Arch. de la guerre, adm
2. En 1792, Joseph de Meyer, fils d'un colonel mort au service de la Prusse, écrit qu'il a servi successivement en Russie , en Angleterre, dans les chasseurs hessois, et en France, dans le régiment d'Anhalt. Actuellement lieutenant au 103e régiment, il demande pour son lils une place dans une école militaire. (Archives nationales, M. 255.)
dans les premières années de la Révolution. Leur avancement était compromis, leur grade et leur personne même souvent menacés. Ils croyaient d'ailleurs obéir pour la plupart à la voix de l'honneur qui les appelait à défendre la cause du roi et des princes. Ils pouvaient se rappeler Condé et Turenne, qui avaient servi momentanément contre la France dans les rangs espagnols, sans que leur gloire en ait été diminuée. Ils pouvaient se représenter à la mémoire ces bons officiers irlandais, qui avaient suivi Jacques II en France, et qui s'ils étaient assez mal payés, avaient pu rester fidèles sous nos drapeaux à leurs anciens princes et à leur foi. La patrie , pour la plupart des émigrés, ce n'était pas le sol où ils étaient nés ; c'était l'ensemble des institutions et des traditions séculaires, à l'abri desquels eux et leurs pères avaient été élevés. En passant à l'étranger, ils croyaient mieux servir les grands intérêts de leur pays qu'en y restant. Ils se trompaient; mais si l'émigration fut une faute, faut-il se joindre à ceux qui la considèrent comme un crime? Ceux-là, qui n'ont pas assez de blâme pour les émigrés de 1792, n'en ont aucun pour les officiers protestants, forcés, à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, de quitter la France, et qui se joignirent à ses ennemis; ils font mieux : ils élèvent des statues à Armand Carrel, qui en 1823, par haine du gouvernement de la France, s'enrôla dans les troupes espagnoles pour combattre notre année, et voulut en 1830, comme
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l'avaient fait les émigrés en 1815, être nommé lieutenant général cV emblée , parce qu'il avait été élève de l'école militaire1. Les émigrés de la Révolution avaient au moins l'excuse de la tradition, de la contagion de l'exemple et du préjugé , souvent même de la légitime défense.
Aussi, même pendant les guerres de la République, furent-ils traités souvent comme des compagnons d'armes par les troupes de ligne. Les volontaires les massacraient, s'ils les prenaient ; les soldats réguliers, non seulement les traitaient comme de loyaux enne mis, mais parfois les laissaient évader2. Il y avait entre les officiers des deux partis des rapports de courtoisie et d'estime qui rappelaient leurs anciens liens de camaraderie, leurs services et leur attachement commun à la patrie, que, de part et d'autre, ils croyaient servir par des moyens si différents.