‹ La vie militaire sous l'ancien Régime (volume 2)Chapitre 112 sur 191 · Mém. de deux eoyaycs d'Alsace, p · texte numérisé non relu

Mém. de deux eoyaycs d'Alsace, p

:'>. Le Mercure Dijointais , publie par G. Diunay. p. 275. — Comte t. I. p. 140.

Ce sont là des distractions exceptionnelles; quand elles ont cessé, la monotonie de la vie de garnison n'en paraît que plus fastidieuse. Que devient un jeune officier, élevé à la cour, habitué aux brillantes distractions de Paris et de Versailles, s'il tombe dans une ville comme Rocroi, Landrecies ou Briançon? Passera-t-il son temps à dormir et à jouer aux cartes, comme le marquis de Grignan? Le comte de Tilly est envoyé à Falaise ; pour lui, c'est « une assez vilaine petite ville », avec des femmes plus ou moins bien gardées , et des hommes qui ont des figures de l'autre monde. « Elle lui offre cependant encore plus de ressources qu'un village où il avait été en quartier, triste résidence « où le beau sexe ne l'était pas, où le paysage n'était ni attrayant ni pittoresque; » où n'ayant d'autre occupation que l'équitation et l'escrime, il n'a rien à gagner, si ce n'est la gale '. D'autres sont tellement fatigués des minuties et des ennuis de la vie de garnison qu'ils quittent le service. Un officier général reconnaît qu'elle doit à la longue « abrutir ou dégoûter tout ce qui y est condamné2 ».

La société des officiers offrira- 1- elle des compensations à ces dégoûts et à ces ennuis? Cela dépend des circonstances. On rencontre d'agréables camarades

1. F. Masson, le Marquis de Grignan, |>. 115. — Tilly. Me ni.. p. 266, 298.

2. Comte de Vaublanc, Mém., p. 70,82. — Guibert, Voyages en France, p. 11.

et dos supérieurs bienveillants; on en trouve de maussades et de durs. Les nouveaux venus ne sont pas toujours cordialement accueillis; les officiers vieillis dans les emplois subalternes sont susceptibles, vétilleux, jaloux1. Les jeunes hobereaux, sortant de leur gentilhommière, ne parlent que de noblesse, de chasse et de manœuvres. Leurs entretiens sont monotones et vulgaires. « Les officiers , écrit Saint- Simon, ne parlent que jeu, que femmes; les vieux, que fourrages et qu'équipages2. » « Quelle société que celle de vos militaires! dit en 1745 un officier espagnol. L'officier général ne sait parler que de son traitement et de son quartier d'hiver; l'officier d'infanterie vous entretient de chair humaine, celui de cavalerie de chair de cheval; la conversation des plus érudits roule pendant quelques quarts d'heure sur les comédiens du quartier général et sur les filles de Paris; n'attendez d'eux rien sur l'histoire, ni sur les matières de goût; à peine le vieil officier peut-il sortir de l'ennuyeuse relation de quelque bataille ou de quelque siège qu'il a mal vu3. » Le tableau est pe ut-être outré; on peut lui en opposer d'autres, et montrer par exemple une table de quinze officiers, qui, suivant un témoin oculaire, « disent à l'envy cenl agréables choses ' ».

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