous basant sur des données naturelles. Et si les

naturalistes n’ont pu résoudre ce troublant problème, c'est qu’il leur

fallait l'assistance des astronomes, des physiciens et surtout des chimistes. Bon nombre d’entre eux se résignaient à admettre comme eause efficiente, une propriété téléologique de la matière. Je crois que nous pouvons résolument écarter ce principe du devenir fatal, pour

adonter simplement le principe de contingence.

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Que l’éther primitif ait existé de tout temps, suivant la conception monistique, ou qu'il ait été créé, comme l'ordonne la révélation théiste, peu importe at: point de vue scientifique, — l'important est que les atomes dérivent de cet éther, avec les aspects que nous leur connaissons : force et matière. Je comprends que, en vertu de cette force qui est en-eux, l’éther, puis la matière se déplaçant, ont réagi «lai leurs parties les unes sur les autres, d'où il s'est créé des centres de compression à des états divers; la matière ainsi condensée à divers titres, a pris divers aspects, d'où diversité physique des éléments que nous cer:naissons ; elle varie mème dans l'état vibratoire de ses éléments fondamentaux, d’où diverses aptitudes chimiques; ces causes se prolengeant durant de longues périodes, ont fixé la matière dans ces états divers, d’où fixité, stabilité relative des éléments et de leurs propriétés.

Les atomes qui composent tous les corps vibrent, ceci est amis, prouvé par la science; mais ces vibrations n’ont pas toutes la même étendue, elles jouent suivant une échelle sériée, — telle une gamme musicale pour me servir d’une comparaison qui tombe sous nos sens,— et de même qu’en musique, lorsque nous rendons plusieurs sons simultanémer.t, alors que nous formons un assemblage de vibrations d'ondes diverses et inégales, il en est qui se marient, s’harmonisent, tandis que d’autres se répugnent, se cacophonisent, il en va de même des élémer.:s atomiques qui chimiquement, s'attirent ou se repoussent, suivant le degré de leur échelle de vibration. La cause première de l’évolution réside dans ces attractions et ces répulsions matérielles : de ce premier principe découlent toutes les causes secondaires du transformisme.

Appliquez cs principes, que nous pourrions appeler atomiques, aux corps vivants et vous trouverez là toute la raison du transfor-

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L'évolution ‘lans ses origines n'est simplement que l'adaptation, c'est-à-dire l'accoutumance, cette seconde nature, au milieu ambiant : c'est le principe qu'avait bien saisi Lamarck, et c'est le mérite de ce naturaliste avisé, de l'avoir médité profondément et de l'avoir décrit, Si donc, nous appelons transformisme la progression morphologique des êtres vivants, organisés, et évolutionnisme les modifications morphologiques de la substance en général, il est certain que le fond des choses, les atomes fondamentaux et les principes directeurs, restent toujours les mèmes, dans tous les cas. Si le mot transformisme a sa raison d'être, c'est parce que les modifications des êtres vivants ont l'air de véritables transformations : et cela est si frappant, que la notion des essences animales a dominé la zoologie tout le long du moyen-âge et qu’il est encore des naturalistes pour affirmer que dans toute la série animale, chaque espèce est d’une essence différente. Mais dans la grande conception de l'unité de la nature, il n'y a qu’une essence: l’éther cosmique. La matière inorganique s’alimente de l’éther cosmique, le végétal s’alimente de matière minérale, l'animal se nourrit de matière végétale ; d’où chacun de ce: états tire de l’état précédent et, uniquement de cela, tout ce qui est en lui,

La mort qui semble un recul de l'évolution, n'en est qu’un repos, car la vie donne d'abord la vie avant de s’éteindre, et les éléments qu’elle re : à la terre, servent à reconstituer, à nourrir une biologie

nouvelle ; c'est ainsi que la mort sert de base à la vie: la mort n’est donc que le rajeunissement de la matière; la vie et la mort sont en somme des phénomènes d'évolution.

L’évoiution dans son acception large, est admise par tous les hom-

mes instruits, parce que l’on se rend compte, parce qu’il est impossible

‘de nier que tout marche, tout coule, tout change, tout fuit, comme l'a écrit Lucrèce il y a vingt siècles, mais dès que l'on tente d'appliquer cette formule grandiose aux êtres organisés, tout un nombreux peuple se lève en face de cette doctrine, pour lui jeter l’anathème, Des deux fondateurs de la vérité nouvelle, l’un Lamarck, a passé pour fou, l’autre Darwin, pour le grand-prêtre du matérialisme. En Europe, cependant, il s'est produit en ces dernières années, un grand courant de lumière qui a relégué dans le cercueil du préjugé, de l'ignorance et de la paresse, les superstitions d'antan. Mais hélas! il est triste d'avouer que dans notre province, nous en sommes encore à l'avant dernien siècle; et ce qui est plus triste, c'est que toute une classe d'hommes, celle qui domine notre société, fait tous ses efforts pour empêcher ces grandes vérités d'atteindre nos intelligences. Aussi, je ne me fais pas d'illusions sur l'accueil que feront mes concitoyens, à ce volume que

j'ai longtemps hésité à faire paraître.

L'on dit: le transformisme est une hypothèse, parce que si l’on reste exclusivement sur le terrain des faits, la formation des espèces, les unes par les autres n’a pas encore été démontrée en zoologie, ni en botanique. Je dis: ce qui est hypothèse, transitoire probablement, au sujet des animaux haut placés dans l'échelle zoologique, tombe dans le

domaine ‘des fañs positifs, si nous expérimentons sur les microbes,

, Ê] . , F . : ; c'est-à-dire sur la vie dans sa forme primitive et simple. Pour ce qui regarde les animaux supérieurs, la brièveté de la vie humaine, ne permettra sans doute jamais de constater le passage d’une espèce à une autre; de même que le début de l’époque relativement récente, pendant laquelle les observateurs ont consigné d:s faits relatifs à cette doctrine,

fait que nous n'avons pas encore de témoins, ou de succession de té-

LA VIE moins pour établir le transformisme sur la base de la vérification personnelle ; mais si nous portons notre effort sur le microbe, le bacille, alors nous sommes étonnés ‘les modifications que nous pouvons faire subir à ces petits organismes, en modifiant les conditions de leur milieu: substances nutritives, température, électricité, lumière, etc, D'un aérobie nous faisons un anaérobie ou un facultatif, d'un pathogèi e, nous faisons un indifférent : et dans la forme, nous pro luisons encore des variations, des différences plus considérables que celles qui existent

entre un chien et un chat, un cheval et une souris.

L'on dit: l'on a jamais vu un serpent se transformer en aigle, — j'en conviens, — mais d'autre part, a-t-on jamais vu deux chiens, deux chats absolument semblables ‘lans toutes leurs parties. Les frères même, ont toujours quelques petites différenciations : et ne suffit-il pas hypothétiquement de prolonger ces variations dans le même sens durant quelques siècles, pour arriver à avoir des caractères qui tranchent

suffisamment pour créer de nouvelles races, de nouvelles espèces. Je

‘his donc que cette hypothèse est logique, légitime, raisonnable et scien-

tifique, au même titre que les théories de Copernic, de Newton ou de Laplace. Toute sa valeur philosophique est, comme le dit Ed. Perrier, tirée de la considération suivante: “Puisqu'il n’y a pas de création d'espèces et que chez les êtres organisés, la vie n’est engendrée que par la vie, les êtres actuels doivent nécessairement ‘descendre des êtres différents, qui vivaient aux époques zoologiques antérieures.” Au

reste, même si nous n'avions aucune autre preuve à invoquer en faveur

sd LA VIE

de notre thèse, nous pourrions dire aux fixisies, ce que Herbert Spencer disait à Lord Salisbury : “Je vous invite à fournir des exemples, des preuves de création directe.” En ces choses, je l'ai dit, pour rejeter une hypotli se, au moins faut-il lui en substituer une autre plus

rationnelle,

LA VIE

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