CONCLUSION
En développant la théorie de la vie et en suivant la succession Progressive des êtres vivants, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, j'ai peut-être été parfois un peu sévère Pour les croyances de mes compatriotes, pour les maîtres qui forment notre jeunesse, pour les éducateurs qui préparent nos destinées. Je sais que si j'eus louangé notre système d'éducation, glorifié les hommes qui se sont donnés four mission d’instruire nos enfants, au lieu d'en faire une critique que je crois juste et fondée, je sais, dis-je, que ce livre serait reçu avec plus de faveur, Ici, dans notre province, ceux qui ont la main haute, je Pourrais presque dire la main-mise sur la direction morale, intellectuelle et éducationnelle des Canadiens-français, ne soutfrent pas la critique, quelqu'en soient les m tifs, le bien-fondé, ou la justification. Cependant, je le déclare en toute sincérité, j'aime ceux de mon sang et ce serait foute mon ambition, tout mon orgueil, de voir ceux de ma race, ceux de ma langue, occuper dans le nori de l'Amérique, une position proéminente, La flatterie Pour un peuple est le pire des soporifiques : conformément aux théories que nous venons de développer, si nous nous endormons dans une molle quiétude, nous serons vaincus et nous disparaîtrons infailliblement.
Ce qui fait une rice, est d'abord l'origine commune, — mais cette communauté d’origine est un lien qui se relâche peu à peu, si d’autres facteurs n’interviennent Pas, pour maintenir les caractères de la race ; et parmi ces facteurs, nous pouvons Compter par ordre d'importance :
la langue, la religion, les moeurs. Ce qui fait la force d’une race, est
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la valeur des individus qui la composent et cette valeur est représentée par l'intelligence, la volonté et la science. Si donc nous voulons conserver à notre race sa prépondérance, ‘dans la province de Québec au moins, — en première ligne, nous devons maintenir notre langue. La langue française est la plus belle et la plus parfaite des langues modemes, c’est pourquoi elle est la langue officielle de l'Europe et la langue officieuse de la science et des arts: conservons-la donc jalousement, dans la famille d’abord, dans la communauté, dans la muniri-
palité, dans l'état ensuite.
La religion catholique est aussi l’un des traits de la nationalite canadienne-française, mais à mon sens, pas au mème titre, que la langue. Cette religion qui a un caractère universel, ne peut être la carac téristique de notre race: nous parlons autrement que les anglais, :cs écossais et les irlandais, mais nous ne sommes pas catholiques autrement que ces derniers. Toutefois, nous ne pouvons conce: u,r I: canadien-français autrement que catholique: plus de quinze siècles de foi catholique, apostolique et romaine pèsent sur ses origines ; et ce serait une grande faute que de laisser notre peuple changer d’allégéance religieuse.
Chez notre peuple, les moeurs sont pures, les familles nombreuses, l’intelligence est éveillée, l’on pratique une large et ::cueillante hospitalité : tâchons de conserver, de développer encore ces belles qualités, que nous tenons de nos ancètres.
Mais nous manquons peut-être de volonté, d'assurance, ce qui
provient sans doute de ce que nous avons été vaincus. Toutefois,
sous le régime de liberté politique et d'égalité sociale que l’Angle-
terre nous a octroyé, il y a un peu plus un demi-siècle, nous repre-
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nons peu à peu notre rang; et au contact de nos cr metoyens d'origine britannique, dont le caractère est fait de tenacité, d'énergie, de cons-
tance, peut-être apprendrons-nous à développer notre volonte,
Mais jui la ferme conviction, que dans le futur, l'hégémonie appartiendra aux peuples qui cultivent la science, comme dans le passé elle à appartenu à ceux qui ont cultivé la force : c'est dire que tous nos efforts doivent tendre vers la science.
Malheureusement, ici, nous subissons trop l'ascendant du génie grec et romain, nos collèges classiques ne font que des humanistes. C'est pourquoi, nous sommes loin d'être à la hauteur scientifique ‘des
nations d'Europe ou de notre grande voisine.
Si j'avais à rédiger le curriculum de nos études classiques, voici ce que j'ordonnerais : je supprimerais complètement des humanités, l’étule des langues grecque et latine, je n'exigerais que la connais-
sance des racines de ces deux langues.
À quoi servent le latin et le grec? Aux pretres, quelque peu aux littérateurs et à nul autre. Combien s’adonnent à la littérature et en vivent dans notre pays? Nous savons tous que la littérature ne procure pas le pain quotidien au malheureux qui a choisi cette carrière. Combien parmi nos hommes «ie profession peuvent faire un thème ou une version grecque ou latine, dix ans, cinq ans après leur sortie du collège ?
Aux langues mortes, je substituerais une langue vivante et utilitaire au premier chef en Amérique, en Canada : l'anglais. Toutes les raisons que l’on a invoquées en faveur des langues anciennes, peuvent
s'appliquer à la langue anglaise, et de plus nous avons absolument
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besoin de connaitre cette dernière, je ne dirai pas seulement pour lutter avantageusement contre les races qui nous entourent, mais mêrne
pour gagner notre pain,
L'étude du grec et du tatin est une bonne gymnastique intellectuelle, dit-on, — mais l'étude de l'anglais ne peut-il pas fournir l'équivalent : Rome, Athènes, Sparte ont produit de merveilleux littérateurs, mais Sheakespeare, Milton, Lord Byron, etc., peuvent être mis de pair avec les anciens: et sous le rapport philosophique, les Roger Bacon, les Guillaume d'Ockam, les Newton, les Hobbes, les Locke, les Berkeley, les Hume, les Hastley, des Priestley, les Stuart Mill, les Herbert Spencer, peuvent fournir au cerveau humain, des aliments aussi subs-
tantiels que tous les penseurs helléniques et romains.
Une fois les humanités terminées, je bifurquerais le cours classique : en philosophique et en scientifique ; et je laisserais à nos jeunes gens, l'entière liberté de choix dans la voie qui leur plairait. Le cours philosophique, qui serait à peu près ce qu'il est actuellement, comprendrait alors l'etule des langues anciennes, la philosophie telle qu'enseignée actuellement, etc., et conviendrait à ceux qui se destinent aux carrières religieuses et légales, ainsi qu'à ceux qui auraient
des visées littéraires.
Quant au cours scientifique, destiné aux médecins, aux professions techniques, aux industriels, même aux commerçants qui voudraient parfaire leurs études complètes, je laisserais le grec et le latin de côté; et aux sciences que l'on enseigne actuellement et que je voudrais voir approfondir davantage, j'ajouterais les sciences riaturelles qui prennent plus d'importance de jour en jour : la ‘biologie, la paléontologie, etc. Au lieu de la méthode, de la dialectique, de la logi-
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que, de la métaphysique, de la scolastique en un mot, qui peuvent avoir leur utilité pour le théologien, l'exégète et le jurisconsulte, à la chaire et au prétoire, je substituerais la Philosophie naturelle : j'esquisserais alors toutes les doctrines, tous les SYsésnes philosophiques qui se sont suecédés chez les anciens, au Moyen-âge, à la renaissance et chez les modernes, je ferais comparaître tous les profonds pensenrs qui ont fondé où développé ces divers systémnes, puis je passerais en revue les grandes lois qui régissent la matière avec ses attributs, ses phenomenes: Mouvement, attraction, gravitation, lumière, chaleur, magnétisme, activité électrique, cristallisation. vie, psyrhisme, et je démontrerais que toutes ces forces qui sont dans la Iaätiére, prêtent à celle-ci, une infinité de formes, d'aspects, qui se succèdent et se renouvellent sans cesse: je veux parler les grandes lois de l'évolutics, Ce n'est pas avec des syllogismes que l'on édifie la science, mais avec des faits recueillis dans la nature.
Et ainsi armés d'un double langage vivant, et de connaissances positives et pratiques, nous, qui avons conservé le génie français fait de clarté, ie précision, de justesse, d'activité et de grandeur, pourrions re-
garder l'avenir d'un oeil assuré,
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