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jardin. Ils veulent aller sur le terrain avec lui; mais l'officier refuse, « ne voulant pas se compromettre avec gens de pareille étoffe », et les fait arrêter. Ces commis passaient pour « fort hargneux » ; mais s'ils n'avaient point molesté un officier, l'autorité eût été moins sévère à leur égard ' .
On se ferait une idée fausse des mœurs d'une société , si l'on donnait les crimes et les délits qui s'y commettent comme des faits quotidiens et généraux. Les querelles, les violences, les abus de pouvoir n'étaient point la règle ; ils ne se produisaient que trop souvent ; ils ne se rencontraient pas toujours. L'émotion qu'ils produisaient indique que l'opinion n'y était pas accoutumée; on en trouve le reflet dans les délibérations municipales, qui se font l'écho des doléances des citoyens. A des jours de tumulte et d'hostilités succédaient des années de calme et de bonne entente. Si la répression est quelquefois dérisoire, elle est souvent efficace. Les intendants et leurs subdélégués interviennent la plupart du temps pour aplanir les différends. Les ministres se montrent parfois sévères. Le fils d'un maréchal de France est envoyé à la Bastille, sur une plainte dos habitants. Louis XIV casse un capitaine qui a extorqué 300 livres des bourgeois de Rethel; il fait renfermera la P>astille des capitaines de dragons qui ont commis
1. D'AigrefeuilIe, Hist. de Montpellier, p. 482, i83. — Arch. de l'Aube, C. 1082.
des actes de violences et d'extravagance chez un baigneur. Un lieutenant-colonel, convaincu de pillage, est mis en prison et condamné à 1,800 livres de dommages -intérêts1. Un officier, insulté par un bourgeois de Bordeaux, lui casse le bras d'un coup de pistolet ; il est condamné à lui payer 75,000 liv., d'indemnité. A Metz, un colonel, qui assomme un artisan, est décrété d'accusation2. A fur et à mesure qu'on approche de la Révolution , l'autorité arbitraire que s'arrogent les militaires décroît ; mais elle subsiste encore, tandis que celle de la noblesse disparaît presque entièrement. Depuis Louis XIV , l'armée avait perdu toute puissance politique ; ses chefs n'auraient pu , comme sous la Fronde , tenter aucun soulèvement ; mais les officiers conservaient personnellement dans leur résidence une partie de l'influence qu'ils ne possédaient plus dans l'État.
1. Conduite de Mars, — Mëm. de Louis XI V, t. 1, p. 248. — Ravaisson, Archives de la Bastille, t. X, p. 276-1C91. — Arch. de la guerre — On pourrait citer bien d'autres répressions de même genre. Quelquefois, les indemnités n'allaient pas tout à fait à leur destination. A la suite de dégâts faits à Gap par les Suisses d'Erlac, le roi accorde, en 1683, cent pistoles pour les habitants, et les remet aux capucins, qui les emploient pour orner un reliquaire de Saint-Arnoult. « Nous aurions distribué cet argent aux particuliers qui ont reçu le dommage, écrit un capucin à l'intendant; mais la répartition était si difficile à cause que tous les habitants y prétendaient, que nous avons creu qu'elle était impossible pour la faire justement; si bien que, du consentement de toute la ville, nous les avons destinées au reliquaire, croyant que vous l'agréeriés. » (Corresp. de LeBret, Bibl. nat.,man. f. fi\, 8823.
2. Mme de Genlis, Mëm. , t. III, p. 75. — Mémoires secrets, t. XXXII, p. 246.
L'éducation militaire de l'officier n'est pas la même que celle du soldat ; son âme n'a pas besoin d'être façonnée de la même manière pour la guerre. Le plus souvent , il est de race militaire , et il a été élevé dans la perspective des combats auxquels il prendra part un jour. Il entre dans l'armée, la plupart du temps, de son plein gré ; il n'y redoute que l'ennui ; jeune, avide d'aventures, une campagne lui sourit; on lui demande surtout de la bravoure, et il en a d'ordinaire. C'est sa qualité professionnelle, essentielle, nécessaire. C'est aussi sa qualité maîtresse. S'il en était dépourvu , il ne serait pas digne de servir, et ses camarades le renieraient. En pareil cas, on lui conseille de se faire homme d'église ou de robe, de prendre une profession où le manque de résolution e1 de courage ne déshonorent point.
L'honneur militaire est, en effet, impitoyable pour les lâches. Un capitaine de cavalerie, frère d'un magistrat, s'enfuit devant l'ennemi; il faut qu'il quitte l'ar-
mée 1. On ne se contente pas de tourner le dos au poltron; on le malmène, on l'humilie, on le chasse. En 17V8, un officier du régiment de Médoc contrefait le malade le jour où son piquet marche à l'ennemi; dans d'autres cas, il arrive toujours après sa colonne. Son capitaine et les lieutenants le traînent en présence de tout le régiment, lui ôtent et lui déchirent son habit, cassent son épée, et le chassent ignominieusement, après lui avoir donné des coups de bâton. Le capitaine fut menacé de prison pour cet acte de violence illégale, mais ses chefs reconnaissaient eux-mêmes que la victime était digne du châtiment qu'elle avait reçu 2. Le plus grand reproche qu'on puisse faire à un chef, c'est de l'accuser de manquer de courage. Le ministre, dans ce cas, fait faire une enquête , et, si elle est favorable, envoie en prison les accusateurs. Quelquefois, le chef incriminé se fait délivrer un « certificat de valeur » par ses officiers. En 1734, le duc de la Trémoille, colonel du régiment de Champagne, est soupçonné de ne pas s'être comporté vaillamment au combat de Parme. Ses officiers témoignent en sa faveur, en ajoutant : « Le témoignage du régiment de Champagne ne saurait être équivoque, puisque nous serions les premiers à nous plaindre , s'il y avait quelque chose à lui reprocher :î. »