LE TRANSFORMISME, LA FOI, LA SCIENCE
J'ai fini messieurs ,de dérouler le tableau que j'avais esquissé en
mars dernier ; et je n'aurais jamais cru que ces quelques notions scien-
LA VIE
tifiques, dont un bon nombre il est vrai, ne sont que de date récente, entremélées parfois d'idées qui me sont personnelles, auraient causé de l’étonnement, voire même de l'émotion chez les hommes instruits de mon district.
L'étude de la vie et de ses origines, de l’homme et de sa généalogie, a un double intérèt philosophique et pratique, pour le médecin, et c'est à ce seul point de vue, que j'avais envisagé ce problème; et pour acquérir cette connaissance, je m'étais servi de procédés uniquement scientifiques. Aussi, je ne saurais vous peindre ma surprise, quand peu de jours après cette causerie, le courrier m'apporta la lettre sui-
vante de mon évèque :
Joliette, 20 mars 1907.
Mon cher Docteur,
On m'assure que lors de la récente conférence que vous avez donnée à Joliette, vous avez exposé et soutenu, sur l’origine véritable de l’homme, une ‘doctrine expressément condamnée par notre mère la Sainte-Eglise. J'ai lieu d'espérer qu’on s’est mépris sur le sens et la pcrtée exacte de votre thèse. Toutefois, il est de mon devoir, comme défenseur et gardien de la foi dans mon district, de vous demander une explication. Je sais que vous ne me la refuserez pas, car je connais vos sentiments de soumision à l’autorité suprème et infaillible de l'Eglise.
Votre dévoué, JOSEPH-ALFRED,
Evêque de Joliette
LA VIE
Ma première impression fut que l'on avait outrepassé la portée des doctrines que j'avais professées, ou que Monseigneur en avait été mal informé. Aussi, je m'empressai de fournir à Sa Grandeur les
explications suivantes :
Saint-Gabriel 4 Brandon, 21 mars w ;
À Monseigneur Archambault, Joliette.
Monseigneur,
J'ai en effet traité de l'anthropogénie, à Joliette, lors de la dernière réunion des membres de l'Association Médicale, en une causerie, plutôt qu'en une conférence, car je n'avais apporté avec moi que quelques notes: points de repères. Vous m'accorderez que cette question
est bien du domaine de la science médicale.
J'ai exposé la théorie de l'évolution, le transformisme. l: Darwinisme — non comme dogine, mais comme explication scientifique de toute la série biogénique des êtres vivants. J'ai fait observer et j'ai bien appuyé sur ce fait, que je ne prétendais pas que le transformisme füt inattaquable, mais que cette hypothèse était soutenue et enseignée
par la grande mujorité, sinon la totalité des biologistes l'Europe, par
lés plus profonds penseurs chez les Français, les Anglais et les Alle-
mands surtout. Et qu’en l’état actuel de la science, un homme instruit et surtout un médecin, ne peut ignorer ce mouvement intellectuel et
scientifique, düt-il y refuser son adhésion.
Et maintenant, Monseigneur, si vous désirez savoir mon senti-
ment intime, je vous dirai: pour qui a étudié et méilité ce sujet, les
arguments, les faits, sont d’une force et ‘l'une logique déconcertante.
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