Arch. de l'Aube, C
et conduire au poste. On fait, il est vrai, des observations sur sa conduite au major, qui répond fièrement : « Un vieux militaire ne s'accoutumera jamais à être traité cavalièrement par qui que ce soit, et encore moins par un homme déshonoré par état dans nos mœurs » . Ailleurs, un garde du corps moleste un honnête bourgeois, refuse de lui rendre raison, exige de lui des excuses et lui enjoint de sortir de la salle. Mais tous ne sont pas d'humeur à supporter de pareilles insolences. Le parterre essaie souvent de tenir tête aux officiers ; il n'y réussit pas toujours. En 1780, à Clermont, les officiers de Pioyal-Roussillon s'entendent pour siffler un acteur ; le parterre l'applaudit à tout rompre. Se croyant provoqués, sept ou huit d'entre eux descendent, envahissent le parterre, l'épée nue, et mettent en fuite les gens inoffensifs qui s'y trouvent. Ce bel exploit fut du reste réprimé sévèrement. A Angers, c'est encore pis : à l'occasion d'une cabale, des officiers d'invalides apostrophent les gens du parterre, les accablent des épithètes les plus malsonnantes, assaisonnées des jurements les plus grossiers; un lieutenant les menace de ses pistolets; il lire même sur un enfant de quatorze ans. Comme ils disposent de la force armée, ils ordonnent aux invalides de service de tirer; ceux-ci obéissent, mais heureusement les fusils ratent. Cette scandaleuse bagarre, qui suscite les plus vives réclamations du corps de ville, se termine par l'arrestation de trois civils,
que les invalides conduisent en prison1. Il en est de même à Amiens, en 1780. Les gardes du corps font un tapage effroyable , malmènent des citoyens , parce qu'on a brisé une glace dans leur loge , et c'est le fils d'un des citoyens qu'on arrête, parce qu'il avait demandé justice pour son père. Le maire prend son parti, et ne réussit qu'à se faire suspendre par le roi2.
Les habitants, irrités de ces violences et de leur impunité, sont disposés à châtier eux-mêmes l'insolence. En 1698, des officiers veulent traverser une place de Montpellier où des vignerons sont assemblés.
— Place! place! crient-ils, qu'on nous laisse passer.
— Passez, Messieurs, dit un vigneron, mais ne faites pas tant de bruit. — Les officiers mettent l'épée à la main; les vignerons résistent; deux d'entre eux sont tués. 11 fallut, pour apaiser le tumulte, toute l'autorité de l'intendant, qui fît arrêter deux officiers. En 1757, une querelle éclate à Troyes dans une auberge des faubourgs entre des commis aux aides, qui donnent un repas d'adieu à un de leurs camarades, et un cornette au régiment de Bezons. Le cornette menace de son pistolet les commis; ceux-ci sautent sur lui, le prennent au collet et le jettent dans le
1. Hippeau, t. IX, p. 357, 358. — Smollell, Peregrine Pichlc, eh. lx. — Journal de Jean Théalier, Mém. de Vacad. de C 1er mont , 1884. — C. Port, Jnv. Arch. Angers, Doc, p. 494.